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La face des eaux [The Face of the Waters - fr]

Электронная книга - «La face des eaux [The Face of the Waters - fr]». Краткое содержание книги:

Hydros est une planète-océan où vivent en bonne intelligence les Gillies, premiers habitants de ce monde, et quelques humains, sur des îles flottantes construites par les Gillies.
Mais lorsque l’armateur Delagard commet l’irréparable, les Gillies décident de chasser les humains.
Où fuir ? L’espace est inaccessible.
Il ne reste à Lawler, le médecin, et à ses compagnons qu’à se confier à l’océan, sur les vaisseaux de Delagard, en espérant rejoindre le continent mythique nommé la Face des eaux, de l’autre côté du monde.
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Après les poissons-pilon…

Lawler commençait à considérer la vaste mer couvrant toute la planète comme une force hostile, acharnée à leur perte, lançant inlassablement contre eux toutes sortes d’ennemis, en réaction à la présence de la flottille. Les navires causaient une démangeaison à l’océan et l’océan se grattait. Il se grattait parfois avec fureur. Lawler commençait à se demander s’ils survivraient assez longtemps pour atteindre Grayvard.

Enfin, ils eurent une journée de pluie. Une pluie abondante qui nettoya le dépôt visqueux laissé par les micro-organismes, chassa la puanteur des poissons-taupe morts sur le pont et leur permit de se réapprovisionner en eau douce au moment où la situation commençait de nouveau à paraître critique. Juste après la pluie, une troupe de plongeurs apparut et accompagna quelque temps les navires, folâtrant avec espièglerie et bondissant avec grâce dans l’écume comme des danseurs accueillant des touristes sur le sol de leur patrie. Mais à peine les plongeurs avaient-ils disparu, une nouvelle créature flottante projetant des boules orangées, à moins que ce ne fût la même, se rapprocha et les bombarda de nouveau de ses missiles incendiaires gluants. Comme si l’océan s’était tardivement rendu compte qu’en envoyant successivement la pluie et les plongeurs aux voyageurs, il leur montrait un visage trop aimable et comme s’il tenait à leur rappeler sa vraie nature.

Puis, pendant un certain temps, ce fut le calme. Le vent était modéré, les créatures marines s’accordaient une trêve dans leurs assauts incessants. Les six navires voguaient sereinement de conserve vers leur but. Leurs sillages, longs et droits, s’étiraient derrière eux comme des rubans carrossables à travers les solitudes infinies qu’ils venaient de troubler.

Dans la paix d’une aube parfaite – une mer sans vagues ou presque, un vent doux, un ciel miroitant, avec le joli globe bleu-vert d’Aurore juste au-dessus de l’horizon et une lune dans le ciel – Lawler monta sur le pont où il découvrit un petit groupe en conversation sur la passerelle. Il y avait Delagard, Kinverson, Felk et Léo Martello. Après quelques instants, Lawler aperçut également le père Quillan, à moitié caché par la haute stature de Kinverson.

Delagard avait à la main sa lunette d’approche. Il scrutait la mer et signalait quelque chose aux autres qui tendaient la main, écarquillaient les yeux et faisaient des commentaires.

Lawler gravit l’échelle.

— Il se passe quelque chose ?

— Et comment ! répondit Delagard. Un de nos navires a disparu.

— C’est une blague ?

— Regardez vous-même, dit l’armateur en tendant la longue-vue à Lawler. Une nuit très calme. Rien à signaler, d’après la vigie, entre minuit et le lever du jour. Comptez donc les navires, doc… Un, deux, trois, quatre.

Lawler porta la longue-vue à son œil.

Un. Deux. Trois. Quatre.

— Lequel n’est plus là ?

— Je n’en suis pas encore sûr, répondit Delagard en tortillant une mèche grasse de sa tignasse. Ils n’ont pas hissé leur pavillon. Gabe pense que ce sont les Sœurs qui ont disparu. Elles auraient profité de la nuit pour s’éclipser et suivre leur propre route.

— Ce serait complètement idiot, objecta Lawler. Elles sont à peine capables de diriger un navire.

— Jusqu’à présent, intervint Léo Martello, elles se sont bien débrouillées.

— Parce qu’il leur suffisait de suivre le convoi. Mais si elles ont essayé de naviguer toutes seules…

— Ouais, grommela Delagard. Ce serait complètement dingue. Mais elles sont dingues, ces putains de gouines ! Elles sont bien capables d’avoir fait une connerie comme ça…

Il s’interrompit en entendant un bruit de pas sur l’échelle de la passerelle.

— C’est vous, Dag ? cria l’armateur. Je l’ai envoyé dans la cabine radio pour appeler les autres navires, ajouta-t-il à l’adresse de Lawler.

Le visage ratatiné de Dag Tharp apparut, suivi du reste de son corps.

— C’est le Soleil Doré qui manque, annonça le radio.

— Les Sœurs sont sur la Croix d’Hydros, dit Kinverson.

— Exact, dit Tharp d’un ton aigre. Mais la Croix d’Hydros a répondu quand j’ai appelé. L’Étoile, les Trois Lunes et la Déesse aussi. Mais aucune réponse du Soleil Doré.

— Vous en êtes absolument certain ? demanda Delagard. Vous n’avez pas pu entrer en contact avec eux ? Il n’y avait vraiment rien à faire ?

— Si vous voulez essayer vous-même, vous n’avez qu’à descendre. J’ai appelé toute la flottille et quatre navires ont répondu.

— Y compris celui des Sœurs ?

— J’ai parlé à la sœur Halla en personne. Vous ne me croyez pas ?

— Qui est le capitaine du Soleil Doré ? demanda Lawler. J’ai oublié.

— Damis Sawtelle, répondit Léo Martello.

— Jamais Damis n’aurait décidé de partir de son côté. Cela ne lui ressemble pas.

— Non, dit Delagard, le regard chargé de suspicion, cela ne lui ressemble pas. N’est-ce pas, docteur ?

Toute la journée, Tharp essaya d’obtenir une réponse sur la fréquence du Soleil Doré. Les radios des quatre autres navires essayèrent en vain eux aussi.

Personne n’eut de réponse. Le silence. Le silence.

— Un navire ne peut pas disparaître comme cela pendant la nuit, dit Delagard qui marchait de long en large comme un fauve en cage.

— C’est pourtant bien ce qui semble s’être passé, dit Lis Niklaus.

— Tu vas la fermer, ta grande gueule ?

— Très distingué, Nid. Vraiment très distingué.

— Ferme-la, ou c’est moi qui vais te la fermer !

— Cela ne nous avance pas beaucoup, dit Lawler en se tournant vers Delagard. Avez-vous déjà perdu un navire dans ces circonstances ? Un navire qui disparaît comme cela, sans lancer un S.O.S., ni rien ?

— Je n’ai jamais perdu de navire. Point à la ligne !

— S’ils avaient été en difficulté, ils auraient lancé un appel radio, non ?

— À condition d’en avoir eu la possibilité, dit Kinverson.

— Que voulez-vous dire ?

— Imaginons que tout un groupe de ces filets aient grimpé sur le pont pendant la nuit. Le changement de quart a lieu à trois heures du matin : les hommes de quart descendent de la mâture, la relève monte sur le pont, tout le monde se fait prendre dans les mailles des filets et entraîner par-dessus bord. Cela fait déjà la moitié de l’équipage qui a disparu. Damis ou l’autre homme de barre sort du poste de timonerie pendant l’attaque pour voir ce qui se passe et il marche à son tour sur un filet. Et puis le reste de l’équipage, l’un après l’autre…

— Gospo a poussé des hurlements quand le filet s’est refermé sur lui, fit remarquer Pilya Braun. Vous croyez que tout l’équipage d’un navire pourrait se faire prendre par ces filets et entraîner par-dessus bord sans qu’un seul fasse assez de bruit pour avertir les autres ?

— Ce n’étaient donc pas des filets, dit Kinverson. C’est autre chose qui est monté à bord. Ou bien des filets, plus autre chose. Et ils sont tous morts.

— Puis une bouche qui passait par-là a englouti le navire, dit Delagard. Où est passé ce putain de navire ? Tout l’équipage a peut-être disparu, mais qu’est devenu le navire ?

— Un navire chargé de toiles peut dériver assez loin en quelques heures, même sur une mer calme, fit observer Onyos Felk. Cinq ou dix milles, peut-être plus… Qui sait ? Et il continue de s’éloigner. Même en cherchant pendant mille ans, nous ne le retrouverions pas.

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