La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Du tout! je ne toucherai pas à la Fricottière, c'est sacré! j'ai autant que toi souci du berceau de la famille... mais si je suis embarrassé pour une échéance, je peux bien donner une petite hypothèque..*
— Vous ne pensez donc pas qu'il serait temps d'offrir à la France le concours de votre expérience et de vos facultés?... au lieu de gaspiller votre vie à travers tous les boudoirs...
— Oh ! tdus les boudoirs, tu exagères!...
— Pourquoi ne vous faites-vous pas nommer député? Je ne vous parle pas d'entrer dans la diplomatie, il est un peu tard, mais dans la politique active, à la chambre... au ministère, peut-être, vous trouveriez l'emploi de vos ardeurs!... Les élections se préparent, l'arrondissement de la Fricottière est excellent, adoptez un parti... ou plutôt adoptez-les tous, soyez candidat com-posite et vous battrez vos adversaires I...
— Prête-moi cinquante louis, la banque est eu déveine, je vais me rattraper.
Bezucheux de la Fricottière Misse leva furieuxel sortitpourse mettre à la recherche de ses amis. — Il les retrouva sur la terrasse dominant la mer, éparpillés et suivant l'un derrière l'autre la promenade de Tulipia au bras de l'heureux Gabassol.
Ce fut seulement après trois jours de flirtage presque ininterrompu, que Gabassol put se croire assez près d'un résidât important. Une déveine constante avec la rouge comme avec la noire, déveine supportée noblement, l'avait posé dans l'esprit de Tulipia, la charmante belle s'attendrissait et lui donnait moins de coups d'éventail sur les mains quand il serrait un peu trop fortement son bras sous le sien en contemplant la Méditerranée.
La superbe assurance de Cabassol, jetant sans compter les billets à la roulette insatiable, lui avait déjà valu une certaine notoriété dans la colonie. — Quelques personnes se disant bien informées avaient fait courir le bruit que ce joueur aventureux n'était autre que le président de la république de Honduras en train de manger un emprunt. — Miradoux et les deux clercs de notaire, avec qui on le voyait en fréquentes conférences, passaient pour ses ministres et recevaient en cette qualité des propositions de martingales infaillibles pour faire sauter la banque dans les prix les plus doux.
Miradoux et l'un des clercs de notaire, tentés par le démon du jeu, avaient eu des chances diverses, le jeune clerc était en gain d'une dizaine de mille francs, mais le pauvre Miradoux perdait vingt-quatre francs, ce qui bourre-lait ses nuits de remords cuisants.
— Misérable! se disait l'infortuné, tu te croyais au-dessus des passions humaines, tu te disais des douceurs, tu t'appelais vieux philosophe, homme sage, et voilà !... Désormais tu n'as plus le droit de te draper dans ta superbe... tu n'es qu'un joueur! Tu as pourtant vu Frederick dans Trente ans ou la Vie d'un joueur...
Un jour, en revenant de faire avec Tulipia, une promenade sentimentale sur la cote, Gabassol apparut radieux à ses complices.
— Mes enfants! dit-il, tout va bien, c'est pour ce soir!
— Bien vrai? s'écria Miradoux.
— Tulipia cède à ma flamme ! j'ai obtenu l'entrée de la villa Girouette, et comme première preuv les mains tant que je v son propriétaire!... O soir, messieurs, j'aurai reconquis l'album de la succession Badi-nard!
— Alors, demain, nous partons! exclama Miradoux, demain nous dirons adieu aux rivages ^ fleuris, mais perfides de Monaco! Il était temps car je sentais ma force dame et ma philosophie sombrer dans le gouffre, car, je l'avoue la rougeur au front, j'étudiais une martingale!
— J'ai quitté Tuli-pia pour vous prévenir, il est entendu que je la retrouverai tantôt au Casino.
Miradoux et les deux clercs se voyant à la veille 'de quitter Monaco, résolurent d'employer convenablement leur dernier , jour; tous trois se précipitèrent vers la roulette où Cabassol vint les retrouver en attendant Tulipia.
La déveine s'acharna sur Miradoux, qui perdit encore trente francs! Honteux et e d'affection, d'abord la permission de lui embrasser oudrais, et ensuite celle d'arranger ses affaires avec
Une table de roulette à Monte-Carlo.
furieux à la fois, il usa de son autorité pour arracher violemment de la table Fatale ses deux jeunes collègues, et pour les emmener devant (a tuer relrem-per leur âme dans un bain calmant d'azur et d'idéal. Gabassol resta seul à attendre Tulipia qui ne se pressait point d'arriver. Notre ami était assez inp quiet, mais la vue de Bezucheux et de ses amis rôdant comme des âmes en peine, le rassura; aucun d'eux n'avait détourné Tulipia.
A la fin Cabassol se fatigua d'attendre et quitta le Casino pour aller déli-bérément sonner à la porte de la villa Girouette. Le chambellan de l'hôtel de Rouge et Noire l'arrêta au passage.
— Madame de Balagny est sortie, dit-il, elle a pris une voiture à l'hôtel pour aller avec une amie faire une promenade à Roquebrune...
— Bon ! donnez-moi aussi une voiture, je vais prendre un peu l'air de ce côté...
11 faisait nuit noire lorsque Gabassol revint de sa petite excursion à Roquebrune, sans avoir rencontré Tulipia. L'hôtel était en remue ménage, le chambellan présidait au départ d'une quantité de grandes caisses que l'on chargeait sur et dans un omnibus; il trouva cependant le temps de dire à notre héros que M me de Balagny avait changé d'avis et avait dirigé sa promenade du côté d'Eza, au lieu d'aller à Roquebrune.
— Excusez-moi, je vous prie, ajouta le chambellan, je m'occupe du départ des bagages de S. A. le prince de Bosnie...
— Bien ! bien ! fit Cabassol.
Tout s'expliquait. Il avait cherché d'un côté pendant que la capricieuse Tulipia se promenait de l'autre; en se retournant, il aperçut la villa Girouette brillamment éclairée; Tulipia était-cliez elle, elle l'attendait, il allait pouvoir se présenter.
Et bien vite, Gabassol expédia son dîner, dans la grande salle a manger de l'hôtel, sans prendre garde aux bavardages des dîneurs attardés qui ne causaient que du départ du prince de Bosnie.
Miradoux et les deux clercs l'attendaient en fumant dans le jardin de l'hôtel. Dès qu'il parut, ils se levèrent et lui portèrent leurs félicitations anticipées.
— Mon bon ami, dit Miradoux, vous êtes un heureux coquin, elle vous attend! Tout à l'heure nous l'avons vue s'accouder à la fenêtre du petit salon donnant sur le jardin et rester pensive, les yeux élevés vers l'astre des nuits!... Allons, vous allez réparer les imprudences de M e Taparel et retrouver l'alhum sans lequel vous risquez de perdre l'héritage de feu Badi-nard. Quand vous aurez obtenu sa restitution, je l'enfermerai dans ma caisse... moi seul en aurai la garde, et la sévérité de mes principes vous est un sûr garant de mon incorruptibilité! En avant, nous allons vous conduire jusqu'à la porte...
Cabassol, suivi de ses complices, sortit de l'hôtel en même temps que
Ravissante Tulipia, pourquoi parlez-vous anglais?
l'omnibus chargé des bagages du prince de Bosnie. La villa Girouette s'était replongée dans l'obscurité, mais Miradoux, pressant le bras de Cabassol, lui fit remarquer une blanche figure de femme accoudée à une fenêtre
— C'est elle! fit Cabassol, ah! si j'avais une guitare ou simplement un cornet à piston pour lui donner une sérénade !
— La porte du jardin est ouverte, dit tout bas Miradoux.
— Tn-s bien, on m'attend! Donnez-moi les roses que vous avez à vos boutonnières pour que je signale ma venue...
CaLM-"l lit rapidement un bouquet et le jeta à la dame de la fenêtre.
— Elle l'a ramassé, fit Miradoux.
— Elle disparait, dit un des clercs.
— Oui, mais elle laisse la fenêtre ouverte ! Le balcon est à hauteur d'homme, je vais l'escalader et tomber à ses pieds... ce sera très galant !...