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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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— Il ne s’agit pas de votre argent, monsieur, avait répliqué En-Vérité.

— De quoi, alors ? Qu’est-ce qui vous gêne ?

— Je n’arrête pas de me demander : Et si jamais, par une quelconque erreur judiciaire, je gagnais ce procès ? »

Livide, l’homme lui avait lancé des menaces effroyables avant de sortir. En-Vérité n’avait jamais su si c’était lui ou un autre qui avait envoyé un assassin pour le tuer – une tentative lamentable, au couteau et dans le noir. En-Vérité avait vu la lame et le sourire mauvais de l’assassin – qui avait manifestement choisi une profession lui permettant de satisfaire ses penchants –, il avait alors poussé la lame à se détacher du manche du couteau et à se briser par terre aux pieds du malandrin. Lequel n’aurait pas eu l’air plus déconfit s’il l’avait changé en eunuque.

Des hommes avilis mais qui avaient tous un point commun : ils tenaient la vertu en haute estime et s’efforçaient de s’en donner l’apparence. L’hypocrisie, malgré sa mauvaise réputation, manifestait au moins un respect honnête pour la bonté.

Ces pisteurs d’esclaves, pourtant, manquaient de noblesse pour jouer les hypocrites. N’ayant pas dépassé le niveau des reptiles et des requins, ils n’avaient visiblement pas conscience de leur abjection et n’essayaient donc pas de cacher leur nature. On était presque tenté d’admirer leur impudence, jusqu’à ce qu’on se rappelle ce qu’il leur fallait d’indifférence glacée à l’égard de toute décence pour passer leur vie, contre de l’argent uniquement, à pourchasser les plus démunis de leurs semblables avant de les ramener à une existence d’asservissement, de châtiments et de désespoir.

En-Vérité constata avec plaisir que Daniel Webster avait l’air presque aussi dégoûté que lui par ces hommes. L’avocat de Nouvelle-Angleterre dédaigna soigneusement de leur serrer la main, s’arrangeant pour se plonger dans sa paperasse à chaque arrivée successive des pisteurs. Il ne s’embêta même pas non plus à retenir leurs noms ; après avoir constaté que tous ceux engagés étaient effectivement rassemblés, il ne s’adressa à eux que collectivement, et sans vraiment en regarder un seul dans les yeux. S’ils remarquèrent sa réserve, ils n’en dirent rien et ne manifestèrent aucun ressentiment. Peut-être était-ce ainsi qu’on les traitait toujours. Peut-être que les propriétaires qui les engageaient le faisaient avec répugnance, qu’ils se lavaient les mains après leur avoir remis la capsule de l’esclave à traquer, qu’ils se les relavaient après leur avoir versé leur salaire de pisteurs. Ne comprenaient-ils donc pas que le coupable, c’est le meurtrier et non le couteau ?

Il était dix heures et demie du matin lorsque les pisteurs, assis il une unique table en long devant le juge, eurent tiré tous les renseignements dont ils avaient besoin de la capsule appartenant à un nommé Chicaneau Planteur, d’Oily Spring dans le Kenituck. Le juge avait en main la déposition que maître Webster avait prise avec soin chez monsieur Planteur à Carthage City, dans la Wobbish. Planteur avait voulu déclarer que la capsule rassemblait des rognures d’ongles, des cheveux et des fragments de peau desséchée prélevés sur un certain Arthur Stuart de Hatrack River ; mais Webster avait insisté pour qu’il expose les faits seulement, à savoir que le contenu de la capsule provenait d’un bébé anonyme né dans sa ferme en Appalachie d’une esclave lui appartenant à l’époque et qui s’était échappée peu de temps après – avec, tenait à ajouter Planteur, l’aide du diable, lequel lui avait donné le pouvoir de voler, du moins c’était la rumeur qui courait parmi les esclaves ignorants et superstitieux.

Les pisteurs étaient prêts ; on fit entrer les enfants un par un et on les aligna face à eux. Tous portaient des vêtements ordinaires et tous avaient à peu près la même taille. Ils avaient les mains dissimulées, non pas dans des gants, mais dans des sacs de toile ficelés au-dessus des coudes ; d’amples capuchons en toile à sac plus fine leur recouvraient la tête. Nulle part on n’entrevoyait leur peau ; on avait veillé à ce qu’il n’y ait pas d’ouverture entre les boutons de leur chemise. Et au cas où, un grand écriteau portant un numéro pendait au cou de chaque gamin et masquait complètement le devant de la chemise.

En-Vérité les examina attentivement. Y avait-il une différence entre les fils noirs de Mock Berry et les petits Blancs ? Quelque chose dans leur démarche, dans leur maintien ? De fait, il existait des différences entre eux – la pose insouciante de celui-ci, les signes de nervosité de celui-là – mais En-Vérité était incapable de distinguer les Blancs des Noirs ; incapable à plus forte raison de désigner Arthur Stuart, le petit garçon qui n’appartenait entièrement à aucune des deux races. Ça ne voulait pas dire pour autant que les pisteurs n’en savaient rien ni qu’ils ne pouvaient pas le deviner.

Alvin l’avait cependant assuré que leur talent ne leur servirait à rien, vu qu’Arthur Stuart ne correspondait plus à la capsule.

Et Alvin avait raison. Les pisteurs eurent l’air déconcertés lorsqu’on amena le dernier gamin et que le juge leur demanda : « Eh bien, lequel coïncide avec la capsule ? » Manifestement, ils s’étaient attendus à reconnaître tout de suite leur proie. Mais ils se mirent à murmurer entre eux.

« On ne se consulte pas, dit le juge. Chacun de vous doit se décider individuellement, écrire le numéro du garçon qui d’après vous coïncide avec la capsule, et c’est tout.

— Vous êtes sûr que personne a caché l’drôle en question ? fit un pisteur.

— Vous me demandez, dit le juge, si je suis corrompu ou idiot. Voudriez-vous avoir l’amabilité de préciser quelle accusation vous portez ? »

Les pisteurs réfléchirent en silence.

« Messieurs, fit le juge sur un ton plutôt sec en s’adressant à eux, vous avez eu trois minutes. On m’avait dit que votre identification serait instantanée. Je vous prie de noter le numéro, qu’on en finisse. »

Ils notèrent le numéro. Ils signèrent leurs papiers. Ils les tendirent au juge.

En-Vérité ne put qu’admirer la façon dont le magistrat resta imperturbable lorsqu’il tria les documents. Mais c’était en même temps frustrant. Rien chez lui ne laisserait-il présager du résultat ?

« Je suis déçu, dit le juge. Je m’attendais à ce que les pouvoirs tant vantés des pisteurs d’esclaves et leur intégrité légendaire donneraient un résultat unanime. Je m’attendais à ce que vous montriez d’un seul doigt un des garçons, ou que vous déclariez d’une même voix que le gamin ne faisait pas partie du groupe. Au lieu de ça, je découvre tout un éventail de réponses. Trois d’entre vous déclarent au risque de se parjurer qu’aucun de ces enfants ne correspond à la capsule. Mais quatre autres en ont désigné des différents, une fois encore au risque de se parjurer. Pour être plus précis, ces quatre-là se sont décidés pour trois garçons différents. Il se trouve que les deux apparemment d’accord sont assis l’un à côté de l’autre, à mon extrême droite. Comme vous êtes les deux seuls qui accusez le même enfant, je crois que nous allons vérifier votre réponse en premier. Huissier, s’il vous plaît, veuillez ôter le capuchon du garçon numéro cinq. » L’huissier fit ce qu’on lui demandait. L’enfant était noir, mais ce n’était pas Arthur Stuart.

« Vous deux, là… êtes-vous certains, jurez-vous devant Dieu, que ce jeune garçon est celui qui correspond à la capsule ? Rappelez-vous, je vous prie, que c’est votre permis d’exercer votre profession dans l’État de la Wobbish qui est en jeu, car s’il apparaît que vous n’êtes pas dignes de foi ou que vous êtes malhonnêtes, vous n’aurez plus jamais le droit de ramener un esclave de l’autre côté de la rivière. » Mais ils savaient aussi que s’ils se dégonflaient maintenant, ils risquaient l’inculpation de parjure. Et l’enfant était tout de même noir.

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