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Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]

Электронная книга - «Le compagnon [Alvin Journeyman - fr]». Краткое содержание книги:

Compagnon forgeron, compagnon Faiseur, Alvin est de retour chez les siens. Mais quelle est sa tâche aujourd’hui ? « Je ne peux pas apprendre aux gens comment bâtir la Cité de Cristal si je ne sais pas moi-même de quoi il s’agit. »
La Cité de Cristal : la vision dans la tornade du lac Mizogan, en compagnie du prophète des Rouges. Si peu des chemins de sa vie y conduisent ; Peggy Larner — Peggy la torche — le sait bien.
Et l’ennemi de toujours choisit à présent des voies plus subtiles pour le détruire. Pièges, fuite, menaces, mensonges, délation, prison, tribunal, Alvin n’est-il pas condamné au renoncement ? Et le pire danger viendra peut-être de son frère Calvin, qui le jalouse au point de bientôt lui vouer une haine amère et décide de s’expatrier vers l’Ancien Monde afin de rencontrer Napoléon dont on sait le pouvoir redoutable
L’Amérique n’est-elle pas trop petite pour deux hommes aux talents en puissance si formidables ?
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« Mike Fink, que l’djab’ me patafiole, fit Alvin.

— Et toi, t’es le p’tit forgeron qui m’a tordu les pattes et cassé l’nez. » Mike Fink sourit, mais on lisait de la douleur dans ce sourire, et personne n’aurait juré qu’une querelle n’allait pas éclater.

« J’vous vois des marques et des balafres tout partout, m’sieur Fink, fit Alvin. M’est avis, comme vous êtes là devant nous autres, que c’est des restes de bagarres qu’vous avez gagnées.

— Que j’ai gagnées à la loyale et de haute lutte. Mais j’ai tué personne sauf quand j’étais obligé, quand un bon-rien voulait m’planter un couteau dans la peau et qu’y avait pas d’autre manière de l’arrêter.

— Qu’esse qui vous amène icitte, m’sieur Fink ? fit Alvin.

— J’ai une dette envers toi.

— Moi, j’crois pas.

— J’ai une dette et j’veux la payer. »

Ses paroles restaient tout de même ambiguës, et Arthur Stuart remarqua que poupa Horace et Armure-de-Dieu se tenaient prêts à sauter sur le dos puissant du passeur si le besoin s’en faisait sentir.

Ce fut Peggy Larner qui éclaircit la situation. « Monsieur Fink est venu nous donner des renseignements sur un complot contre la vie d’Alvin. Et se proposer comme garde du corps pour être sûr qu’on ne te fera pas de mal.

— J’suis bien content d’connaître que vous avez voulu m’prévenir, fit Alvin. Entrez vous assire. Vous pouvez vous mettre par terre comme moi, ou vous assire sus la couchette – l’est plus solide qu’elle en a l’air.

— J’ai pas grand-chose à dire. J’crois que m’zelle Larner t’a déjà dit tout c’que j’connais, qu’y aurait un complot pour te tuer sitôt qu’on t’emmènerait dans l’Kenituck pour ton procès. Et les hommes que j’connais – si on peut appeler ça des hommes.

— Ils ont pas été renvoyés du projet. Par le fait, j’ai entendu dire pas plus tard que c’tantôt qu’y fallait pas t’nir compte de l’extradition qu’était informe…

— Infirmée, l’aida obligeamment En-Vérité.

— Infirme, corrigea Fink. Bref. Fallait pas qu’ils s’tracassent de ça, par rapport qu’on allait encore avoir b’soin d’eux. L’plan, c’est de pas t’laisser partir vivant d’Hatrack River.

— Et pour Arthur Stuart ? demanda Alvin.

— Z’ont rien dit sus aucun p’tit croisé. D’la manière que j’vois ça, ils s’foutent complètement du drôle, l’est jusse un prétexte pour te crimer.

— S’il vous plaît, surveillez…» commença Alvin d’une voix douce, mais Mike Fink n’eut pas besoin d’entendre Alvin terminer : «… votre langage devant la dame.

— J’vous prie de m’excuser, m’zelle Larner, dit-il.

— C’est-y pas la meilleure ? fit Alvin avec admiration. Le v’là qui commence déjà à causer comme un d’vos élèves. » Mais n’y avait-il pas du reproche dans sa voix ?

En tout cas, il y en avait dans la réponse de Peggy. « Je préfère l’entendre jurer que t’entendre dire “c’est-y pas” au lieu de “n’est-ce pas”. »

Alvin se pencha tout près de Mike Fink pour lui expliquer, sans quitter Peggy des yeux : « Vous voyez, m’zelle Larner connaît tous les mots, et elle connaît exactement où faut les mettre. »

Arthur Stuart vit la fureur envahir le visage de la jeune femme, mais elle retint sa langue. C’était comme un combat qu’ils se livraient l’un à l’autre ; mais à propos de quoi ? Mademoiselle Larner avait toujours corrigé leurs fautes de grammaire, depuis l’époque où elle leur donnait des leçons à tous les deux ensemble, quand elle était maîtresse d’école à Hatrack River.

Ce qui intriguait d’autant plus Arthur Stuart, c’était la façon dont les adultes – pas En-Vérité, mais Horace, Armure-de-Dieu et même Mike Fink – se lançaient plus ou moins des regards en coin avec des petits sourires, comme si tous comprenaient exactement ce qui se passait entre Alvin et Peggy, qu’ils le comprenaient mieux que les deux intéressés eux-mêmes.

Mike Fink reprit la parole. « Pour en r’venir aux questions de vie ou d’mort au lieu d’perdre not’ temps avec la grammaire…

(À quoi Horace ajouta tout bas : Et les querelles d’amoureux.)

» … je r’grette de dire que j’ai rien appris d’autre sus leurs plans, termina Fink. C’est pas comme si on était des amis proches ou autres – y s’raient tout aussi contents de m’poignarder dans l’dos que de m’pisser sus les bottes, ça dépend de c’qu’ils tiendraient à c’moment-là à la main, leur couteau ou… enfin, bref. » Il jeta un autre regard à Peggy et rougit. Il rougit ! Sur cette figure grisonnante, couturée et déformée par les combats, privée d’une oreille, le sang afflua quand même et l’empourpra comme celle d’un écolier réprimandé par son institutrice.

Mais avant même que la rougeur disparaisse, Alvin posa la main sur le bras de Fink et tira pour le forcer à s’asseoir par terre près de lui, puis il lui entoura tranquillement l’épaule. « Vous et moi, Mike, on s’rappelle jamais comment causer correctement devant certains genses et simplement devant d’autres. Mais j’vous aiderai si vous m’aidez aussi. »

Là, en l’espace d’une seconde, mine de rien, Alvin venait de tranquilliser Mike Fink. Sa façon de parler dégageait une espèce de sincérité évidente, et les gens avaient beau savoir qu’il essayait de les réconforter, ils s’en fichaient. Ils savaient qu’il se souciait d’eux, assez pour essayer de les réconforter, du coup ils se sentaient vraiment mieux.

En pensant aux gens que réconfortait Alvin, Arthur Stuart se rappela comment le forgeron s’y prenait avec lui. « Pourquoi donc tu chantes pas la chanson, Alvin ? »

Ce fut alors au tour d’Alvin de rougir de confusion. « Tu connais que j’suis pas chanteur, Arthur. C’est pas par rapport que j’te l’ai chantée à toi…

— L’a fait une chanson, poursuivit Arthur Stuart. Où il raconte qu’il est enfermé icitte. On l’a chantée ensemble hier. »

Mike Fink hocha la tête. « On dirait qu’un Faiseux, ça peut pas s’arrêter d’faire.

— J’ai rien d’autre pour m’occuper qu’réfléchir et chanter, dit Alvin. Chante-la, toi, Arthur Stuart, pas moi. Tas une bonne voix pour chanter.

— J’la chanterai si tu veux. Mais c’est ta chanson à toi. C’est toi qui l’as faite, les paroles et la musique.

— Chante-la donc. J’connais même pas si je m’rappelle toutes les paroles. »

Arthur Stuart se leva respectueusement et se mit à chanter de sa voix flûtée :

« Être compagnon, c’est c’que j’voulais Pour faire mon tour dans l’monde entier. Et aussi vite que moi j’pouvais J’ai quitté l’pays où j’suis né… Autant même dire que moi j’courais. »

Arthur Stuart tourna les yeux vers Alvin. « Faut qu’tu chantes le refrain avec moi, tout d’même. »

Ils chantèrent donc en chœur le refrain joyeux.

« Je m’lèv’rai à la barre du jour, Moi, faut qu’mes pieds ils bougent toujours, Moi, j’m’en vais, c’est pour l’horizon – oh ! Moi, j’m’en vais, c’est pour l’horizon. »

Après quoi Arthur revint au couplet, mais cette fois Alvin le suivit en une espèce d’harmonie ténor qui mêlait joliment leurs deux voix.

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