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La Grande Quête

Электронная книга - «La Grande Quête». Краткое содержание книги:

À peine arrivé à la forteresse de Fal Dara, le jeune Rand n’a déjà qu’une idée en tête : fuir les noirs secrets qu’il a appris sur lui-même.
Moiraine, la puissante magicienne qui seule pourrait lui fournir des réponses, l’évite désormais comme la peste. Rand sait qu’il devrait quitter ces lieux, partir où personne ne le connaît et où il ne pourrait faire aucun mal.
Mais il est trop tard : les Aes Sedai l’ont enfermé et son seul espoir d’obtenir de l’aide à présent est Egwene, la femme qu’il pensait épouser un jour… et qui est en train de devenir elle-même une Aes Sedai.
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— Mais qui a tiré sur la Chaire d’Amyrlin ?

Ou plutôt sur moi ?

Loial ne répondit pas.

Uno et la seconde section arrivèrent au moment où les fossoyeurs finissaient de recouvrir les corps. Quand on lui décrivit la scène, le borgne cracha sur le sol et grogna :

— Ces maudits Trollocs laissent souvent ce genre de boucherie le long de la Flétrissure. Pour taper sur nos fichus nerfs, ou pour souligner qu’il vaut mieux ne pas les suivre dans leur fief. Que la Lumière me brûle si leurs manigances marchent sur nous !

Avant que la colonne reparte, Ingtar immobilisa son cheval à côté des deux monticules de terre sans signe distinctif et qui paraissaient trop petits pour contenir un être humain.

— Que la Lumière brille sur vous et que le Créateur vous protège, murmura-t-il. Avec son ultime étreinte, la terre vous accueille en votre nouveau foyer.

Relevant les yeux, l’officier regarda tour à tour chacun de ses hommes, leur expression chaque fois aussi fermée que la sienne.

— Sur la brèche de Tarwin, ils ont sauvé le seigneur Agelmar, dit-il comme pour se justifier. (Plusieurs guerriers l’approuvèrent du chef.) En route, maintenant ! Hurin, quelle direction ?

— Le sud, seigneur.

— Alors, montre-nous le chemin. La chasse est ouverte !

La forêt céda très vite la place à une vaste plaine traversée de-ci de-là par un cours d’eau peu profond enchâssé entre deux berges abruptes qui lui donnaient des allures de canal. De temps en temps une butte ou une colline venaient rompre la monotonie, mais négocier ces élévations de terrain ne présentait jamais de véritable difficulté. Bref, une configuration parfaite pour les chevaux. Tirant parti de ce coup de chance, Ingtar imposa à la colonne un rythme très soutenu.

Une demi-douzaine de fois, Rand aperçut dans le lointain ce qui devait être une ferme. En une occasion, il crut voir un village, à environ un quart de lieue de la colonne. De la fumée montait d’une série de cheminées et une structure blanche indéfinissable brillait sous les rayons du soleil. Malgré ces signes de vie, les cavaliers ne croisèrent jamais personne dans la partie de la plaine d’où ils prenaient garde de ne pas s’écarter. De temps en temps, ils traversaient un bosquet qui les changeait agréablement des hautes herbes, mais la zone boisée ne dépassait jamais une centaine de pas de profondeur.

Ingtar avait désigné deux éclaireurs que leurs camarades distinguaient uniquement quand ils se tenaient au sommet d’une colline. Pour rappeler éventuellement ces hommes, au cas où Hurin suggérerait un changement de direction, l’officier disposait d’un sifflet en argent pendu autour du cou. Il n’eut pas besoin de s’en servir, puisque la traque continua, entraînant toujours les guerriers vers le sud.

— Si nous continuons à ce rythme, annonça Ingtar, nous atteindrons le champ de Talidar dans trois ou quatre jours… Le site de la plus grande victoire d’Artur Aile-de-Faucon, remportée contre des Trollocs conduits hors de la Flétrissure par une meute de Myrddraals. La bataille dura six jours et six nuits. Ensuite, les Trollocs survivants s’en retournèrent chez eux et ils n’osèrent plus jamais défier le grand roi. Pour célébrer son triomphe, Artur fit ériger un monument : une tour de plus de cent pieds de hauteur. Surmontée d’un soleil doré, cette flèche de pierre n’était pas érigée à la gloire du roi. Au contraire, on y sculpta tous les noms des soldats tombés au champ d’honneur afin de permettre la victoire de la Lumière sur les Ténèbres.

— J’aimerais rudement voir ça…, souffla Loial. Je n’avais jamais entendu parler de cet obélisque.

Ingtar ne répondit pas tout de suite. Et, quand il le fit, sa voix ne tremblait pas :

— Bâtisseur, il n’existe plus depuis longtemps. Après la mort d’Artur, les vautours qui se disputaient son empire n’auraient pas supporté de laisser debout un monument à la gloire d’un de ses exploits, même si l’obélisque ne faisait nullement mention de son nom. Il n’en reste plus rien, à part la butte sur laquelle il trônait. Dans trois ou quatre jours, nous verrons au moins ça…

Sur ces mots, l’officier se plongea dans un mutisme d’où il ne semblait pas disposé à sortir avant un long moment.

Alors que le soleil était à son zénith, la colonne passa devant une structure carrée aux murs de brique. La voyant d’assez loin, Rand vit néanmoins qu’elle n’était pas haute – deux niveaux, tout au plus – mais incroyablement étendue. En complète déliquescence, il ne lui restait plus qu’un fantôme de toit où s’accrochaient encore quelques tuiles rebelles aux outrages du temps. Leur revêtement en plâtre désormais grisâtre – nul doute qu’il avait été jadis d’un blanc éclatant –, les murs aussi s’écroulaient par lambeaux, laissant apparaître plusieurs cours intérieures et des salles dans un état de délabrement avancé. Des buissons et même des arbres avaient fini par éventrer les dalles des cours, envahissant toutes leurs jointures.

— Un manoir…, annonça Ingtar. (Le peu de moral qu’il semblait avoir recouvré venait de disparaître en fumée devant les ruines.) Lorsque Harad Dakar existait encore, les habitants cultivaient ces terres sur un rayon d’une bonne demi-lieue. Des vergers, je crois… Les Haradani aimaient beaucoup leurs vergers…

— Harad Dakar ? demanda Rand.

— On ne vous apprend plus l’histoire, désormais ? Harad Dakar était la capitale du Hardan, le royaume qui s’étendait jadis sur les terres que nous traversons.

— J’ai consulté une très vieille carte, rétorqua Rand, et je connais bien des nations disparues – le Marado, le Goaban et le Caralain – mais je n’ai jamais vu de Hardan.

— Il y a d’autres pays désormais rayés de la carte du monde, intervint Loial. Le Mar Haddon, par exemple, qui est devenu l’Haddon Mirk et l’Almoth. Le Kintara aussi… La guerre des Cent Années a fait exploser l’empire d’Artur en une multitude de royaumes petits ou grands. Les plus petits furent absorbés par les plus grands, ou au moins « unifiés », comme l’Altara et le Murandy. Parler d’unification forcée serait plus juste, je suppose…

— Qu’est-il advenu de ces pays ? demanda Mat.

Rand n’avait pas remarqué que ses amis chevauchaient en tête de la colonne. Jusque-là, ils avaient traîné à l’arrière, le plus loin possible de lui…

— Le liant n’a pas pris…, répondit Loial. L’agriculture s’est délitée, ou le commerce… Ou un simple échec humain. En tout cas, chaque fois, quelque chose s’est écroulé et la nation est tombée avec. Il y a eu aussi toute une série de conquêtes militaires, mais toujours éphémères…

» Le Hardan est devenu un désert. Il reste bien quelques villages, de-ci de-là, mais ce ne sont plus que des ruines peuplées de fantômes. Enfin, presque toutes… Harad Dakar fut abandonnée il y a trois cents ans mais, même avant, ce n’était qu’une coquille sans substance « dirigée » par un roi qui n’avait aucune influence sur ce qui se passait dans les rues. Il ne reste rien de cette capitale, d’après ce qu’on m’a dit, ni des autres cités du pays, parce que les paysans et les villageois les ont démontées pierre à pierre… Les bourgs qu’ils ont érigés avec n’existant plus non plus, le cercle semble bouclé. C’est ce que j’ai lu, et je n’ai rien vu qui contredise ces informations…

— Pendant près de cent ans, dit Ingtar, Harad Dakar a été une ville ouverte livrée à tous les crimes. Puis ses habitants ont fui, et elle fut littéralement démantelée… Un royaume entier en voie de disparition… Aujourd’hui, quelle nation contrôle vraiment le territoire qu’elle revendique sur une carte ? Et laquelle a les mêmes prétentions en matière de frontières qu’il y a seulement un siècle ? Après la guerre des Cent Années, de la Flétrissure à la mer des Tempêtes, on traversait une multitude de pays. De nos jours, il ne reste plus qu’une succession de terres ravagées dont personne ne se soucie. Chez nous, près de la frontière avec la Flétrissure, le combat contre les envahisseurs est un garant d’unité et de force. Ici, il manquait peut-être une motivation. Tu as parlé d’échec, Bâtisseur, et c’est bien de ça qu’il s’agit. Mais combien de royaumes encore debout aujourd’hui seront sur le flanc demain ? L’humanité est balayée par un raz-de-marée, mes amis. Combien de temps avant qu’il ne reste plus rien, à part les Terres Frontalières ? Puis qu’elles disparaissent aussi, laissant le champ libre aux Myrddraals et à leurs Trollocs ?

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