Бесплатная библиотека
Читайте книгу на сайте или телефоне
Les proies de l'officier - Читать Любимую Русскую Полную Книгу 👉 Read-E-Book.com

Les proies de l'officier

Электронная книга - «Les proies de l'officier». Краткое содержание книги:

Juin 1812, Napoléon lance 400 000 hommes à la conquête de la Russie. Mais sur la route de Moscou, entre les batailles d'Ostrowno et de la Moskova, un officier assassine des femmes avec une sauvagerie inouïe. Le prince Eugène de Beauharnais, conscient des répercussions qu'une telle affaire pourrait avoir, charge Quentin Margont de suivre, dans le plus grand secret, cette piste sanglante...
Tandis que commence la marche épuisante de l'armée napoléonienne à travers la plaine russe, ce jeune capitaine humaniste et idéaliste, n'a pas le choix : les ordres sont les ordres et il doit retrouver le coupable ou ce sera le peloton d'exécution...
1 ... 67 68 69 70 71 72 73 74 75 ... 86
Перейти на страницу:

Une odeur de tabac à la rose s’élevait de sa pipe russe en argent.

— Le plus absurde, poursuivit-il, c’est qu’ils n’ont rien compris. Ce qui a de la valeur aujourd’hui, ce n’est pas l’or, mais la nourriture. Ah, ils seront fins à voir, tous ceux-là, à essayer de rentrer en France avec leurs havresacs surchargés et leurs ventres vides...

Ce que venait d’entendre Margont lui paraissait évident et, en même temps, il refusait d’y croire.

— Rentrer en France ?

Le visage de Piquebois, habituellement serein, exprimait l’inquiétude.

— Si les Russes ont volontairement incendié leur capitale, il y a peu de chances qu’ils envisagent de faire la paix.

Margont demeura silencieux. Piquebois, lui, contemplait les rares habitants qui erraient dans les décombres. La plupart étaient désespérés, en guenilles, maigres à faire peur et affamés. Certains arrachaient des bouts de chair à des carcasses d’animaux pour se nourrir. D’autres plongeaient dans la Moskowa pour récupérer le blé que les soldats russes y avaient jeté avant d’évacuer la ville. Mais les grains fermentés les rendaient malades.

— Bientôt, on aura la même allure qu’eux si on ne se hâte pas de filer avant l’hiver, prophétisa-t-il.

Les deux hommes reprirent leur marche.

— Lefïne et Saber sont parvenus à rassembler une belle quantité de nourriture. Des concombres, des oignons, de la bière, du sucre, des jambons...

— Des jambons ?

— Oui, des jambons. Du poisson salé en veux-tu en voilà, du suif et de la farine. Mais pas de pain. Et aussi, des pommes de terre.

— Malgré tout, nous ferions bien de commencer déjà à nous rationner.

Piquebois désigna Margont de l’embout de sa pipe pour manifester son approbation.

— Fernand essaie de nous procurer des chevaux. Il faudra nous tenir sur nos gardes. Parce que, si l’armée doit effectivement se replier, bientôt, on se tuera pour une monture.

— Et on finira par s’étriper pour une pomme de terre.

Ils s’arrêtèrent devant une église que le sinistre avait épargnée. Des gens s’y pressaient pour y prier et pour s’y loger. Margont contempla les murs peints en rouge et vert tendre.

— C’est incroyable, s’étonna Piquebois. Il n’y a pas de suie sur les murs. Je vais commencer à croire en Dieu.

Margont désigna la foule en haillons.

— Ce sont eux qui les ont nettoyés.

Ils finirent par retrouver leur ancien logement. Il n’en restait rien. Cependant, quelqu’un avait dressé une poutre calcinée. Un mot rédigé en français était épinglé sur le bois.

Messieurs les Français,

Je me nomme Youri Lasdov et cette maison était la mienne. Je n’étais qu’un marchand et tous mes biens consistaient en cette bâtisse et mes deux épiceries. Juste avant de fuir la ville avec ma famille, j’ai moi-même jeté toutes mes marchandises au fond de la Moskowa. J’ai laissé l’un de mes employés à Moscou pour qu’il incendie ma chère demeure, si jamais des chiens de Français venaient à y loger. Et je lui ai demandé d’agir de nuit dans l’espoir que les flammes rôtiraient quelques-uns des vôtres.

Puisse la Russie être le tombeau de la France.

* * *

Margont retourna à son nouveau logement. Un lieutenant l’y attendait en faisant les cent pas sur le perron. Dès qu’il aperçut Margont, il leva un visage reconnaissant vers le ciel et l’entraîna à sa suite de son pas pressé. Le colonel Delarse était mourant et désirait s’entretenir avec lui.

— Il a été blessé ? interrogea Margont.

— Non. Crise d’asthme. L’une des pires qu’il ait jamais faites. C’est à cause de l’incendie : il a inhalé des cendres.

Un soldat badois travesti en pope, de sa voix avinée, babillait dans un latin imaginaire en sanctifiant les passants. De rage, le lieutenant le poussa de toutes ses forces sans même prendre le temps de s’arrêter, le précipitant sur les pavés. Le pope apocryphe lui promit toutes les malédictions du Ciel et de l’Enfer réunies.

— Il s’est entretenu avec les colonels de la division. Puis il vous a demandé ainsi que plusieurs autres officiers.

— Je suis flatté d’être convoqué. Et pour quel motif me réclame-t-on ?

— Je n’en sais rien.

Le colonel Delarse logeait dans un hôtel dont l’architecture s’inspirait de Versailles. Margont réalisa une fois de plus combien étaient nombreux ces liens qui unissaient la Russie et la France. Cette guerre lui parut plus pénible encore. Delarse gisait dans un lit à baldaquin dont les voiles filtraient l’air. Avant même de l’apercevoir au fond de sa chambre obscure, on entendait déjà sa respiration sifflante. Le colonel, épuisé, tenait un crayon du bout des doigts.

« Bonjour, capitaine Margont », griffonna-t-il sur l’une des feuilles étendues sur sa couverture.

— Bonjour, mon colonel.

« Je crois que c’est la fin. Épargnez-moi les « Mais non » et autres bêtises. »

Margont hocha la tête. L’air entrait facilement dans les poumons de Delarse, mais s’y retrouvait piégé. Chaque expiration était laborieuse.

« Je n’ai pas peur. J’ai deux mères, ma mère et la mort. Toutes deux m’ont materné durant l’enfance, toutes deux m’ont bercé dans leurs bras, toutes deux pensent à moi en permanence et toutes deux occupent trop souvent mes pensées. J’écris cela, car ma mère était si possessive qu’elle m’étouffait parfois plus que mon asthme. J’ai tout essayé contre la mort : la nier, la mépriser, la supplier, la narguer... Dans les combats, je courais tous les risques comme pour lui dire : « Allez, vas-y, prends-moi ! Fais ce que tu aurais dû faire depuis si longtemps ! Parfois, il m’arrivait même de penser que le fait d’être encore en vie était l’un de ces nombreux petits désordres de l’univers et que je devais réparer cela. Parfois, au contraire, je m’exposais au feu ennemi pour me convaincre que j’étais immortel. »

Le crayon se déplaçait étonnamment vite sur les feuilles et à peine l’une d’elles était-elle couverte de mots que Delarse la laissait chuter à terre pour attaquer la suivante. Il est vrai que le temps pressait...

« Un jour, j’ai compris qu’en agissant ainsi, je ne faisais que rejouer mon enfance. Car même lorsque j’allais bien, il fallait que je frôle la mort avec des jeux stupides. Sauter du haut des arbres, nager le plus longtemps possible... Enfin, toujours est-il qu’après chaque bataille, une fois le danger écarté, quand ma concentration se dissipait, je m’étonnais d’être encore en vie. Un pas en avant, deux pas en arrière : à quel jeu cruel jouait donc la mort avec moi ? »

L’émotion de Delarse fut telle en rédigeant ces lignes que sa respiration s’accéléra et devint plus sifflante encore tandis que ses écrits se déformaient.

« Pendant que des milliers de soldats se couvraient d’une gloire éternelle à Austerlitz, moi, je suffoquais dans une auberge. C’est tout dire, non ? Adolescent, j’ai dévoré les biographies d’Alexandre le Grand et de Jules César. Tous deux étaient épileptiques, je pensais que mon asthme ne me coûterait pas plus cher que leurs convulsions. Il faut croire que j’avais tort. Mais vous vous demandez pourquoi je vous raconte tout cela. Eh bien, votre colonel m’a dit que vous teniez un carnet de cette campagne. Est-ce exact ? »

— Absolument, mon colonel. Mais j’ignorais que le colonel Pégot était au courant. Le visage de Delarse se réjouit. « Vous écrivez vos mémoires ? »

— Pour l’instant, mon projet est de lancer un journal. J’y relaterai, entre autres, la campagne de Russie.

« La censure fera de cette campagne une balade bucolique ! »

— Alors au lieu de supprimer les passages censurés, je les ferai couvrir d’encre et les gens iront protester sous les fenêtres du préfet en brandissant mes pages noires.

1 ... 67 68 69 70 71 72 73 74 75 ... 86
Перейти на страницу:
0
Сюжет
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Атмосфера
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Главный герой
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
0
Общее впечатление
  • 1
  • 2
  • 3
  • 4
  • 5
  • 6
  • 7
  • 8
  • 9
  • 10
Итоговая оценка: 0.0 из 10 (голосов: 0 / История оценок)