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Les proies de l'officier

Электронная книга - «Les proies de l'officier». Краткое содержание книги:

Juin 1812, Napoléon lance 400 000 hommes à la conquête de la Russie. Mais sur la route de Moscou, entre les batailles d'Ostrowno et de la Moskova, un officier assassine des femmes avec une sauvagerie inouïe. Le prince Eugène de Beauharnais, conscient des répercussions qu'une telle affaire pourrait avoir, charge Quentin Margont de suivre, dans le plus grand secret, cette piste sanglante...
Tandis que commence la marche épuisante de l'armée napoléonienne à travers la plaine russe, ce jeune capitaine humaniste et idéaliste, n'a pas le choix : les ordres sont les ordres et il doit retrouver le coupable ou ce sera le peloton d'exécution...
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— Je vais tout tenter pour le faire parler, alors pas d’intervention intempestive ! insista-t-il.

— Seul celui que nous cherchons peut trouver cette adresse. Et il arrivera avec de l’or. Cela suffit, estima Dalero.

— Nous avons affaire à un colonel : devant un tribunal militaire, sa parole pèsera le triple de toutes les nôtres réunies. Il dira qu’il passait par là par hasard, qu’il avait un rendez-vous discret avec quelqu’un pour acheter quelque chose... Il nous faut une preuve formelle, pas des présomptions ou des coïncidences peu probables.

Saber, Fanselin et Piquebois se lançaient des regards qui en disaient long sur leur désarroi.

— Un colonel ? Nous n’allons pas arrêter un colonel ? finit par demander Saber, persuadé qu’il allait dissiper un malentendu.

Margont leur expliqua qu’ils recherchaient effectivement un colonel. Il leur déclara qu’il y avait d’excellentes raisons à cela, mais qu’il lui était interdit de les révéler.

— Si certains d’entre vous veulent se retirer, je le comprendrai, ajouta-t-il.

— Tu peux compter sur moi, répliqua immédiatement Piquebois.

Fanselin hocha la tête. Saber accepta à contrecoeur. Il ne voulait pas avoir la réputation d’être un « lâcheur », car il n’y avait rien de pire pour tuer dans l’oeuf toutes les promotions à venir.

— Donc il nous faut des aveux, reprit Margont. Si jamais vous me voyez lever le bras : venez à mon secours. Cela signifiera que je suis en danger ou qu’il en a dit assez pour que l’on puisse l’arrêter.

— Et s’il ne parle pas ? demanda Dalero.

— Je le laisserai partir. Nous discuterons ensuite de ce qu’il convient de faire.

Ce dernier point dépendrait surtout de l’avis du prince Eugène.

— Vous allez vous disposer en cercle autour de moi. Ainsi, pour me rejoindre, notre homme pénétrera dans ce cercle sans le savoir. Il n’aura aucune retraite possible. Piquebois se postera dans la maison voisine à ma droite, le sergent Fimiento, dans celle située à ma gauche. Lefine se cachera dans le jardin pour assurer mes arrières. Fanselin et Saber seront dans la rue qui débouche en face de la maison. Le capitaine Dalero et le sergent Andogio se placeront à l’extrémité gauche de notre rue, à l’endroit où celle-ci est coupée par le carrefour. Le capitaine Dalero sera du même côté que moi et le sergent Andogio, en face, caché dans les ruines contiguës à l’immeuble dans lequel loge le bataillon du 48e.

— Il y a plus d’hommes sur la gauche, fit remarquer Dalero.

— C’est exact. Parce qu’il est plus facile de s’y cacher : les bâtiments sont mieux conservés. Mais vous m’avez dit que les sergents Fimiento et Andogio étaient d’excellents tireurs.

Fimiento sourit sans que l’on sache si c’était pour accueillir ce compliment ou parce qu’il se remémorait quelques tirs particulièrement bien ajustés.

— Je les ai placés à des points clés. Le sergent Fimiento peut prendre toute notre rue dans sa ligne de mire comme celle qui débouche en face de cette maison. Le sergent Andogio, lui, couvre à la fois notre rue et le carrefour. Des questions ?

— On va passer plus de vingt-quatre heures cachés derrière des restes de murs qui risquent de s’écrouler et sans faire de feu – donc en se gelant toute la nuit et en mangeant froid –, c’est bien ça ? demanda Lefine.

— Absolument. D’autres questions ? Alors souhaitons-nous bonne chance.

28

L’attente avait été longue. Enfin, l’heure du rendez-vous était arrivée et Margont faisait les cent pas sur le perron. Il contemplait les alentours en exhalant de la buée. Il plongea les mains dans les poches de sa capote grise. Ses doigts caressèrent la crosse de ses pistolets. Il avait également pris son épée et un couteau. Il sourit en se disant qu’il n’avait pas été aussi armé en se lançant à l’assaut de la Grande Redoute. Il essayait de deviner lequel des quatre visages se trouverait face à lui. Il se demandait également si l’homme répondrait à ses questions. Et si oui, est-ce que ce ne serait pas pour endormir sa méfiance avant de tenter de le supprimer ?

Au bout d’un temps qui lui parut à la fois bref et particulièrement long, il aperçut une silhouette. Son coeur s’accéléra. Ce passant était seul. Il venait sur sa droite, du côté de Piquebois et de Fanselin. Il marchait lentement. Lui aussi portait une capote dans les poches de laquelle il avait plongé les mains.

Peu à peu, la distance diminua. L’inconnu avait relevé son col et portait un bonnet, si bien que l’on ne pouvait pas encore distinguer son visage. Lorsqu’il fut à une centaine de pas, il s’arrêta. Il regardait Margont. Soudain, une détonation retentit. Margont fut touché en pleine poitrine et tomba. L’inconnu fit demi-tour et se mit à courir. Le coup de feu avait été tiré depuis l’angle du carrefour, là où était posté le sergent Andogio. Piquebois jaillit le premier hors de sa cachette.

— Ils sont deux, hurla-t-il. Fanselin, avec moi !

Et il s’élança à la poursuite de la silhouette qui se trouvait encore loin du cercle qui aurait dû la piéger. Fanselin fit irruption un pistolet à la main et rejoignit Piquebois au pas de course. Dalero et Saber se ruèrent vers le tireur que Fimiento mettait déjà en joue. L’homme était tapi dans l’obscurité. Il avait jeté son fusil déchargé et épaulait Fimiento avec l’arme du sergent Andogio. Ce dernier gisait à ses pieds. Les deux coups de feu retentirent presque simultanément. La balle de Fimiento vint s’écraser contre le pan de mur derrière lequel s’était posté son adversaire. Fimiento s’effondra aussitôt après. Le tireur lâcha son second fusil et prit la fuite à son tour. Il traversa la rue à toute vitesse et s’engagea à travers un champ de décombres. Saber, voyant que le fugitif ne répondait pas à ses sommations, fit feu avec son pistolet. Dalero l’imita. Les deux balles ne frôlèrent même pas leur cible. Lefine contourna la maison et se précipita sur Margont. Celui-ci était assis. Sa capote était trouée au niveau du poumon droit.

— Ça va, je n’ai rien, regarde.

Il ouvrit son vêtement. Il portait le plastron d’un cuirassier. La pièce de métal était suffisamment épaisse pour arrêter les balles et sa forme en gorge de pigeon déviait les projectiles.

— J’ai emprunté ça à un ami. Je ne suis pas blessé. C’est la surprise qui m’a fait tomber. Et la peur, aussi. Pourquoi est-ce que personne n’a repéré ce tireur ?

— Nous étions trop occupés à observer l’autre, répondit Lefine. Celui-là, il a réussi une belle diversion. Margont se releva. Il contemplait le trou dans le tissu.

— Sacré coup...

Dalero et Saber s’étaient engagés à leur tour dans les décombres. Derrière eux, des lueurs et des visages apparaissaient aux fenêtres et une sentinelle avait jailli d’un porche.

— Qui va là ? hurla-t-elle.

— Amis ! France ! lui répondit Saber pour éviter de recevoir une balle entre les omoplates.

Il y avait des empilements de gravats qui s’effondraient parfois quand on posait le pied dessus, des pans de murs derrière lesquels quelqu’un pouvait bondir sur vous par surprise, des zones d’ombre susceptibles de dissimuler un tireur... Dalero et Saber, le sabre à la main, se pressaient avec prudence. Saber aperçut le fuyard qui disparut derrière un monticule d’éboulis.

— Par là ! s’exclama-t-il en le désignant de la pointe de sa lame.

Il voulut s’élancer, mais un parquet calciné céda sous son pied et il s’étala dans la cendre. Dalero prit un peu d’avance sur lui. Lorsque Saber le rejoignit, ce fut pour s’entendre dire que l’homme avait disparu.

Dans la direction opposée, Fanselin poursuivait toujours celui qu’il avait pris en chasse. Piquebois, lui, s’était arrêté pour prendre appui contre un mur. Il ne s’était pas encore pleinement remis de sa commotion à la Moskowa. La silhouette se retourna en pointant un pistolet. Fanselin rentra machinalement la tête dans les épaules et se courba. Le tireur ne ralentit cependant pas l’allure et sa balle passa loin du lancier. Fanselin avait constaté à quel point le fugitif jouissait d’une excellente forme physique. Il courait très vite, et ce, depuis un moment déjà. Sentant que si tout se jouait à l’endurance, il aurait le dessous, Fanselin décida d’utiliser la ruse. Quand l’homme tourna dans une rue, lui-même s’engouffra dans une rue parallèle. Il le perdit alors de vue, mais il continuait à entendre ses pas. Fanselin essayait de faire le moins de bruit possible, quitte à ralentir. Il faillit se faire semer, mais rattrapa son retard en coupant à travers des décombres. Le fugitif se retourna plusieurs fois et, ne voyant personne, pensa s’être tiré d’affaire. Il bifurqua et disparut dans une ruelle. Fanselin crut qu’il allait le perdre définitivement, mais il l’aperçut à nouveau, séparé de lui par une étendue de maisons délabrées. L’homme s’était mis à marcher pour reprendre son souffle. Il erra un moment dans les rues, jetant souvent un regard derrière son épaule. Fanselin se contentait toujours de le suivre parallèlement, ne se guidant qu’à l’ouïe. L’homme, enfin rassuré, finit par se rendre à un superbe palais dont plusieurs fenêtres étaient éclairées, même à cette heure tardive. Les deux sentinelles qui gardaient la grille ceinturant le jardin lui présentèrent les armes. Il ne leur adressa pas un regard et s’engagea dans l’allée. Fanselin se rapprocha discrètement et appliqua son visage contre les barreaux glacés. Il reconnut le colonel Barguelot.

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