La grande mascarade parisienne
- Автор: Robida Albert
- Язык: французский
- Жанр: Европейская старинная литература
Электронная книга - «La grande mascarade parisienne». Краткое содержание книги:
— Moi, fit Bisseco, je la pulvériserai d'un coup d'œil fulgurant!... un de ces coups d'oeil dont on ne se relève pas!.-
— Quant à moi, dit Pontbuzaud, mon intention bien arrêtée est de faire sauter la banque sous ses yeux, sans daigner jeter un regard de son côté... D'abord, comme elle m'a trompé, j'ai dans l'idée que si je joue en sa mi^^MÊi I présence, cela me portera bonheur... Tulipia sera mon fétiche, sans s'en douter !
— Eh bien! et toi, mon petit Gabassol, reprit Bezu-cheux, que vas-tu faire dans le pays où fleurit Tulipia?
Cabassol et Tulipia s'en allèrent sons les palmiers.
— Moi, fit Cabassol embarrassé, moi, oh! moi, c'est différent ; je vais pour un mariage. Vous voyez ces messieurs là-bas?...
El il montra d'un mouvement de tête Miradoux et les deux clercs*
— Tous notaires, mes enfants! Ils m'ont déniché une héritière sérieuse devant qui je vais poser ma candidature.
— Très bien, mon ami, très bien ! Nous te laissons avec tes notaires. Tu leur parleras de nous, pour le cas où ton héritière te blackboulerait...
Kn montant en wagon, Cabassol trouva installé dans son compartiment un monsieur enveloppé dans un ulster à collet relevé qu'il crut reconnaître. Le monsieur avait la figure plongée dans le Figaro; tant que le train fut en gare, le monsieur ne bougea pas. Gomme il ne pouvait aller ainsi jusqu'à Nice, Cabassol prit patience. A Fontainebleau, le monsieur se décida abaisser son masque, et Cabassol put saluer son ex-patron, M. Pculet-Golard.
— Eh bonjour, cber maître! dit Cabassol, vous allez à Monaco? je parie que je sais ce qui vous y attire !
— Mon cher secrétaire, on vient de découvrir dans les terrains de Menton une femme pétrifiée....
— Ne se ait-ce pas Tulipia?
— Non, il s'agit d'une femme de quatre mille ans.
— Un bel âge! Son mari peut être tranquille... Plus jeune, la dona è trop mobile!
Cabassol descendit à l'hôtel de Rouge et Noire, à Monte-Carlo, en face de la petite principauté, qu'il voyait tout entière par une seule de ses fenêtres. Sur le livre de l'hôtel il écrivit simplement et illisiblement son nom, « Cabassol », au-dessous duquel le modeste Miradoux inscrivit les mots et sa suite, ce qui fit que les voyageurs furent aussitôt pris pour des notabilités diplomatiques.
— Que dit-on ici? demanda Cabassol au majordome de l'hôtel, personnage à tournure de chambellan ; de qui parle-t on?
— Du prince de Bosnie. Son Altesse est ici, elle occupe l'appartement au-dessous de celui-ci, avec son précepteur le baron de Blikendorf.
— Vraiment! fit Cabassol. Et en fait de dames?
— Nous avons, à Monte-Carlo, la grande duebesse douairière de LipFeld, la grand'mère du roi de...
— Je ne vous parle pas des grandes duchesses douairières, ditsévèn m ni Cabassol, je vous parle de grandes duchesses plus folâtres! Connaissez-vous Tulipia?...
— Madame Tulipia de Balagny? Parfaitement, monsieur, elle occupe la villa Girouette, que vous pouvez voir de vos fcnêlres.
— La petite villa ici, dans le jardin aux quatre palmiers?
— Oui, monsieur.
— C'est bien, je vous remercie,
Le chambellan s'inclina et disparut.
Cabassol se mit à la fenêtre et put examiner à loisir la villa honorée de la présence de M mo de Balagny. — C'était une petite villa italienne toute en
La villa Girouatt
terrasses et en balcons garnis de plantes grimpantes, au centre d'un petit jardin plein de cactus et d'agaves poussant en liberté. En face de l'hôtel de Rouge et Noire, de l'autre côté de la villa, s'élevait un autre hôtel, l'hôtel de Gènes, plongeant aussi sur les jardins des Girouettes. Aux fenêtres de cet hôtel, Cabassol aperçut ses amis Bezucheux, Lacostade, Bisséco, Pontbuzaud, et Saint-Tropez, éparpillés à des étages différents, mais tous penchés sur la vilk et interrogeant chacun un garçon.
— Bon! pensa Cabassol, ils savent déjà qu'elle est là.
Le jour même, esclaves de leur devoir, Cabassol, Miradoux et les deux clercs se mirent à l'œuvre. A vrai dire, Miradoux et les deux clercs avaient une besogne facile : ils devaient se contenter d'admirer le ciel bleu et les palmiers, en attendant les indications du cbef de l'expédition. Après une petite séance au tir aux pigeons et une heure donnée au concert, le moment vint d'aborder la véritable reine de la principauté, Son Altesse la roulette.
Gabassol avait à plusieurs reprises aperçu Tulipia, soit assise sous les palmiers des jardins de M. Blanc, soit au tir aux pigeons; mais il l'avait vue trop entourée pour qu'il lui fût possible de l'aborder. Il ne lui avait jamais été présenté régulièrement, mais Tulipia devait le connaître de vue; il espéra que, devant la roulette, il lui serait facile de se présenter lui-même.
Quand il entra dans le salon de jeu, la première personne qu'il aperçut fut Tulipia en train de mettre une poignée de louis sur un numéro. Cabassol s'assit immédiatement à côté d'elle, en attendant une occasion d'engager la conversation.
Non loin de Tulipia, le sieur de Pontbuzaud pontait avec ardeur, les veux fixés, pour se porter chance, sur celle qui l'avait trompé; en face, M. de la Fricottière, le père, luttait contre la banque tout en disant des choses agréables à une jolie blonde assise à ses côtés. Derrière lui Bezucheux fils, s'appuyait sur sa chaise, souriant déjà de la tête que ferait M. son père quand il allait se retourner. Dans la foule Lacostade, Pontbuzaud et les autres promenaient leur mélancolie.
L'occasion espérée par Gabassol tardant à se présenter, notre héros la fit naître brusquement; par une feinte maladresse, il laissa tomber son portefeuille du côté de Tulipia et se mit à genoux pour le ramasser.
— Mille pardons, madame! je suis confus...
— Comment donc, monsieur!
— Madame, je bénis la maladresse qui m'a permis de me mettre à vos pieds... je suis superstitieux, madame, je vois dans ce hasard une indication céleste...
— Vraiment!
— Oui, madame, et n'était l'endroit, je solliciterais l'autorisation de rester ainsi, avec une guitare, pour chanter votre beauté à son aise.
Une heure après, Gabassol, qui avait insisté pour tenir le jeu de la charmante belle, perdait une quinzaine de mille francs; mais son but était atteint, il avait entamé la conquête de ce cœur éminemment léger, que M. de la Fricottière le fils — et il avait ses raisons pour cela—comparait, pour la stabilité, à un petit ballon du Louvre.
En quittant la roulette, Cabassol offrit son bras à Tulipia et s'en alla sous les palmiers admirer les vagues bleues de la Méditerranée. Bezucheux et les autres, qui le virent passer, cuirassèrent leurs cœurs et foudroyèrent le groupe du feu de leurs regards indignés.
Liv. 42.
L'enlèvement de Tulipia.
Pour se remettre, Bezucheux s'en alla faire une scène à son père qui ne l'avait pas encore aperçu.
— Bonjour, papa! dit-il en lui frappant sur l'épaule.
— Tiens ! fit M. de la Fricottière en se retournant, c'est toil tu m'apportes les cinq cents louis, c'est d'un bon fils!
— Je n'apporte rien du tout, papa, que des remontrances serrées!... Voyons, est-ce que vous croyez que ça peut durer comme ça? Je sais tout, je sais que, non content d'hypothéquer votre ferme de la Barbotte, la dernière,
Tulipia à la roulette.
vous cherchez à la vendre... et après? vous entamerez votre terre de la Fricottière, n'est-ce pas? Non! non! non! je ne peux pas vous laisser entamer la Fricottière, fief patrimonial, maison de mes ancêtres I C'est assez fricotter comme ça, je...