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Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]

Электронная книга - «Dôme. Tome 1 [Under the Dome - fr]». Краткое содержание книги:

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort. A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible. Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand — ou si — il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient. Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe. Un nouvel ordre social régi par la terreur s’installe et la résistance s’organise autour de Dale Barbara, vétéran de l’Irak et chef cuistot fraîchement débarqué en ville…
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— Nous avons aussi mis pas mal d’argent dans notre poche au passage », fit timidement remarquer Andy.

C’était vrai. Ils avaient fait bien plus que renflouer leurs propres commerces et offrir une main secourable aux petits frères bruns ; Andy avait un compte personnel aux îles Caïmans. Et pour chaque dollar qu’Andy avait là-bas — Andy ou les Bowie, d’ailleurs —, il était prêt à parier que Big Jim en avait trois. Sinon quatre.

« Car l’ouvrier mérite sa nourriture, répondit Big Jim d’un ton pédant. Matthieu, 10–10. » Il ne prit pas la peine de citer les lignes qui précédaient : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. Ne prenez ni or, ni argent, ni monnaie… »

Il consulta sa montre. « Et à propos de boulot, mon vieux, on ferait mieux d’y aller. On a pas mal de décisions à prendre. » Sur quoi, il se mit en marche. Andy lui emboîta le pas, mais sans quitter des yeux le coucher de soleil, encore assez brillant pour lui faire penser à des chairs avariées. Big Jim s’arrêta soudain.

« De toute façon, t’as entendu ce qu’a dit Stewart — la boutique ne tourne plus. Tout fini et reboutonné, comme dit le petit garçon la première fois qu’il fait pipi tout seul. Il l’a dit lui-même au chef.

— Ce type », gronda Andy.

Big Jim eut un petit rire. « Ne t’en fais pas pour Phil. Nous avons fermé et ça va rester fermé jusqu’à ce que la crise soit passée. En fait, c’est peut-être un signe que nous allons devoir fermer définitivement. Un signe du Tout-Puissant.

— Ce serait bien », dit Andy.

Mais il eut une intuition déprimante : si le Dôme disparaissait, Big Jim allait changer d’avis, et il suivrait. Stewart Bowie et son frère Fernald aussi. Avec enthousiasme. En partie à cause des gains considérables — et nets d’impôts — qu’ils en tiraient, en partie parce qu’ils étaient trop impliqués. Il se rappela un propos tenu par une ancienne star de cinéma, morte depuis longtemps : « Le temps que je découvre que je n’aimais pas tourner, j’étais trop riche pour laisser tomber. »

« Ne t’inquiète pas comme ça, reprit Big Jim. Nous commencerons à ramener les bouteilles de propane en ville dans deux semaines, que cette situation soit résolue ou non. Avec les camions de déneigement de la commune. Tu es capable de te servir d’un levier de vitesse, pas vrai ?

— Oui, répondit Andy d’un ton morose.

— Sans compter, ajouta Big Jim à qui l’idée rendit sa bonne humeur, que nous pouvons nous servir de l’ambulance des Bowie ! on pourra même les ramener plus vite ! »

Andy ne répondit rien. Il détestait l’idée d’avoir détourné (comme disait Big Jim) autant de bouteilles de propane des différents services de la ville, mais cela avait paru la voie la plus sûre. Ils produisaient à grande échelle, ce qui signifiait beaucoup de cuisson et beaucoup de ventilation pour les gaz toxiques. Big Jim avait fait observer qu’acheter de grandes quantités de gaz risquait de soulever des questions. Tout comme acheter de grandes quantités de médicaments autorisés pour les fourguer dans ce machin aurait pu être remarqué et engendrer des ennuis.

Le fait de posséder une pharmacie avait été utile sur ce plan, bien que les quantités de trucs comme le Robitussin et le Sudafed aient rendu Andy horriblement nerveux. Il s’était dit que cela serait leur perte, si jamais ils étaient pris. Il n’avait jamais pensé à l’énorme réserve de bonbonnes de propane planquée derrière le studio de WCIK, jusqu’à maintenant.

« Au fait, on ne manquera pas d’électricité à l’hôtel de ville, ce soir. » Big Jim avait parlé sur le ton de celui qui fait une agréable surprise. « J’ai demandé à Randolph d’envoyer mon fils et son copain Frankie prendre l’une des bonbonnes de l’hôpital pour notre générateur. »

Andy parut inquiet. « Mais nous avions déjà pris…

— Je sais, je sais ce que nous avons fait, dit Big Jim, adoptant un ton apaisant. Ne t’inquiète pas pour l’hôpital, ils en ont assez pour le moment.

— Tu aurais pu prendre celles de la station de radio… il y en a tellement là-bas…

— C’était plus près, dit Big Jim en guise d’explication. Et plus sûr. Peter Randolph est notre homme, mais ça ne veut pas dire que je veux le mettre au courant de nos petites affaires. Ni maintenant ni jamais. »

Voilà qui confirma, aux yeux d’Andy, que Big Jim n’avait en réalité aucune intention d’abandonner leur trafic.

« Mais dis-moi, Jim, si nous commençons à ramener en douce du gaz en ville, où dirons-nous qu’il était ? On ne va tout de même pas raconter aux gens que c’est la méchante fée Propane qui l’a emporté puis qui a changé d’avis et nous l’a rendu ? »

Rennie fronça des sourcils. « Tu trouves ça drôle ?

— Non, je trouve ça inquiétant !

— J’ai un plan. Nous annoncerons l’existence d’un dépôt de carburant et nous rationnerons le propane en fonction des besoins. Le fioul domestique aussi, si nous trouvons comment le faire fonctionner sans électricité. L’idée de rationner me fait horreur — c’est tellement peu américain — mais c’est comme l’histoire de la cigale et de la fourmi, tu sais. Il y a des chapardeurs, en ville, qui sont capables de tout liquider en un mois et de venir nous crier à la première vague de froid qu’il faut s’occuper d’eux.

— Tu ne penses tout de même pas que ce truc-là va durer un mois, si ?

— Bien sûr que non, mais tu sais ce que disaient les anciens : Espérer le meilleur, se préparer au pire. »

Andy envisagea un instant de faire remarquer qu’ils avaient déjà utilisé une bonne partie des réserves en question pour faire de la méthadone crystal, mais il savait d’avance ce que lui répondrait Big Jim : Comment diable aurions-nous pu savoir ?

Ils n’auraient pas pu, bien entendu. Quelle personne normale aurait pu s’attendre à une aussi soudaine diminution de toutes leurs ressources ? On prévoit toujours d’avoir plus que ce qui est nécessaire. C’est la façon d’agir américaine. Pas tout à fait assez était une insulte pour la raison et l’esprit.

« Tu n’es pas le seul qui ne va pas aimer l’idée d’un rationnement, observa Andy.

— Raison pour laquelle nous avons une force de police. Nous déplorons tous la mort de Henry Perkins, mais il est maintenant avec Jésus et c’est Peter Randolph qui a pris sa place. Et qui conviendra mieux à la ville, dans cette situation. Parce qu’il écoute, lui. (Il tendit un doigt vers Andy.) Les habitants d’une ville comme celle-ci — comme partout, d’ailleurs — ne sont guère plus que des enfants quand il s’agit de leur propre intérêt. Combien de fois l’ai-je répété ?

— Des tas de fois, répondit Andy avec un soupir.

— Et qu’est-on obligé de faire faire aux enfants ?

— Leur faire manger leurs légumes s’ils veulent avoir du dessert.

— Oui ! Et parfois, cela signifie qu’il faut faire claquer le fouet.

— Tiens, ça me rappelle autre chose, dit Andy. J’ai parlé avec Samantha Bushey, quand j’étais encore à la ferme Dinsmore — c’est l’une des amies de Dodee. Elle m’a dit que certains flics avaient été brutaux. Très brutaux. Il faudrait peut-être en parler avec le chef Randolph. »

Jim lui fit les gros yeux. « Et tu t’attendais à quoi, mon vieux ? À ce qu’ils prennent des gants ? C’est tout juste s’il n’y a pas eu d’émeute, là-bas. Nous avons failli avoir une émeute de cueilleurs de coton à Chester’s Mill !

— Je sais, tu as raison, c’est juste que…

— Je la connais, la petite Bushey. Je connais toute la famille. Des drogués, des voleurs de voitures, toujours en délicatesse avec la loi, avec les banques, avec le fisc. Ce qu’on appelait la racaille blanche, jusqu’à ce que ça devienne politiquement incorrect. Ce sont les gens que nous devons surveiller, maintenant. Justement ceux-là. Ce sont ceux qui vont flanquer la pagaille dans la ville, si tu leur donnes la moitié d’une chance. C’est ça que tu veux ?

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