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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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Elle haussa les épaules et détourna les yeux.

« Qu’est-ce que ça veut dire ? demanda-t-il.

— Je ne vais pas passer le restant de mes jours à t’expliquer qui je suis. Les autres ont la chance d’avoir des émotions et d’agir sans forcément tout analyser. Comment as-tu ressenti cela, toi ? C’est toi le spécialiste en nature humaine.

— Arrête. » Il faisait semblant de la taquiner, mais souhaitait qu’elle arrête vraiment. « Je me souviens que nous avons plaisanté avec ça, et je suppose que j’en ai rajouté… mais ce n’est pas ce que je ressens maintenant. Est-ce lié au fait qu’Ender fasse partie de moi désormais ? Je sais que j’ai des difficultés à comprendre les gens. Tu as détourné les yeux, tu as haussé les épaules lorsque j’ai dit que j’étais lié à toi. Ça m’a blessé, tu sais.

— Et pourquoi donc ?

— Ah, tu as le droit de demander pourquoi et moi non, ce sont ça les nouvelles règles ?

— Les règles n’ont jamais changé. Tu ne les as simplement jamais respectées.

— Eh bien, cela me fait de la peine que tu ne sois pas plus heureuse que cela d’apprendre que je suis lié à toi, et que tu l’es à moi.

— Et toi, tu es heureux ?

— Ça m’a tout simplement sauvé la vie, il faudrait que je sois le dernier des crétins pour ne pas trouver la situation à tout le moins avantageuse !

— Tu sens ? » dit-elle se relevant subitement.

Elle est si jeune, songea-t-il.

Puis, se relevant à son tour, il fut surpris de constater que lui aussi était jeune ; son corps agile réagissait parfaitement.

Puis il s’avisa avec la même surprise que Peter ne pouvait pas imaginer avoir été autrement. C’était Ender qui avait l’habitude de vivre dans un corps âgé, un corps courbaturé après avoir dormi à même le sol, un corps qui n’arrivait plus à se relever aussi facilement. Ender est bien en moi. J’ai la mémoire de son corps. Pourquoi pas celle de son esprit ?

Peut-être parce que son cerveau ne contient qu’une carte des souvenirs de Peter. Tout le reste est caché quelque part, hors de portée. J’en apercevrai peut-être des bribes ici et là, connecterai certains d’entre eux pour dessiner une nouvelle carte et finir par tous les retrouver.

Il finit de se relever et alla rejoindre Wang-mu, reniflant l’air avec elle. Il fut surpris de se concentrer simultanément sur ces deux activités. Il n’avait cessé de penser à Wang-mu, de sentir ce qu’elle sentait, en se demandant pendant tout ce temps s’il allait pouvoir poser sa main sur cette épaule frêle qui semblait attendre qu’une main comme la sienne se pose sur elle ; et dans ce même laps de temps il évaluait ses chances de pouvoir retrouver la mémoire d’Ender.

Je n’aurais jamais pu faire cela auparavant, pensa Peter. Et pourtant c’est ce que j’ai dû faire depuis que ce corps et celui de Valentine ont été créés. Me concentrer sur trois choses à la fois, et non deux.

Mais je n’étais pas assez fort pour penser à trois choses à la fois. Il y en avait toujours une qui se perdait en route. Valentine, pendant un moment. Puis ç’a été le tour d’Ender, jusqu’à ce que son corps meure. Mais deux choses… je suis capable de penser à deux choses à la fois. Est-ce là quelque chose d’exceptionnel ? Ou bien est-ce quelque chose dont beaucoup d’humains sont capables à condition d’avoir eu l’occasion d’apprendre ?

Pourquoi tant de vanité ? songea-t-il. Pourquoi me soucier de savoir si je suis le seul à maîtriser cela ? Je me suis toujours cru plus malin et plus capable que les autres, c’est indéniable. Mais je ne me suis jamais permis de le crier tout haut, bien sûr, ni même de le reconnaître moi-même, mais sois honnête avec toi-même, Peter, rien qu’une fois ! C’est quand même agréable de se sentir plus malin que les autres. Et si je peux penser à deux choses à la fois, pourquoi ne pas apprécier cela ?

Bien sûr, penser à deux choses à la fois n’a guère d’intérêt si ces deux choses sont complètement futiles. Car tout en méditant sur sa propre vanité et sa nature compétitive, il pensait en même temps à Wang-mu, et sa main s’était effectivement posée sur son épaule. Elle se pencha vers lui un instant, acceptant son contact, jusqu’à ce que sa tête se pose sur son torse. Puis, sans avertissement ni provocation de sa part, elle se détacha de lui pour se diriger vers les Samoans réunis autour de Malu sur la plage.

« Qu’est-ce que j’ai fait ? » demanda Peter.

Elle se retourna, l’air étonné. « Tu n’as rien fait de mal ! dit-elle. Je ne t’ai pas giflé, et je ne t’ai pas envoyé mon genou dans les kintamas, que je sache ? Mais c’est l’heure du petit déjeuner – Malu est en train de prier et il y a encore plus de nourriture que l’autre soir quand on croyait mourir gavés ! »

Les deux centres d’attention de Peter se rendirent compte qu’il avait faim, à la fois séparément et simultanément. Ni lui ni Wang-mu n’avaient mangé la veille. D’ailleurs, il n’avait aucun souvenir d’avoir quitté la plage pour venir s’allonger auprès d’elle sur ces nattes. Quelqu’un avait dû les porter là. Ce qui n’était pas surprenant. Il n’y avait pas un homme ou une femme sur cette plage qui n’aurait pu soulever Peter et le briser comme un crayon. Quant à Wang-mu, alors qu’il la regardait courir avec grâce vers les énormes Samoans se trouvant au bord de l’eau, elle lui fit penser à un oiseau frêle se dirigeant vers un troupeau de bœufs.

Je ne suis pas un enfant, et je ne l’ai jamais été, pas dans ce corps en tout cas, pensa Peter. Je ne sais donc même pas si je suis capable d’envies d’enfant et d’amours adolescentes. J’ai, par le biais d’Ender, cette sensation de bien-être que procure une relation amoureuse ; je ne m’attends pas à rencontrer une passion dévorante. L’amour que j’ai pour toi sera-t-il suffisant, Wang-mu ? Aller vers toi quand j’en aurai besoin, et essayer d’être là quand, à ton tour, tu auras besoin de moi ? Ressentir une telle tendresse pour toi lorsque je te regarde que j’en vienne à avoir envie de me placer entre le monde et toi ? Te porter et te dresser au-dessus des puissants courants de la vie tout en souhaitant pouvoir rester indéfiniment ainsi, à distance, à te regarder, à admirer ta beauté, ton énergie pendant que tu regardes ces immenses êtres de roc, leur parlant d’égal à égal, même si chaque mouvement de tes mains, chaque syllabe de ta voix exaltent l’enfant qui est en toi… ? Les sentiments amoureux que je ressens pour toi te suffiront-ils ? Parce qu’il en sera ainsi pour moi. Comme lorsque ma main a touché ton épaule, et que tu t’es reposée sur moi ; comme lorsque tu m’as senti partir et que tu m’as appelé.

Plikt était assise, seule dans sa chambre, écrivant sans relâche. Elle s’était préparée toute sa vie pour ce jour : écrire l’oraison funèbre d’Andrew Wiggin. Elle raconterait sa mort – et elle avait tout les éléments de recherche pour cela, elle pourrait parler pendant une bonne semaine sans avoir épuisé un dixième de ce qu’elle connaissait de lui. Mais elle ne parlerait pas une semaine. Elle ne parlerait qu’une heure. Moins d’une heure. Elle le comprenait ; elle l’aimait ; elle partagerait avec d’autres personnes qui ne le connaissaient pas ce qu’il représentait, ce qu’il avait aimé, dirait à quel point l’histoire avait été transformée par cet homme, tellement brillant, tellement imparfait, mais tellement plein de bonne volonté, doté d’un amour si fort qu’il était capable d’infliger la souffrance quand c’était nécessaire – transformée parce qu’il avait vécu, parce que dix mille, cent mille, des millions d’individus étaient différents, plus forts, plus lucides, plus élevés, plus éclairés, en tout cas plus à l’écoute et plus fidèles grâce à ce qu’il avait dit et écrit pendant sa vie.

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