Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]
- Автор: Кард Орсон Скотт
- Серия: Ender (fr) #4
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-290-30545-6
- Переводчик: Jean-Marc Chambon
- Жанр: Научная фантастика
Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
— Tu n’as rien fait. Et ma colère n’est pas dirigée contre toi. Elle est dirigée contre moi, car moi non plus je n’ai rien fait. Je parle des péchés d’autrefois de ta famille parce que le seul espoir qu’il reste au peuple Yamato est de se rappeler ses péchés passés. Mais nous oublions. Nous sommes si riches désormais, nous possédons tellement, nous construisons tellement, qu’il n’y a aucun projet de quelque importance sur l’une des Cent Planètes sans qu’un Yamato y soit impliqué d’une manière ou d’une autre. Et pourtant nous oublions les leçons de nos ancêtres.
— Maître, je vous en prie, éclairez-moi.
— Il y a bien longtemps, quand le Japon essayait encore d’entrer dans l’ère moderne, nous nous sommes laissé diriger par des militaires. Les soldats étaient nos maîtres et ils nous ont entraînés dans une guerre malfaisante pour conquérir des nations qui ne nous avaient fait aucun mal.
— Nous avons payé pour nos crimes lorsque les bombes atomiques sont tombées sur nos îles.
— Payé ? cria Aimaina. Qu’y a-t-il à payer ou ne pas payer ? Sommes-nous devenus subitement des chrétiens, obligés de payer pour nos péchés ? Non. La voie Yamato est d’apprendre des erreurs passées et non de les payer.
Nous nous sommes débarrassés des militaires et avons conquis le monde par la qualité de nos créations et la fiabilité de notre travail. La langue des Cent Planètes est peut-être fondée sur l’anglais, mais l’argent des Cent Planètes provient à l’origine du yen.
— Pourtant le peuple Yamato continue d’acheter et de vendre. Nous n’avons pas oublié la leçon.
— Ce n’était qu’une partie de la leçon. L’autre était de ne pas faire la guerre.
— Mais il n’y a pas de flotte japonaise, ni d’armée.
— C’est le mensonge que nous nous répétons pour masquer nos crimes. J’ai reçu la visite de deux étrangers il y a deux jours – des humains mortels, mais j’ai bien senti qu’ils étaient envoyés par les dieux. Ils m’ont fait des reproches parce que c’est grâce au vote décisif des Nécessariens que le Congrès Stellaire a décidé d’envoyer la Flotte lusitanienne. Une flotte dont le seul but est de reproduire le crime du Xénocide Ender en détruisant un monde sur lequel prolifèrent quelques fragiles espèces intelligentes totalement inoffensives ! »
Yasujiro chancela sous l’effet de la colère d’Aimaina.
« Mais maître, qu’ai-je à voir avec les militaires ?
— Les philosophes Yamato ont enseigné les principes sur lesquels les politiciens Yamato s’appuient pour agir. Le vote japonais a fait la différence. Cette maudite Flotte doit être arrêtée.
— Rien ne peut plus l’arrêter aujourd’hui. Tous les ansibles ont été déconnectés, ainsi que les réseaux informatiques, le temps que le terrible fléau qui dévore tout sur son passage soit expulsé du système.
— Demain les ansibles seront de nouveau opérationnels. Et d’ici là, la participation honteuse des Japonais dans le xénocide doit être évitée.
— Mais pourquoi vous tourner vers moi ? Je porte peut-être le nom de mon illustre ancêtre, mais la moitié des garçons de ma famille s’appellent Yasujiro, Yoshiaki ou Seiji. Je suis responsable des intérêts de Tsutsumi à Nagoya…
— Ne sois pas si modeste. Tu es le Tsutsumi de Vent Divin.
— On m’écoute aussi dans d’autres villes. Mais les ordres viennent de la maison mère à Honshu. Et je n’ai aucune espèce d’influence politique. Si le problème vient des Nécessariens, allez donc leur parler ! »
Aimaina lâcha un soupir. « Bah, cela ne servirait à rien. Ils passeraient les six prochains mois à débattre pour savoir comment concilier leur nouvelle position avec l’ancienne, essayant de prouver qu’ils n’ont pas complètement changé d’avis, que leur philosophie avait prévu ce tournant à cent quatre-vingts degrés. Quant aux politiciens… ils ont les mains liées. Même si les philosophes changeaient d’opinion, il faudrait au moins une génération politique – en d’autres termes, trois élections, comme on dit – avant que la nouvelle politique ne soit appliquée. Trente ans ! La Flotte lusitanienne aura eu le temps d’accomplir sa sinistre besogne d’ici là.
— Alors que reste-t-il à faire sinon abandonner tout espoir et de vivre en acceptant la honte ? À moins que vous n’ayez l’intention de faire un geste aussi vain que stupide. » Il esquissa un sourire en direction de son maître, sachant qu’Aimaina reconnaîtrait les mots qu’il utilisait lui-même lorsqu’il dénigrait la pratique traditionnelle de sepuku, le suicide rituel, comme quelque chose que l’esprit Yamato avait abandonné derrière lui comme un enfant sa couche-culotte.
Mais cela ne fit pas rire Aimaina. « La Flotte lusitanienne est une forme de sepuku pour l’esprit Yamato. » Il s’approcha de Yasujiro, le dominant – du moins était-ce l’impression qu’il donnait, même si Yasujiro était plus grand que lui d’une bonne tête. « Les politiciens ont rendu la Flotte lusitanienne populaire, les philosophes ne peuvent donc plus changer d’avis. Mais là où la philosophie et les élections ne peuvent changer l’opinion des politiciens, l’argent le peut !
— Vous n’êtes quand même pas en train de suggérer quelque chose d’aussi infamant que la corruption ?
— Crois-tu que je passe mon temps l’œil collé à mon anus ? demanda Aimaina, usant d’une expression tellement grossière que Yasujiro faillit s’étouffer et dut détourner le regard en pouffant nerveusement. Crois-tu que j’ignore qu’il existe au moins dix bonnes méthodes pour acheter n’importe quel politicien véreux et une bonne centaine pour acheter les honnêtes ? Contributions, menaces de soutien financier aux adversaires, dons divers à de nobles causes, emplois octroyés à des membres de la famille… dois-je réciter la liste ?
— Êtes-vous sérieusement en train de suggérer que l’argent de Tsutsumi soit employé pour arrêter la Flotte lusitanienne ? »
Aimaina retourna vers la fenêtre et étendit les bras comme pour embrasser tout ce qu’il voyait du monde extérieur. « La Flotte lusitanienne n’est pas bonne pour les affaires, Yasujiro. Si le Dispositif de Désintégration Moléculaire était utilisé contre une planète, il pourrait l’être contre une autre. Quant aux militaires, avec une pareille puissance entre les mains, ils ne sont pas près de faire marche arrière.
— Devrai-je tenter de convaincre les chefs de ma famille en citant votre prophétie, maître ?
— Ce n’est pas une prophétie, et elle n’est pas de moi. C’est une loi de la nature humaine, et c’est l’histoire qui nous l’a enseignée. En arrêtant la flotte, les Tsutsumi seront reconnus comme étant les sauveurs, non seulement de l’esprit Yamato, mais aussi de l’esprit humain. Ne laisse pas ce grave péché devenir un fardeau pour notre peuple.
— Excusez-moi, maître, mais il me semble que c’est vous qui en faites un fardeau. Personne ne s’était rendu compte de notre part de responsabilité dans ce péché avant que vous ne le fassiez remarquer aujourd’hui.
— Ce n’est pas moi qui en ai fait un péché. Je ne fais que l’exposer. Yasujiro, tu étais l’un de mes meilleurs étudiants. Je te pardonne d’avoir utilisé mes enseignements de façon aussi compliquée, parce que tu l’as fait pour ta famille.
— Et ce que vous me demandez de faire aujourd’hui, vous trouvez cela simple ?
— J’ai opté pour l’action la plus directe : j’ai discuté ouvertement avec les plus puissants représentants des compagnies familiales japonaises de commerce que j’ai pu contacter aujourd’hui. Et ce que je te demande, c’est de prendre l’action la plus élémentaire qu’il soit pour faire le nécessaire.