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Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]

Электронная книга - «Les enfants de l'esprit [Children of the Mind - fr]». Краткое содержание книги:

Les paqueninos, la Reine et les humains de Lusitania sont menacés par l’arrivée de la Flotte Stellaire qui compte utiliser le « Petit Docteur », un désintégrateur moléculaire, pour préserver la race humaine du terrible virus de la descolada.
Seule Jane, l’intelligence artificielle alliée d’Ender, est capable de sauver Lusitania et les espèces qui y vivent. Mais son action est menacée par le Congrès Stellaire, qui s’efforce de déconnecter tous les réseaux informatiques qu’elle utilise.
Quant à Ender, il doit maintenir toute son attention, malgré ses forces déclinantes, pour que les enfants nés de son esprit — Peter et Val — puissent mener à bien leurs quêtes respectives : la recherche sur la planète Pacifica d’un puissant leader d’opinion susceptible d’influer sur la décision du Congrès et l’exploration de planètes colonisables pour préparer l’exode des habitants de Lusitania. Le compte à rebours va bientôt s’achever...
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— Alors, voilà ce qu’est le pouvoir pour toi. Un moyen de donner des ordres aux autres et de jouer les reines.

— Tu ne peux vraiment pas y arriver, n’est-ce pas ?

— Arriver à quoi faire ? A me prosterner devant toi et à te baiser les pieds ?

— À te taire pour sauver ta vie.

— J’essaye de trouver un moyen de communiquer avec une espèce extraterrestre, quand toi, tu t’occupes de savoir si je vais être moins désagréable avec toi.

— Enfin, Quara, tu ne penses pas qu’une fois qu’ils te connaîtront, les extraterrestres eux-mêmes regretteront que tu connaisses leur langage ?

— En tout cas, j’aurais préféré que tu n’apprennes jamais le nôtre. Tu t’y crois vraiment, maintenant que tu as un joli petit corps avec lequel t’amuser. Eh bien, tu n’es pas la reine de l’univers et je ne vais pas faire des numéros de cirque pour te faire plaisir. Ce n’est pas moi qui ai eu l’idée de faire ce voyage, mais je suis là – moi, aussi odieuse que je puisse être – et si quelque chose te déplaît en moi, tu ferais mieux de t’abstenir d’en faire la remarque. Et puisque nous en sommes aux menaces, si tu continues à me pousser à bout, je vais finir par t’arranger le portrait. Est-ce que ça, c’est clair ? »

Jane quitta son siège, puis traversa la cabine principale pour aller dans le couloir menant aux soutes de la navette. Miro la suivit, ignorant Quara qui lançait aux autres : « Vous avez vu la façon dont elle m’a parlé ? Non mais, pour qui elle se prend pour décider de la vie de ceux qu’elle juge insupportables ? »

Miro suivit Jane dans une des soutes. Elle s’accrochait à une main courante sur le mur opposé, pliée en deux, secouée de haut-le-cœur au point que Miro cru qu’elle vomissait. Mais ce n’était pas le cas. Elle pleurait. Ou plutôt, elle était tellement énervée que son corps en sanglotait, incapable de contenir ces larmes sous le coup de l’émotion. Miro lui posa la main sur l’épaule, essayant de la calmer. Elle recula.

Il faillit lui dire : Très bien, fais comme tu veux. Et la planter là, furieux et frustré d’avoir été repoussé quand il voulait la réconforter. Puis il se rappela qu’elle n’avait jamais été en colère de cette manière. Elle n’avait jamais eu à s’occuper d’un corps qui répondait de la sorte. Au début, lorsqu’elle avait commencé à s’accrocher avec Quara, Miro avait pensé qu’il était temps que quelqu’un lui dise ses quatre vérités. Mais à mesure que le débat s’envenimait, il s’était rendu compte que ce n’était pas Quara qui était en train de perdre le contrôle, mais Jane. Elle ne savait pas comment gérer ses émotions. Elle n’avait pas su se donner une limite au-delà de laquelle il était inutile de continuer. Elle ressentait des émotions, et ne pouvait que les manifester.

« Ça a dû être difficile pour toi de couper court à la dispute et de te réfugier ici, dit Miro.

— J’ai eu envie de la tuer. » La voix de Jane était à peine audible à cause des sanglots et des spasmes qui la secouaient. « Je n’avais jamais ressenti cela. J’ai eu envie de bondir de mon siège pour lui voler dans les plumes et lui donner une correction.

— Bienvenue au club.

— Tu ne comprends pas. J’ai vraiment eu envie de le faire. J’ai senti mes muscles se nouer, j’étais prête à le faire. Sur le point de le faire.

— Comme je viens de te le dire, Quara provoque souvent ce genre de sentiment chez nous.

— Non. Pas de cette façon. Vous arrivez tous à rester calmes. À garder votre contrôle.

— Toi aussi tu y arriveras, lorsque tu seras habituée. »

Jane redressa la tête, la secoua. Ses cheveux fouettèrent l’air. « C’est vraiment ce que tu ressens toi aussi ?

— C’est ce que nous ressentons tous. C’est pour cela que nous avons une enfance – pour apprendre à dominer nos pulsions violentes. Mais elles sont en nous tous. Même les chimpanzés et les babouins ressentent cela. Nous les affichons. Nous éprouvons le besoin d’exprimer physiquement notre rage.

— Mais vous vous retenez. Vous gardez votre calme. Vous la laissez cracher sa bile et dire ces terribles…

— Parce qu’il ne servirait à rien de l’en empêcher. Elle en paye le prix. Elle est désespérément seule et personne n’a envie de partager sa compagnie.

— Ce qui explique qu’elle soit encore en vie.

— Exactement. C’est ainsi que se comportent les personnes civilisées – elles évitent toute circonstance qui risquerait de les faire sortir de leurs gonds. Et si cela s’avère impossible, elles prennent du recul. C’est l’attitude que nous adoptons, Ela et moi. Les provocations de Quara nous passent au-dessus de la tête.

— Moi, je n’y arrive pas. C’était si simple avant que je ressente cela. Je n’avais qu’à me déconnecter d’elle.

— C’est exactement ça. C’est ce que nous faisons. Nous nous déconnectons d’elle.

— C’est plus compliqué que je ne le pensais. Je ne sais pas si je pourrai y arriver.

— Eh bien, pour le moment, tu n’as pas vraiment le choix.

— Miro, je suis vraiment désolée. J’ai toujours eu pitié de vous autres humains parce que vous ne pouviez penser qu’à une chose à la fois et parce que vos souvenirs étaient si flous… et maintenant je comprends que passer une journée sans avoir tué quelqu’un est en soi un véritable exploit.

— Ça devient vite une habitude. La plupart d’entre nous arrivent à limiter les dégâts. C’est une manière de vivre en bon voisinage. »

Il lui fallut quelques instants – un sanglot, suivi d’un hoquet – pour parvenir à rire de nouveau. Un gloussement que Miro trouva doux parce que c’était une voix et un rire qu’il connaissait et aimait entendre. Et c’était sa tendre amie qui riait en ce moment. Son amie Jane. Le rire et la voix de sa bien-aimée, Val. Une seule personne désormais. Après tout ce temps, il pouvait enfin toucher Jane, qui avait toujours été terriblement hors de portée. C’était comme se retrouver enfin face à face après avoir entretenu une longue amitié par téléphone.

Il la toucha de nouveau, elle lui prit la main et la lui serra.

« Je suis désolée que ma propre faiblesse interfère dans ce que nous faisons.

— Tu es humaine, c’est tout. »

Elle le fixa, essayant de déceler sur son visage une expression d’ironie, d’amertume.

« C’est sincère, dit Miro. Le prix à payer pour éprouver de telles émotions, de telles passions, est qu’il faut pouvoir les contrôler et les supporter même lorsqu’elles sont insupportables. Désormais, tu es humaine, c’est tout. Tu ne pourras pas te débarrasser de ces sentiments. Il faut simplement que tu apprennes à ne pas agir sous leur emprise.

— Quara n’y est jamais arrivée.

— Oh, mais si. Ça n’engage que moi, mais je pense que Quara aimait Marcão, elle l’adorait ; lorsqu’il est mort, et cela à notre plus grand soulagement, elle s’est retrouvée complètement désemparée. L’attitude qui est à présent la sienne – ces provocations incessantes – est une façon de demander qu’on la secoue. Qu’on la batte. Comme Marcão battait Mère lorsqu’elle le provoquait. Je crois que d’une certaine manière, d’une manière un peu perverse, Quara a toujours été jalouse de Mère lorsqu’elle partait seule avec Père même si elle a fini par se rendre compte qu’il la battait ; lorsque Quara voulait que Père revienne, la seule façon d’attirer son attention c’était… par sa grande gueule. » Miro eut un rire amer. « Cela me rappelle Mère, à vrai dire. Tu ne l’as jamais entendue, mais avant, lorsqu’elle était prisonnière de son mariage avec Marcão, et qu’elle portait les bébés de Libo… il fallait voir sa façon de lui parler. Je restais là, assis, à l’écouter provoquer Marcão, à le piquer au vif, le titiller, jusqu’à ce qu’il la frappe – et moi, je pensais : N’essaye pas de porter la main sur ma mère, tout en comprenant sa rage impuissante, puisqu’il ne pouvait jamais, jamais trouver les mots pour la faire taire. Seul son poing y arrivait. Quara a cette même grande gueule, et elle a besoin de cette rage.

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