Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
DEBOUT ! ALERTE ! AU FEU ! AUX ENNEMIS ! DEBOUT !
Gros-lard Bolgeurre n’était pas resté inactif. Ayant aperçu les formes noires rampant dans le jardin, il sut aussitôt qu’il devait se sauver, ou périr. Et il ne manqua pas de se sauver, filant par la porte de derrière à travers le jardin et dans les champs. Quand il atteignit la maison la plus proche, à plus d’un mille de là, il s’effondra sur le seuil. « Non, non, non ! criait-il. Non, pas moi ! Je ne l’ai pas ! » Il fallut du temps pour que l’on parvienne à comprendre son babillage. On finit par en déduire que des ennemis se trouvaient au Pays-de-Bouc – quelque étrange invasion de la Vieille Forêt. Alors on ne perdit pas une minute de plus.
ALERTE ! AU FEU ! AUX ENNEMIS !
Les Brandibouc s’étaient saisis de leurs cors et faisaient retentir la Sonnerie du Pays-du-Bouc. Elle n’avait pas été entendue depuis une centaine d’années, pas depuis la venue des loups blancs, au cours du Rude Hiver ayant gelé les eaux du Brandivin.
DEBOUT ! DEBOUT !
D’autres cors répondirent au loin. L’alarme se répandait.
Les silhouettes noires s’enfuirent de la maison. L’une d’entre elles, dans sa course, laissa tomber une cape de hobbit sur le pas de la porte. Un bruit de sabots éclata dans le chemin, prit le galop et partit tambouriner dans les ténèbres. Tout autour de Creux-le-Cricq, des sonneries de cor retentissaient, des voix criaient et des pas accouraient. Mais les Cavaliers Noirs chevauchèrent à bride abattue jusqu’à la Porte Nord. Que les petites gens sonnent de leurs cors ! Sauron s’occuperait d’eux en temps voulu. D’ici là, ils avaient mieux à faire : ils savaient à présent que la maison était vide et que l’Anneau était parti. Ils renversèrent les gardes à la porte et disparurent hors du Comté.
Il était encore tôt dans la nuit quand Frodo fut tiré d’un profond sommeil, subitement, comme si un son ou une présence l’avait dérangé. Il vit que l’Arpenteur, assis dans son fauteuil, était sur le qui-vive : ses yeux luisaient à la lumière du feu, lequel avait été entretenu et flambait dans l’âtre ; mais il ne fit aucun signe ou mouvement.
Frodo ne tarda pas à se rendormir ; mais ses rêves furent de nouveau troublés par le bruit du vent et le son de sabots au galop. On eût dit que le vent tourbillonnait autour de la maison et la secouait, tandis qu’un cor sonnait farouchement au loin. Ouvrant les yeux, il entendit un coq s’égosiller dans la cour de l’auberge. L’Arpenteur avait tiré les rideaux et rouvert les volets avec un claquement. La lueur grise du jour naissant pénétrait dans la pièce, et de l’air froid s’engouffrait par la fenêtre ouverte.
Dès que l’Arpenteur les eut tous réveillés, il les conduisit à leurs chambres. Lorsqu’ils les virent, ils se félicitèrent d’avoir suivi son conseil : les fenêtres forcées battaient sur leurs gonds, les rideaux volaient ; les lits étaient tout de travers et les traversins tailladés, jetés à terre ; la carpette brune était déchirée en morceaux.
L’Arpenteur s’en fut aussitôt chercher l’aubergiste. Le pauvre M. Fleurdebeurre paraissait endormi et effrayé. Il avait à peine fermé l’œil de la nuit (à ce qu’il prétendait) mais n’avait pas entendu un son.
« Jamais pareille chose ne s’est produite de mon temps ! s’écria-t-il en levant les bras, horrifié. Des clients qu’on empêche de dormir dans leurs lits et de bons traversins réduits en charpie et tout ! Où va-t-on ? »
« Vers de sombres jours, dit l’Arpenteur. Mais vous aurez la paix pour le moment, quand vous serez débarrassé de nous. Nous partons sur-le-champ. Oubliez le petit déjeuner : une bouchée et quelques gorgées sur le pouce devront suffire. Nos bagages seront prêts dans quelques minutes. »
M. Fleurdebeurre partit en coup de vent pour veiller à ce que leurs poneys soient apprêtés et pour leur trouver une « bouchée ». Mais il revint bientôt avec une mine consternée. Les poneys avaient disparu ! Les portes de l’écurie avaient toutes été ouvertes durant la nuit, et ils étaient partis : non seulement les poneys de Merry, mais tous les autres chevaux et bêtes qui y étaient logés.
Frodo fut accablé par la nouvelle. Comment pouvaient-ils espérer gagner Fendeval à pied, poursuivis par des adversaires à cheval ? Autant partir pour la Lune. L’Arpenteur demeura un moment assis en silence, considérant les hobbits comme pour mesurer leur force et leur courage.
« Des poneys ne nous aideraient pas échapper à des hommes à cheval, dit-il enfin d’un air pensif, comme s’il devinait les pensées de Frodo. Nous n’irons pas beaucoup plus lentement à pied, pas sur les chemins que j’ai l’intention de suivre. Je comptais marcher de toute façon. Ce sont la nourriture et les provisions qui m’inquiètent. Nous ne pouvons espérer trouver quelque chose à manger d’ici à Fendeval, mis à part ce que nous emportons avec nous ; et il faudra emporter de tout en suffisance, car nous pourrions être retardés ou forcés de faire des détours, loin de l’itinéraire le plus court. Qu’êtes-vous prêts à porter sur votre dos ? »
« Tout ce qu’il faudra », répondit Pippin, découragé, mais voulant paraître plus brave qu’il ne le paraissait (ou ne se sentait lui-même).
« Je peux en prendre assez pour deux », dit Sam d’un air de défi.
« N’est-il pas possible de faire quelque chose, M. Fleurdebeurre ? demanda Frodo. Trouver deux ou trois poneys dans le village, ou même un seul, juste pour les bagages ? Je ne pense pas qu’on puisse en louer, mais peut-être pourrait-on en acheter », ajouta-t-il d’un ton dubitatif, se demandant s’il en aurait les moyens.
« J’en doute, répondit l’aubergiste d’un air malheureux. Les deux ou trois poneys de selle qu’il y avait à Brie se trouvaient dans mon écurie, et ils sont partis. Quant aux autres chevaux ou poneys qui servent comme bêtes de trait et quoi encore, il y en a très peu à Brie, et ils ne seront pas à vendre. Mais je vais faire ce que je peux. Quand j’aurai tiré Bob de son lit, je vais l’envoyer faire le tour du voisinage. »
« Oui, dit l’Arpenteur d’une voix hésitante, c’est sans doute une bonne idée. J’ai bien peur qu’il nous faille trouver un poney au moins. Mais voilà qui anéantit tout espoir de partir de bonne heure, sans nous faire remarquer ! Nous aurions tout aussi bien pu sonner du cor pour annoncer notre départ. C’est ce qu’ils escomptaient, sans nul doute. »
« Je vois une miette de réconfort dans tout cela, remarqua Merry, et plus qu’une miette, j’espère : on pourra prendre le petit déjeuner en attendant – et le prendre à table. Il n’y a qu’à dénicher Nob ! »
Il y eut, en fin de compte, plus de trois heures de retard. Bob revint leur annoncer qu’aucun des chevaux ou poneys du voisinage n’était à vendre pour tout l’or du monde – à l’exception d’un seul : Bill Fougeard en avait un dont il consentirait peut-être à se départir. « C’est une pauvre vieille bête à moitié affamée, dit Bob ; mais il voudra pas s’en séparer pour moins de trois fois sa valeur, voyant que vous êtes dans un tel pétrin – pas le Bill Fougeard que je connais. »
« Bill Fougeard ? dit Frodo. Ce ne serait pas un piège ? Se pourrait-il que la bête revienne à lui d’un trait avec toutes nos affaires, ou les aide à nous traquer, ou je ne sais trop ? »
« Je me le demande, dit l’Arpenteur. Mais je ne puis concevoir qu’un animal puisse souhaiter retrouver un tel maître, une fois libéré de lui. À mon avis, cette délicate attention de maître Fougeard lui sera venue après-coup : rien de plus qu’une occasion de profiter encore davantage de la situation. Le plus inquiétant est que cette pauvre bête est sans doute à l’article de la mort. Mais il semble que nous n’ayons pas le choix. Combien en demande-t-il ? »