Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Серия: Le Seigneur des Anneaux #1
- Год: 2014
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois
- ISBN: 9782267027419
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [1 La fraternité de l'anneau]». Краткое содержание книги:
Version 104826 - 2014-09-30 14:40:02 +0200
Merry sursauta, n’ayant pas encore remarqué l’étranger. « Continue ! dit Frodo. C’est un ami de Gandalf. Je t’expliquerai plus tard. »
« Elle a semblé filer par la Route, vers l’est, poursuivit Merry. J’ai essayé de la suivre. Elle n’a pas mis de temps à disparaître, évidemment ; mais j’ai tourné le coin et je me suis rendu jusqu’à la dernière maison en bordure de la Route. »
L’Arpenteur le considéra avec étonnement. « Vous avez le cœur solide, dit-il. Mais c’était fou de votre part. »
« Je ne sais pas, dit Merry. Ni courageux, ni imprudent, il me semble. Je ne pouvais pas résister. C’était comme si quelque chose m’attirait. Quoi qu’il en soit, j’y suis allé, et j’ai soudain entendu des voix près de la haie.
« L’une d’entre elles marmonnait, et l’autre chuchotait ou sifflait. Je n’entendais pas un seul mot de ce qu’elles disaient. Je n’ai pas fait un pas de plus, car je me suis mis à trembler de partout. Je ressentais une peur horrible, alors j’ai fait demi-tour, et j’allais revenir ici en courant quand quelque chose s’est glissé derrière moi et je… je suis tombé. »
« C’est moi qui l’ai trouvé, m’sieur, intervint Nob. M. Fleurdebeurre m’a envoyé avec une lanterne. J’ai marché jusqu’à la Porte de l’Ouest, puis je suis revenu et j’ai continué vers la Porte du Sud. Comme j’arrivais tout près de chez Bill Fougeard, j’ai cru voir quelque chose au milieu du chemin. Je l’aurais pas juré, mais ça me semblait que deux hommes étaient penchés sur quelque chose, comme en train de le soulever. J’ai lâché un cri, mais quand je suis arrivé sur place, on les voyait plus nulle part ; il y avait que M. Brandibouc étendu au bord du chemin. Il avait l’air endormi. “J’ai cru que j’étais tombé au fond de l’eau”, qu’il m’a dit quand je l’ai secoué. Il était très bizarre, et aussitôt réveillé, il s’est relevé et il a couru jusqu’ici comme un lièvre. »
« J’ai bien peur que ce ne soit vrai, dit Merry, même si je ne sais plus ce que j’ai dit. J’ai fait un rêve affreux dont je ne me souviens plus. Je me suis écroulé. Je ne sais pas ce qui m’est arrivé. »
« Moi, si, dit l’Arpenteur. Le Souffle Noir. Les Cavaliers ont dû laisser leurs chevaux hors les murs et passer secrètement la Porte du Sud. Ils connaîtront maintenant toutes les nouvelles, car ils ont rencontré Bill Fougeard ; et cet homme du Sud était sans doute un espion, lui aussi. Il peut se passer quelque chose dès cette nuit, avant que nous quittions le village. »
« Que va-t-il se passer ? dit Merry. Vont-ils attaquer l’auberge ? »
« Non, je ne le pense pas, dit l’Arpenteur. Ils ne sont pas encore tous là. Et de toute façon, ce n’est leur manière. C’est dans l’ombre et dans la solitude qu’ils sont les plus forts ; ils n’attaqueront pas ouvertement une maison éclairée où il y a beaucoup de monde – pas tant qu’ils ne seront pas à la dernière extrémité, que les longues lieues de l’Eriador s’étaleront encore devant nous. Mais leur pouvoir réside dans la terreur, et certains à Brie sont déjà sous leur emprise. Ils conduiront ces misérables à quelque méfait : Fougeard, certains des étrangers, et peut-être aussi le gardien de la porte. Ils ont discuté avec Harry à la Porte de l’Ouest ce lundi dernier. Je les guettais. Il était blanc comme un linge quand ils l’ont quitté, et il tremblait. »
« On dirait que nous sommes entourés d’ennemis, dit Frodo. Qu’allons-nous faire ? »
« Rester ici : n’allez surtout pas dans vos chambres ! Ils n’ont pu manquer de découvrir quelles elles sont. Les chambres de hobbits ont des fenêtres qui regardent au nord et qui se trouvent près du sol. Nous allons rester tous ensemble et bloquer cette fenêtre, et la porte aussi, bien sûr. Mais d’abord, Nob et moi irons chercher vos bagages. »
Frodo profita de son absence pour raconter brièvement à Merry tout ce qui s’était passé depuis le souper. Merry était encore en train de lire et de méditer la lettre de Gandalf quand l’Arpenteur revint avec Nob.
« Donc, mes bons maîtres, dit Nob, j’ai froissé les draps et placé un traversin au milieu de chaque lit. Et j’ai fait une belle imitation de votre tête avec une carpette de laine brune, monsieur Bess… Souscolline, m’sieur », ajouta-t-il avec un large sourire.
Pippin rit. « Très ressemblant ! dit-il. Mais qu’arrivera-t-il quand ils auront découvert la supercherie ? »
« Nous verrons, dit l’Arpenteur. Il faut espérer tenir jusqu’au matin. »
« Je vous souhaite une bonne nuit », dit Nob, sur quoi il alla retrouver son poste à la surveillance des portes.
Ayant déposé leurs sacs et leur équipement en tas sur le parquet du salon, ils poussèrent l’un des fauteuils bas contre la porte et fermèrent la fenêtre. Jetant un regard à l’extérieur, Frodo vit que la nuit était encore dégagée. La Faucille1 se balançait, claire et brillante, au-dessus des épaulements de la Colline de Brie. Il ferma ensuite les lourds volets intérieurs, mit la barre et tira les rideaux. L’Arpenteur alimenta le feu et souffla toutes les bougies.
Les hobbits s’allongèrent sur leurs couvertures, les pieds vers l’âtre ; mais l’Arpenteur s’installa dans le fauteuil poussé contre la porte. Ils bavardèrent pendant quelque temps, car Merry avait encore plusieurs questions à poser.
« Sauta par-dessus la Lune ! ricana Merry, tout en s’enroulant dans sa couverture. Assez ridicule de ta part, Frodo ! Mais j’aurais aimé y être, juste pour voir. Les braves gens de Brie en parleront encore dans cent ans. »
« Je l’espère », dit l’Arpenteur. Tous demeurèrent alors silencieux, puis, un à un, les hobbits succombèrent au sommeil.
1.
Nom que les Hobbits donnent au Grand Chariot (ou Grande Ourse).
11Une lame dans le noir
Comme on se préparait à dormir à l’auberge de Brie, les ténèbres s’étendaient sur le Pays-de-Bouc ; des brumes s’égaraient dans les vallons et sur les berges du fleuve. À Creux-le-Cricq, tout était silencieux. Gros-lard Bolgeurre ouvrit tout doucement la porte et regarda à l’extérieur. Toute cette journée-là, une peur indéfinissable avait monté en lui, et il n’avait pu se reposer ou aller se coucher : une menace planait dans l’air immobile de la nuit. Or, tandis qu’il scrutait l’obscurité, une ombre noire remua sous les arbres ; le portail sembla s’ouvrir tout seul et se refermer sans un seul bruit. La terreur le saisit. Il se recula et demeura un instant dans le hall, tremblant comme une feuille. Puis il referma la porte et la verrouilla.
La nuit s’épaissit. Vint alors le son sourd de chevaux menés furtivement le long du chemin. Ils s’arrêtèrent devant le portail, et trois silhouettes noires entrèrent, comme des spectres de nuit se glissant dans la cour. L’une se dirigea vers la porte, les deux autres de chaque côté, vers un coin de la maison ; et elles se tinrent là immobiles, comme l’ombre des pierres, tandis que la nuit avançait lentement. La maison et les arbres muets semblaient attendre, retenant leur souffle.
Les feuilles s’agitèrent doucement et un coq chanta au loin. L’heure froide qui précède l’aube touchait à sa fin. La silhouette restée près de la porte remua. Dans les ténèbres sans lune ni étoiles luisit une lame, comme une froide lueur sortie du fourreau. Il y eut un coup, sourd mais violent, et la porte frémit.
« Ouvrez, au nom du Mordor ! » dit une voix grêle et menaçante.
Au deuxième coup, la porte céda et recula violemment, madriers éclatés et serrure brisée. Les silhouettes noires se glissèrent vivement à l’intérieur.
À cet instant, parmi les arbres alentour, la sonnerie d’un cor retentit, déchirant la nuit comme un brasier au sommet d’une colline.