Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Je vais vous dire ce qu’il en sera, répliqua Sam. Quand ce sera plus étroit, les Orques et les Hommes seront juste un peu plus tassés. Vous verrez, monsieur Frodo. »
« Je verrai, oui, si jamais nous arrivons jusque-là », dit Frodo, et il se détourna.
Ils s’aperçurent bientôt qu’il leur serait impossible d’avancer le long la crête de la Morgai, non plus que sur ses hauteurs, sans chemins praticables et profondément crevassées. En désespoir de cause, ils durent redescendre le ravin qu’ils avaient grimpé et chercher un chemin à travers la vallée. Ce fut un pénible trajet, car ils n’osaient pas retraverser jusqu’au sentier du côté ouest. Au bout d’un mille ou davantage, ils aperçurent, blotti dans un creux au pied de la falaise, le repaire orque dont ils avaient deviné la présence : un mur et des cabanes de pierre regroupées devant l’entrée d’une grotte, béante et noire. Aucun mouvement ne se voyait derrière le mur, mais les hobbits n’en furent pas moins prudents, se coulant aussi souvent que possible derrière les fourrés d’épines qui, à cet endroit, poussaient abondamment de part et d’autre de l’ancien cours d’eau.
Ils parcoururent deux ou trois milles encore, et le repaire orque disparut derrière eux ; mais ils commençaient à peine à respirer un peu mieux que le son rude et clabaudeur de voix d’orques retentit à leurs oreilles. Ils se mirent aussitôt à couvert, réfugiés sous un buisson d’aspect brunâtre et souffreteux. Les voix s’approchèrent. Bientôt, deux orques s’offrirent à leur vue. L’un était vêtu de loques brunes et armé d’un arc de corne ; il était d’une espèce chétive, à la peau noire et aux larges narines renifleuses, visiblement une sorte de traqueur. L’autre était un grand orque de combat, semblable à ceux de la compagnie de Shagrat, portant l’emblème de l’Œil. Lui aussi avait un arc au dos, et il tenait une courte lance à large fer. Comme toujours, ils se querellaient, et comme ils étaient d’espèces différentes, ils usaient du parler commun, à leur manière.
À moins de vingt pas de l’abri où les hobbits s’étaient cachés, le petit orque s’arrêta. « Nan ! grogna-t-il. Je rentre chez nous. » Il désigna le repaire orque de l’autre côté de la vallée. « Pas la peine de m’user le nez sur les pierres plus longtemps. Y a plus la moindre trace, je t’assure. J’ai perdu la piste à force de t’écouter. Elle va dans les collines, je te dis, pas dans la vallée. »
« Vous servez pas à grand-chose, vous autres petits renifleurs, hein ? dit le grand orque. Une paire d’yeux vaut mieux que vos nez morveux, je gage. »
« Et tes mirettes, elles ont vu quoi ? rugit l’autre. Va donc, eh pignouf ! Tu sais même pas ce que tu cherches. »
« La faute à qui ? rétorqua le soldat. Pas à moi. Ça vient d’En Haut. D’abord, ils nous disent que c’est un Elfe en armure brillante, puis c’est une espèce de petit homme-nain, puis une bande d’Uruk-hai rebelles ; ou peut-être tout ça en même temps, tiens. »
« Arrh ! fit le traqueur. Ils ont perdu la tête, voilà tout. Et y a certains patrons qui risquent aussi de perdre leur peau, que je me dis, si c’est vrai ce qu’on entend : la Tour prise dans un raid et tout, des centaines de vos gars trucidés, et le prisonnier envolé. Si tous les combattants font comme vous, pas étonnant qu’y ait des mauvaises nouvelles en provenance du front. »
« Qui dit qu’y a des mauvaises nouvelles ? » s’emporta le soldat.
« Arrh ! Qui dit qu’y en a pas ? »
« C’est de la sale propagande de rebelle, et si t’arrêtes pas je t’embroche, compris ? »
« C’est bon, c’est bon ! dit le traqueur. Je dis plus rien, mais j’en pense pas moins. N’empêche, veux-tu bien me dire ce qu’il a à voir là-dedans, ce fouineur à peau noire ? Ce glouglouteur aux mains flasques ? »
« Je sais pas. Rien, peut-être. Mais il prépare un mauvais coup, encore à fureter dans tous les coins, je gage. Qu’il crève ! Il venait de nous filer entre les doigts quand on a su qu’ils le voulaient vivant, et au plus vite. »
« Eh bien, j’espère qu’ils l’auront et qu’ils le feront déguster, gronda le traqueur. Il a brouillé la piste là-haut en ramassant cette cotte de mailles qu’il a trouvée, et en patouillant partout autour avant que je sois sur les lieux. »
« Elle lui a sauvé la vie, en tout cas, dit le soldat. Avant même de savoir qu’il était recherché, je lui ai tiré dessus, tu vois, du beau travail, à cinquante pas en plein dans le dos ; mais il a continué de courir. »
« Va donc ! Tu l’as manqué, dit le traqueur. D’abord, tu tires à côté, puis t’es pas fichu de le rattraper, alors t’appelles les pauvres traqueurs. Y en a marre. » Il partit à grands bonds.
« Reviens ici, s’écria le soldat, ou je te dénonce ! »
« À qui ? Pas à ton Shagrat chéri. Il ne sera plus capitaine. »
« Je vais donner ton nom et ton numéro aux Nazgûl, dit le soldat, baissant la voix et serrant les dents. Oui, à eux. C’est l’un d’eux qui commande à la Tour, maintenant. »
L’autre s’arrêta, et sa voix était emplie de crainte et de rage. « Sale mouchard ! Espèce de truand ! hurla-t-il. T’es incapable de faire ton boulot, et t’es même pas foutu de rester solidaire. Va voir tes maudits Criailleurs, et puissent-ils te glacer la peau sur les os ! Si l’ennemi les a pas déjà expédiés. Ils ont occis le Numéro Un, à ce que j’ai entendu dire, et j’espère que c’est vrai ! »
Le grand orque, lance à la main, bondit après lui. Mais le traqueur, sautant derrière une pierre, lui tira une flèche dans l’œil comme il arrivait, et il tomba avec fracas. L’autre s’enfuit dans la vallée et disparut.
Pendant un moment, les hobbits restèrent assis en silence. Enfin, Sam remua. « Eh bien, voilà ce que j’appelle du beau travail, dit-il. Si cet esprit de franche camaraderie pouvait se répandre au Mordor, la moitié de nos ennuis seraient terminés. »
« Tout doux, Sam, murmura Frodo. Il y en a peut-être d’autres dans les parages. Nous l’avons manifestement échappé belle, et la poursuite nous talonnait plus que nous ne le pensions. Mais c’est bien là l’esprit du Mordor, Sam ; et il s’est répandu dans chaque recoin. Les Orques se sont toujours comportés de la sorte lorsqu’ils sont laissés à eux-mêmes, d’après tous les récits. Mais il n’y a pas grand espoir à tirer de cela. Ils nous haïssent bien davantage, en tout point et en toutes circonstances. Si ces deux-là nous avaient vus, ils auraient eu tôt fait de remiser leur querelle jusqu’à ce que nous soyons morts. »
Il y eut encore un long silence. Sam le rompit de nouveau, cette fois en murmurant. « Vous les avez entendus au sujet de ce glouglouteur, monsieur Frodo ? Je vous ai bien dit que Gollum était toujours pas mort, non ? »
« Oui, je me rappelle. Et je me suis demandé comment tu le savais, dit Frodo. Mais allons ! Je crois qu’il vaudrait mieux ne plus bouger d’ici jusqu’à ce qu’il fasse complètement noir. Alors tu vas me dire comment tu le sais, et me raconter tout ce qui s’est passé. Si tu peux le faire sans lever le ton. »
« Je vais essayer, dit Sam, mais quand je pense à ce Chlingueur, j’enrage tellement que je pourrais crier. »
Sous le couvert du buisson épineux, alors que la terne lueur du Mordor se fondait peu à peu en une nuit profonde et sans étoiles, Sam raconta à l’oreille de Frodo tout ce qu’il pouvait exprimer de l’attaque perfide de Gollum, de l’horreur d’Araigne et de ses propres mésaventures avec les orques. Une fois son récit terminé, Frodo ne dit rien, mais il prit la main de Sam et la serra dans la sienne. Enfin, il se secoua.