Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
Mais, au moment où il portait la main à son épée, vint un secours inattendu. Ils étaient maintenant dans la plaine, et ils approchaient de l’entrée de l’Ûdun. Non loin en avant, devant la porte à l’extrémité du pont, la route de l’ouest convergeait avec d’autres venant du sud et de Barad-dûr. Des troupes faisaient mouvement sur toutes les routes ; car les Capitaines de l’Ouest avançaient et le Seigneur Sombre hâtait ses armées vers le nord. Le hasard voulut que plusieurs compagnies se rejoignissent dans les ténèbres du carrefour, en dehors de la lueur des feux de garde sur le mur. On ne tarda pas à se bousculer et à s’invectiver, chacune des troupes voulant arriver la première et en finir avec la marche. Les meneurs eurent beau hurler et donner du fouet, la bagarre éclata par endroits et des lames furent tirées. Une troupe d’uruks de Barad-dûr lourdement armés chargea la colonne de Durthang, semant la confusion parmi les rangs.
Tout étourdi qu’il était, de douleur comme de lassitude, Sam se secoua, saisit rapidement sa chance et se jeta sur le sol, entraînant Frodo avec lui. Des Orques trébuchèrent sur eux, grognant et jurant. Alors les hobbits, rampant à quatre pattes, se glissèrent lentement hors de la cohue, jusqu’au côté de la route où enfin, sans être remarqués, ils se laissèrent tomber. Celle-ci avait un haut rebord pour servir de repère aux meneurs de troupes par nuit noire ou par temps de brouillard, et elle était surélevée de quelques pieds par rapport à la plaine.
Ils restèrent immobiles pendant un certain temps. Il faisait trop sombre pour chercher un abri, à supposer qu’il y en eût aucun ; mais Sam sentait qu’ils devaient au moins s’éloigner des grandes routes et de la lumière des torches.
« Allons, monsieur Frodo ! murmura-t-il. Encore un petit bout et vous pourrez vous étendre. »
Dans un dernier effort de désespoir, Frodo se souleva sur ses mains et rampa encore une soixantaine de pieds. Alors, il tomba dans une fosse peu profonde qui s’ouvrit subitement devant eux, et il y demeura comme un corps mort.
3Le Mont Destin
Sam posa sa cape d’orque en lambeaux sous la tête de son maître, et il les couvrit tous deux du manteau gris de la Lórien ; et comme il le faisait, ses pensées se reportèrent vers ce beau pays, et vers les Elfes, et il se prit à espérer que le drap tissé de leurs mains eût quelque vertu qui, contre toute attente, pût les tenir cachés dans ce désert de peur. Il entendait mourir les cris et le son des échauffourées, à mesure que les troupes entraient dans la Gueule-de-Fer. Dans la confusion et l’affluence de nombreuses compagnies de diverses sortes, leur absence semblait être passée inaperçue, pour le moment, du moins.
Sam prit une petite gorgée d’eau, mais il pressa Frodo de se désaltérer, et quand son maître fut un peu remis, il lui donna toute une gaufrette de leur précieux pain de route et la lui fit manger. Puis, épuisés au point même de ne plus avoir tellement peur, ils s’étirèrent. Ils dormirent par à-coups et d’un sommeil inquiet ; car la sueur se refroidit sur eux, les pierres dures leur entamaient la chair, et ils frissonnaient. De la Porte Noire au nord et le long de Cirith Gorgor, un flot d’air froid et vaporeux courait en murmurant le long du sol.
Une lumière grise resurgit au matin, car le Vent d’Ouest balayait encore les régions supérieures ; mais au ras des pierres, derrière les défenses du Pays Noir, l’air semblait presque mort, glacé et suffocant à la fois. Sam jeta un coup d’œil hors de la fosse. Les terres alentour étaient mornes et planes, ternes et grises. Plus rien n’avançait sur les routes voisines ; mais Sam craignait les regards vigilants sur les murs de la Gueule-de-Fer, à un furlong vers le nord tout au plus. Debout au sud-est, comme une ombre noire et lointaine, se tenait la Montagne. Des fumées s’en déversaient, et cependant qu’une partie gagnait les airs supérieurs et formait une longue traînée vers l’est, de grandes vagues de nuages déferlaient sur son cône et s’épandaient sur le pays. À quelques milles au nord-est, les contreforts des Montagnes de Cendre s’alignaient comme des spectres gris sombre, au dos desquels se dressaient, telle une frange de nuages lointains, à peine plus sombre que le ciel pesant, les hauteurs brumeuses de la chaîne septentrionale.
Sam tenta d’évaluer les distances et de décider quel chemin ils devaient prendre. « Ça m’a tout l’air de cinquante milles au bas mot, marmonna-t-il d’un air sombre, les yeux fixés sur la menace de la montagne ; et ça, c’est une semaine et pas un jour de moins, avec M. Frodo arrangé comme il est. » Il secoua la tête, et comme il s’employait à calculer, une pensée funeste se dessina lentement dans sa tête. L’espoir ne s’était jamais longtemps éteint dans son indéfectible cœur, et jusqu’à présent il avait toujours eu égard au voyage de retour. Mais la cruelle vérité le frappa enfin de plein fouet : au mieux, leurs provisions les conduiraient au but ; et une fois leur mission terminée, ils trouveraient leur fin, seuls, sans abri, sans nourriture, au milieu d’un terrible désert. Il ne pouvait y avoir aucun retour.
« C’était donc ça, la tâche que je sentais devoir accomplir quand je suis parti, pensa Sam : aider M. Frodo jusqu’au dernier pas, et mourir avec lui ? Eh bien, si c’est ça, je dois le faire. Mais comme je voudrais revoir Belleau, Rosie Casebonne et ses frères, et l’Ancêtre, et Bouton-d’or et les autres. Que Gandalf ait pu embarquer M. Frodo dans c’t’histoire, sachant qu’il y avait pas d’espoir qu’il revienne, ça me rentre pas dans la tête. Tout est allé de travers du moment qu’il est tombé en Moria. Si seulement il avait pu en réchapper… Il aurait fait quelque chose. »
Mais tandis que l’espoir s’éteignait en lui, ou paraissait s’éteindre, il se changea en une nouvelle force. Son visage ordinaire de hobbit prit un air sévère, presque sinistre, tandis que sa volonté se durcissait en lui, et il sentit dans tous ses membres une sorte de frémissement, comme s’il se transformait en une créature de pierre et d’acier que le désespoir ne pouvait atteindre, non plus que la fatigue, ni les milles infinis du désert.
Fort d’un nouveau sens du devoir, Sam ramena les yeux vers les environs immédiats, considérant la prochaine étape. La lumière croissait peu à peu, et il fut surpris de constater que la plaine qu’il avait perçue de loin comme une vaste terre uniforme était en fait un pays inégal et tourmenté. En effet, toute la surface des plaines du Gorgoroth était criblée de larges trous, comme si, du temps où elles n’étaient encore qu’une étendue de fange, elles avaient reçu une grêle de flèches et de projectiles. Les plus grands de ces trous étaient ceinturés par des arêtes de roche brisée, et de larges fissures en partaient dans toutes les directions. C’était un pays où il serait possible de fuir d’une cachette à l’autre, à l’insu de tous les regards hormis les plus attentifs – possible du moins pour qui était fort et ne connaissait pas l’urgence. Pour des voyageurs affamés et épuisés, avec une longue route à faire avant que la vie ne s’éteigne, il avait un aspect sinistre.
Avec toutes ces pensées en tête, Sam retourna auprès de son maître. Il n’eut pas à le réveiller. Frodo était étendu sur le dos, les yeux ouverts, fixant le ciel nuageux. « Bon, monsieur Frodo, dit Sam, j’ai examiné les environs, et j’en ai profité pour réfléchir un peu. Il y a personne sur les routes, et on ferait mieux de s’éloigner pendant qu’on peut. En êtes-vous capable ? »
« Oui, j’en suis capable, dit Frodo. Il le faut. »
Ils repartirent une nouvelle fois, rampant de creux en creux, volant d’abri en abri, mais toujours se dirigeant en oblique vers les contreforts de la chaîne septentrionale. Toutefois, tandis qu’ils avançaient, la route la plus à l’est ne cessait de les suivre, avant de s’écarter pour mieux serrer la lisière des montagnes loin devant eux, dans un mur d’ombre noire. Ni homme ni orque ne foulait plus sa surface grise et unie ; car le Seigneur Sombre avait presque achevé ses mouvements de troupes, et, même dans l’enceinte de son propre royaume, il recherchait le couvert de la nuit, craignant les vents du monde qui s’étaient retournés contre lui, arrachant ses voiles, et préoccupé par les rumeurs d’intrépides espions ayant passé ses défenses.