Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Vite, Sam ! Sautons ! » cria Frodo. Ils se hissèrent au-dessus du parapet, qui n’était pas bien haut. Heureusement, la chute n’était plus aussi vertigineuse, car les flancs de la Morgai s’étaient déjà haussés presque au niveau de la route ; mais il faisait trop sombre pour apprécier la hauteur du saut.
« Eh bien, on y va, monsieur Frodo, dit Sam. Adieu ! »
Il lâcha prise. Frodo le suivit. Et alors même qu’ils tombaient, ils entendirent la ruée des cavaliers sur le pont et le cliquetis des chaussures de fer qui les suivaient au pas de course. Mais Sam aurait ri, s’il l’avait osé. Craignant une chute mortelle sur un banc de rochers invisibles, les hobbits allèrent s’écraser avec un craquement sourd, en un plongeon d’une douzaine de pieds au plus, dans la chose la plus inattendue : un fouillis de buissons épineux. Sam y resta tranquillement assis, suçotant une égratignure sur le dos de sa main.
Quand le son des sabots et des bottes se fut éteint, il hasarda un murmure. « Ah çà ! monsieur Frodo, je savais pas qu’il poussait des choses au Mordor ! Mais si j’avais su, c’est bien à ça que j’aurais pensé. Ces épines ! Elles doivent faire un pied de long rien qu’à les sentir ; elles sont rentrées dans toutes mes affaires. Si j’avais mis cette fichue cotte de mailles, aussi ! »
« Des mailles orques ne repousseraient pas de telles épines, dit Frodo. Même un gilet de cuir n’y parviendrait pas. »
Ils durent lutter afin de s’extirper du hallier. Les épines et les ronces étaient raides comme du fil de fer et s’accrochaient comme des serres. Lorsqu’ils se libérèrent enfin, leurs capes étaient déchirées et en loques.
« Maintenant, descendons, Sam, murmura Frodo. Au fond de la vallée, vite, puis au nord dès que ce sera possible. »
Le jour revenait dans le monde extérieur : loin au-delà des ténèbres du Mordor, le Soleil passait la lisière orientale de la Terre du Milieu ; mais le pays autour d’eux restait noir comme la nuit. La Montagne se mit à fumer copieusement, et ses feux s’éteignirent. La lueur s’évanouit sur la face des rochers. Le vent d’est qui n’avait cessé de souffler depuis qu’ils avaient quitté l’Ithilien semblait être tombé. Ils descendirent lentement et péniblement, s’agrippant, s’aidant des pieds et des mains, achoppant sur les pierres, les ronces et le bois mort, parmi les ombres aveugles, toujours plus bas, jusqu’à ne plus pouvoir avancer.
Enfin, ils s’arrêtèrent et s’assirent côte à côte, le dos appuyé contre un gros rocher. Tous deux étaient en nage. « Si Shagrat en personne venait m’offrir un verre d’eau, je lui serrerais la main », dit Sam.
« Ne dis pas des choses semblables ! protesta Frodo. Ça ne fait qu’empirer notre malheur. » Sur quoi, fatigué et pris d’étourdissements, il s’étira, sans rien ajouter. Enfin, il fit un effort pour se relever. À sa stupéfaction, il vit que Sam s’était endormi. « Réveille-toi, Sam ! Allons ! Il est temps de donner un autre coup de collier. »
Sam se releva comme il put. « Çà, par exemple ! dit-il. J’ai dû m’assoupir. Ça fait longtemps que j’ai pas dormi d’une traite, monsieur Frodo, et mes yeux se sont fermés tout seuls. »
Frodo partit alors en tête, vers le nord, pour autant qu’il pût en juger, parmi les pierres et les rochers qui encombraient le fond du grand ravin. Mais bientôt, il s’arrêta de nouveau.
« Ça ne sert à rien, Sam, dit-il. Je n’y arriverai pas. Cette chemise de mailles, je veux dire. Pas dans l’état où je suis. Même ma cotte de mithril me semblait lourde quand j’étais fatigué. Cette chose est beaucoup plus lourde. Et quelle est son utilité ? Ce n’est pas en se battant qu’on atteindra le but. »
« Mais il se peut qu’on doive se battre, dit Sam. Et il y a les poignards et les flèches perdues. Ce Gollum, il est pas mort, pour commencer. Je suis pas tranquille à l’idée qu’il y ait qu’une épaisseur de cuir pour vous protéger d’un coup de couteau dans le noir. »
« Écoute bien, Sam, mon brave garçon, dit Frodo : je suis las, épuisé, je n’ai plus le moindre espoir. Mais je dois continuer de faire tout mon possible pour me rendre à la Montagne, tant que je pourrai marcher. L’Anneau, c’est déjà bien assez. Ce poids supplémentaire me tue. Il faut m’en défaire. Mais sache que je t’en suis reconnaissant. Je n’ose pas imaginer quelle sale besogne cela a été de fouiller parmi les cadavres pour me dénicher ça. »
« Je vous en prie, monsieur Frodo. Y a pas de quoi ! Je vous porterais sur mon dos, si je pouvais. Balancez-la ! »
Frodo retira sa cape, enleva sa chemise de mailles et la jeta parmi les rochers. Il eut un léger frisson. « C’est un vêtement chaud qu’il me faudrait, à vrai dire, reprit-il. Il fait frais tout à coup, ou alors j’ai dû prendre froid. »
« Vous avez qu’à prendre ma cape, monsieur Frodo », dit Sam. Il posa son paquet et en sortit la cape elfique. « Qu’en dites-vous, monsieur Frodo ? demanda-t-il. Serrez cette guenille d’orque tout contre vous, et passez la ceinture autour. Puis mettez ça pour recouvrir le tout. C’est pas tout à fait à la mode orque, mais ça vous tiendra plus au chaud ; et je parie que ça vous protégera plus qu’aucune autre pièce d’équipement. Ç’a été fait par la Dame. »
Frodo revêtit la cape et épingla la broche. « Voilà qui est mieux ! dit-il. Je me sens beaucoup plus léger. Je peux continuer, maintenant. Mais ce noir d’encre semble me pénétrer le cœur. Étendu dans ma prison, Sam, j’ai essayé de me rappeler le Brandivin, Pointe-aux-Bois, et l’Eau passant à travers le moulin à Hobbiteville. Mais je ne les vois plus, maintenant. »
« Allons, monsieur Frodo, c’est vous qui parlez d’eau cette fois ! répondit Sam. Si seulement la Dame pouvait nous voir ou nous entendre, je lui dirais : “Madame, tout ce qu’on veut, c’est de la lumière et de l’eau, un peu d’eau pure et la simple lumière du jour, ça vaut mieux qu’aucun joyau, sauf votre respect.” Mais on est loin de la Lórien. » Il soupira, agitant la main vers les hauteurs de l’Ephel Dúath à peine discernables à présent, ombres plus noires que la noirceur du ciel.
Ils reprirent leur marche, mais Frodo s’arrêta avant peu. « Il y a un Cavalier Noir au-dessus de nous, dit-il. Je le sens. Nous ferions mieux de ne plus bouger pour quelque temps. »
Tapis sous un gros rocher, ils s’assirent face à l’ouest et s’abstinrent de parler un moment. Puis Frodo poussa un soupir de soulagement. « Il est passé », dit-il. Ils se levèrent, et alors, un spectacle étonnant arrêta leurs deux regards. Au loin sur leur gauche, vers le sud, contre un ciel virant au gris, les cimes et les hautes crêtes de la grande chaîne commencèrent d’apparaître, sombres et noires, des formes visibles. La lumière croissait derrière elles. Elle gagnait lentement le nord. Un combat était engagé au-dessus d’eux, dans les hauts espaces de l’air. Les nuages boursouflés du Mordor étaient repoussés et leurs bords s’effilochaient, tandis que se levait une brise du monde vivant, balayant fumées et vapeurs vers la terre sombre qui les avait crachées. Une lumière indécise filtrait sous l’encoignure de son sinistre plafond, comme un pâle matin à travers les vitres crasseuses d’une prison.