Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Cet attirail d’orque ne vaut rien, dit Sam, agitant les bras. Il me faudrait un cuir d’orque ! »
Frodo finit par ne plus pouvoir avancer. Ils s’étaient engagés dans un étroit ravin qui montait en étages, mais ils avaient encore une bonne grimpée à faire, ne fût-ce que pour apercevoir la dernière crête accidentée. « Je dois me reposer, maintenant, Sam, et dormir si je peux », dit Frodo. Il regarda alentour, mais il semblait n’y avoir nulle part où s’abriter dans ce triste pays, même pour un animal. Enfin, à bout de forces, ils se glissèrent sous un rideau de ronces qui pendait comme une natte sur la face d’un petit banc de rocher.
Assis dans l’ombre, ils prirent le repas qu’ils purent. Gardant leur précieux lembas pour les jours funestes à venir, ils mangèrent la moitié de ce qui restait à Sam des provisions de Faramir : quelques fruits secs et une mince tranche de viande salée ; et ils burent quelques petites gorgées d’eau. Ils venaient encore de boire aux mares de la vallée, mais ils avaient de nouveau très soif. L’air du Mordor avait une âpreté qui desséchait la bouche. Quand Sam pensait à l’eau, même son esprit optimiste se décourageait. Au-delà de la Morgai, ils auraient à franchir la terrible plaine du Gorgoroth.
« À vous de dormir en premier, monsieur Frodo, dit Sam. Il recommence à faire noir. J’ai l’impression que cette journée tire à sa fin. »
À ces mots, Frodo soupira et s’endormit presque aussitôt. Sam, luttant contre sa propre fatigue, lui prit la main ; et il resta assis en silence jusqu’à la nuit close. Enfin, pour mieux rester éveillé, il rampa hors de leur cachette et regarda aux alentours. Le pays semblait résonner de grincements, de craquements et de bruits furtifs, mais il n’y avait aucun son de voix, aucune rumeur de pas. Loin au-dessus de l’Ephel Dúath, à l’ouest, le ciel nocturne gardait encore une pâle lueur. Là, parmi les épaves nuageuses, au-dessus d’un sombre monolithe au faîte des montagnes, Sam vit scintiller un moment une étoile blanche. Sa beauté lui perça le cœur, comme il regardait au-dessus de la terre déserte ; et l’espoir rejaillit en lui. Car la pensée le traversa, nette et froide, comme un trait, que l’Ombre n’était finalement qu’une petite chose éphémère : une lumière et une beauté pérennes existaient au-delà, à jamais hors de sa portée. Dans la Tour, Sam avait chanté un air de défi plutôt que d’espoir ; car il pensait alors à lui-même. Mais pour l’heure, son propre sort, et même celui de son maître, cessèrent de l’inquiéter. Il se glissa de nouveau parmi les ronces et s’étendit près de Frodo, puis, mettant toute peur de côté, il s’abandonna à un profond et paisible sommeil.
Ils s’éveillèrent ensemble, main dans la main. Sam se sentait presque dispos, prêt pour une autre journée de marche ; mais Frodo soupira. Il avait eu un sommeil inquiet, plein de rêves de flammes, et le réveil ne lui apportait aucun réconfort. Son sommeil avait tout de même été réparateur : il se sentait plus fort, mieux apte à porter son fardeau pour une nouvelle étape. Ils ignoraient quelle heure il était et combien de temps ils avaient dormi ; mais après avoir pris un morceau et bu une gorgée d’eau, ils poursuivirent l’ascension du ravin jusqu’à une pente abrupte, couverte d’éboulis et de pierres instables. Là, les dernières choses vivantes abandonnaient la lutte : point d’herbe sur les hauteurs de la Morgai, nues, déchiquetées, stériles comme une ardoise.
Après beaucoup d’errances et de recherches, ils trouvèrent un endroit où monter, puis, d’une dernière grimpée longue d’une centaine de pieds, ils atteignirent le sommet. Ils traversèrent une fente entre deux rochers escarpés et se retrouvèrent au bord même de la dernière défense du Mordor. Là, sous une dénivellation d’environ quinze cents pieds, la plaine intérieure s’étendait à perte de vue, perdue dans des ténèbres informes. À présent, le vent du monde soufflait de l’ouest et les grands nuages s’étaient soulevés, flottant vers l’est ; mais les mornes champs du Gorgoroth n’étaient encore éclairés que d’une simple lueur grise. Des fumées traînaient sur le sol de la plaine ou tapies dans des creux, et des vapeurs s’échappaient de fissures dans la terre.
Loin encore, à quarante milles au moins, ils apercevaient le Mont Destin, fondé dans un désert de cendres : son énorme cône s’élevait à une grande hauteur sous sa tête fumante, elle-même enveloppée de nuages. Ses feux couvaient à présent, et il se tenait là, bouillant dans son sommeil, aussi menaçant et dangereux qu’une bête assoupie. Derrière lui planait une ombre de vastes dimensions, aussi sombre et sinistre que la nuée orageuse : les voiles de Barad-dûr, debout, loin derrière, sur une longue avancée des Montagnes de Cendre descendant du nord. Le Pouvoir Sombre était en profonde réflexion, son Œil tourné vers l’intérieur, et sa pensée appesantie sur des augures de doute et de danger : une brillante épée, un visage sévère et royal ; pour l’heure, il ne s’occupait guère d’autre chose, et toute son immense forteresse, porte après porte, et tour après tour, était enveloppée de ténèbres inquiètes.
Frodo et Sam contemplèrent cet odieux pays avec un dégoût mêlé d’étonnement. Entre eux et la montagne fumante, et partout au nord et au sud, tout était mort et dévastation, un désert calciné et suffoqué. Ils se demandèrent comment le Seigneur de ce royaume pouvait nourrir ses esclaves et entretenir ses armées. Mais des armées, il en avait. Aussi loin que portait leur regard, le long de la Morgai et vers la plaine au sud, il y avait des camps, les uns composés de tentes, les autres ordonnés comme de petites villes. L’une des plus grandes se trouvait directement sous eux. À un mille à peine dans la plaine, elle s’entassait comme un énorme nid d’insectes, ses rues droites et mornes constituées de baraquements et de longues constructions basses, d’aspect sordide. Tout autour se voyait un fourmillement d’allées et venues ; une large voie en partait au sud-est pour rejoindre la route de Morgul, et de petites formes noires s’y déplaçaient en de nombreuses files, filant à vive allure.
« J’aime pas du tout ce que je vois là, dit Sam. C’est sans espoir, si vous voulez mon avis – quoique, s’il y a autant de monde, c’est qu’il doit y avoir des puits ou de l’eau, sans oublier de quoi manger. Et ce sont des Hommes, pas des Orques, ou bien ma vue me joue des tours. »
Ni lui ni Frodo ne savaient rien des immenses terres cultivées par des esclaves loin dans le sud de ce vaste royaume, au-delà des vomissures de la Montagne, près des eaux sombres et tristes du lac Núrnen ; ni des grandes routes qui partaient à l’est et au sud vers des fiefs tributaires, d’où les soldats de la Tour ramenaient les longs convois de chariots bourrés de marchandises, de butin et de nouveaux esclaves. Ici, dans les régions septentrionales, se trouvaient les mines et les forges, et tous les préparatifs d’une guerre planifiée de longue date ; ici, le Pouvoir Sombre, déplaçant ses armées comme des pièces sur l’échiquier, s’employait à les rassembler. Ses premiers coups, destinés à tâter le terrain, avaient essuyé un échec sur le front ouest, au sud et au nord. Pour le moment, il avait fait marche arrière et mobilisé de nouvelles forces, massées autour de Cirith Gorgor en préparation de sa revanche. Et s’il avait aussi eu pour intention de défendre la montagne contre toute approche, il n’eût guère pu entreprendre davantage.
« Enfin bon ! poursuivit Sam. Peu importent les vivres qu’ils ont, c’est pas nous qui allons en profiter. Je vois pas moyen d’arriver en bas. Et on pourrait jamais traverser toute cette plaine truffée d’ennemis, même si on pouvait descendre. »
« Il nous faudra tout de même essayer, répondit Frodo. Ce n’est pas bien pire que ce que j’imaginais. Je n’ai jamais eu espoir de la traverser. Je n’en vois pas maintenant. Mais je dois tout de même faire de mon mieux. Pour le moment, il s’agit d’éviter de tomber entre leurs mains le plus longtemps possible. Il faut donc continuer vers le nord, je pense, et voir ce qu’il en sera quand la plaine sera plus étroite. »