Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Je ne peux pas faire tout le trajet d’une traite, dit Frodo avec un sourire malicieux. J’espère que tu t’es renseigné sur les auberges en chemin ? Ou aurais-tu oublié le manger et le boire ? »
« Punaise, c’est bien vrai ! » dit Sam. Il eut un sifflement de dépit. « Ah çà ! monsieur Frodo, ce que vous me donnez faim et soif, là ! Je sais plus c’est quand la dernière fois que j’ai pris une goutte ou un morceau. J’ai tout oublié à essayer de vous trouver. Mais attendez que je réfléchisse ! La dernière fois que j’ai regardé, il me restait assez de ce pain de route et de ce que le capitaine Faramir nous a donné pour me garder sur mes jambes pendant encore deux semaines à la rigueur. Mais s’il reste une seule goutte dans ma gourde, c’est tout ce qu’il y a. Ça suffira pas pour nous deux, de toute façon. Ils doivent bien manger, ces orques, et boire ? Ou ils vivent seulement d’air vicié et de poison ? »
« Non, ils mangent et ils boivent, Sam. L’Ombre qui les a enfantés n’arrive jamais qu’à parodier : elle ne peut rien créer d’elle-même qui soit réellement nouveau. Je ne pense pas qu’elle ait donné vie aux orques, elle les a seulement altérés et pervertis ; mais s’ils veulent vivre, il faut bien qu’ils fassent comme toutes les créatures vivantes. Ils se contenteront de liquides et de viandes infects, s’ils ne peuvent trouver mieux, mais jamais de poison. Ils m’ont nourri, alors je suis moins à plaindre que toi. Il doit bien y avoir de la nourriture et de l’eau quelque part par ici. »
« Mais on n’a pas le temps de les chercher », dit Sam.
« Eh bien, les choses ne sont pas aussi noires que tu le crois, dit Frodo. J’ai eu un peu de chance pendant que tu étais parti. En fait, ils n’ont pas tout pris. J’ai trouvé mon sac de nourriture sur le plancher, au milieu de guenilles. Ils l’ont éventré, bien évidemment. Mais l’aspect et l’odeur mêmes du lembas leur faisaient horreur, je suppose, plus encore qu’à Gollum. Ils ont tout éparpillé, et il y a des morceaux écrasés ou brisés, mais j’ai rassemblé tout ce qu’il y avait. C’est presque autant que tu en as. Mais ils ont pris la nourriture de Faramir, et ils ont tailladé ma gourde. »
« Eh bien, ça fait le tour de la question, dit Sam. On a de quoi se mettre en route. N’empêche que l’eau risque d’être un vrai problème. Mais allons, monsieur Frodo ! Partons d’ici ; sinon, même un lac entier pourra pas nous sauver ! »
« Je ne bougerai pas tant que tu n’auras pas avalé une bouchée, Sam, dit Frodo. Tiens, prends ce gâteau elfique, et vide ta gourde ! Toute cette histoire est désespérée, alors inutile de penser à demain. Nous ne le verrons sans doute jamais. »
Enfin, ils se mirent en route. Lorsqu’ils furent au bas de l’échelle, Sam la prit et la déposa dans le couloir, près du corps ramassé de l’orque tombé. L’escalier était sombre, mais sur le toit, la sinistre lueur de la Montagne était encore visible, quoique mourante, d’un rouge éteint. Ils ramassèrent deux boucliers afin de compléter leur déguisement et disparurent du toit.
Ils descendirent d’un pas lourd le long du grand escalier. Dès lors la chambre haute de la tourelle, lieu de leurs retrouvailles, leur parut presque accueillante ; car ils en étaient sortis, et la terreur courait le long des murs. Tout était peut-être mort dans la Tour de Cirith Ungol, mais elle restait imprégnée de peur et de maléfice.
Ils finirent par arriver dans la cour extérieure, et ils s’arrêtèrent. Même d’où ils se tenaient, ils sentaient la malveillance des Guetteurs les marteler, formes noires et silencieuses assises de part et d’autre de l’ouverture où s’entrevoyait la lueur menaçante du Mordor. Comme ils se frayaient un chemin à travers les horribles cadavres d’orques, chaque pas devenait plus difficile. Avant même d’atteindre l’arche, ils se trouvèrent immobilisés. Avancer d’un pouce de plus était douleur et lassitude, tant pour la volonté que pour les membres.
Frodo vacilla ; pareil combat était au-dessus de ses forces. Il se laissa choir sur le sol. « Je ne peux pas continuer, Sam, murmura-t-il. Je vais m’évanouir. Je ne sais pas ce qui m’arrive. »
« Moi je sais, monsieur Frodo. Tenez bon ! C’est la porte. Y a quelque diablerie à l’œuvre. Mais je suis passé une fois, et je vais ressortir. Ça peut pas être plus dangereux qu’avant. On y va ! »
Sam ressortit le globe elfique de Galadriel. Comme pour saluer son courage, et honorer d’une vive splendeur la fidèle main brune de hobbit ayant accompli tant d’exploits, la fiole s’embrasa soudain, si bien que toute la cour enténébrée s’illumina d’un éclat éblouissant, comme la foudre, mais sans discontinuer.
« Gilthoniel, A Elbereth ! » cria Sam. Car sans qu’il sût pourquoi, sa pensée se reporta soudain aux Elfes rencontrés dans le Comté, et au chant qui avait fait fuir le Cavalier Noir parmi les arbres.
« Aiya elenion ancalima ! » cria Frodo à son tour, derrière lui.
La volonté des Guetteurs se brisa avec la soudaineté d’une corde qui se rompt, et Frodo et Sam basculèrent en avant. Puis ils coururent. Passé la porte, passé les grandes figures aux yeux étincelants. Un craquement se fit entendre. La clef de voûte de l’arche manqua de s’écraser sur leurs talons et, au-dessus, le mur s’affaissa et tomba en ruine. Ils ne s’échappèrent que de justesse. Une cloche tinta sinistrement ; et une plainte aiguë s’éleva des deux Guetteurs, horrible à entendre. Haut dans les airs, parmi les ténèbres, vint une réponse. Une forme ailée plongea tel un éclair dans le ciel noir, déchirant la nuée d’un cri affreux.
1.
Voir l’Appendice F, ici.
2Le Pays de l’Ombre
Sam eut tout juste la présence d’esprit de remettre la fiole contre sa poitrine. « Courez, monsieur Frodo ! cria-t-il. Non, pas par là ! Il y a un abrupt de l’autre côté du mur. Suivez-moi ! »
Ils s’enfuirent le long de la route partant de la porte. En cinquante pas, par un rapide détour derrière une avancée de l’escarpement, elle les amena hors de vue de la Tour. Ils s’étaient échappés, pour le moment. Tapis contre le roc, ils reprirent leur souffle et s’étreignirent le cœur. Perché à présent sur le mur à côté de la porte en ruine, le Nazgûl lança ses cris mortels. Tous les rochers retentirent.
Terrorisés, ils repartirent clopin-clopant. Bientôt, la route fit un coude et reprit sa course vers l’est, les exposant à la vue de la Tour pendant un affreux moment. Comme ils fuyaient par là, ils jetèrent un regard en arrière et virent la grande forme noire assise sur le rempart ; alors, ils plongèrent entre de hautes parois rocheuses et se jetèrent dans une ravine qui descendait abruptement jusqu’à la route de Morgul. Ils arrivèrent au carrefour des voies. Il n’y avait toujours aucun signe d’orques, ni aucune réponse aux cris du Nazgûl ; mais ils savaient que ce silence ne durerait pas. La poursuite débuterait d’un instant à l’autre.
« Ça ne va pas du tout, Sam, dit Frodo. Si nous étions de vrais orques, nous nous serions empressés de regagner la Tour, pas de nous en éloigner. Nous serons démasqués à la première rencontre. Il faut quitter cette route d’une manière ou d’une autre. »
« Mais on peut pas, dit Sam, il nous faudrait des ailes. »
La face est de l’Ephel Dúath était abrupte, ses falaises et ses précipices se jetant dans la sombre gorge qui les séparait de la chaîne intérieure. Passé le carrefour, après une autre pente raide, un pont de pierre sautait d’une seule travée par-dessus le gouffre et conduisait la route au cœur des ravins et des pentes affaissées de la Morgai. Frodo et Sam piquèrent une course désespérée à travers le pont ; mais ils n’avaient pas encore atteint l’autre bout que les clameurs s’élevèrent. Loin derrière eux, maintenant juchée sur le flanc de la montagne, se dressait la Tour de Cirith Ungol, ses murs de pierre jetant un reflet terne. Soudain, sa cloche stridente carillonna de nouveau, bientôt à toute volée, une sonnerie fracassante. Des cors retentirent. Et à l’autre bout du pont venaient à présent des cris de réponse. Au creux de la gorge, coupés de la lueur mourante de l’Orodruin, Frodo et Sam ne pouvaient voir devant eux, mais ils entendaient déjà le piétinement des semelles de fer et, sur la route, de vifs roulements de sabots.