Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Ils m’ont tout pris, Sam, dit Frodo. Tout ce que j’avais. Tu comprends ? Tout ! » Il se ramassa de nouveau sur le sol, tête baissée, tandis que ses propres mots lui faisaient saisir toute l’ampleur du désastre et que le désespoir le gagnait. « La quête a échoué, Sam. Même si nous sortons d’ici, il n’y a aucun espoir d’évasion. Seuls les Elfes peuvent s’échapper. Loin, loin de la Terre du Milieu, au-delà de la Mer. Si même elle est assez large pour tenir l’Ombre à distance. »
« Non, pas tout, monsieur Frodo. Et elle n’a pas échoué, pas encore. Je l’ai pris, monsieur Frodo, vous m’excuserez. Et je l’ai gardé en sécurité. Je l’ai en ce moment autour du cou, et qu’est-ce qu’il me pèse aussi. » Sam fouilla nerveusement sous sa chemise, cherchant l’Anneau sur sa chaîne. « Mais je suppose que vous devez le reprendre. » Maintenant qu’il y était, Sam hésitait à se défaire de l’Anneau et à remettre ce fardeau sur les épaules de son maître.
« Tu l’as ? demanda Frodo, ahuri. Tu l’as ici ? Sam, tu es merveilleux ! » Puis sa voix changea étrangement tout à coup. « Donne-le-moi ! cria-t-il, se levant, et tendant une main tremblante. Donne-le-moi tout de suite ! Tu ne peux pas le garder ! »
« Très bien, monsieur Frodo, dit Sam, plutôt stupéfait. Le voici ! » Il sortit lentement l’Anneau et passa la chaîne par-dessus sa tête. « Mais vous êtes sur les terres du Mordor, maintenant, m’sieur ; et quand vous sortirez, vous verrez la Montagne du Feu et tout. Vous verrez que l’Anneau est devenu très dangereux, et très dur à porter. Si c’est trop difficile, vous pourriez le partager avec moi, peut-être ? »
« Non, non ! s’exclama Frodo, arrachant l’Anneau et la chaîne des mains de Sam. Non, tu ne l’auras pas, voleur ! » Haletant, il le dévisagea avec hostilité, les yeux écarquillés de peur et d’aversion. Puis tout à coup, serrant l’Anneau dans son poing, il resta abasourdi. On eût dit qu’une brume s’était levée de son regard, et il passa une main sur son front douloureux. L’affreuse vision lui avait paru si réelle, tout chaviré qu’il était par les blessures et la peur. Sam, sous ses propres yeux, s’était de nouveau changé en orque, lorgnant son trésor et tendant des mains avides, ignoble petite créature au regard cupide et à la bouche baveuse. Mais la vision était passée. Sam se tenait là, à genoux devant lui, le visage tordu de douleur, comme s’il eût été frappé en plein cœur ; ses yeux ruisselaient de larmes.
« Oh, Sam ! s’écria Frodo. Qu’ai-je dit ? Qu’ai-je fait ? Pardonne-moi ! Après tout ce que tu as fait. C’est l’horrible pouvoir de l’Anneau. Je voudrais qu’il n’eût jamais, jamais été trouvé. Mais ne t’occupe pas de moi, Sam. Je dois porter le fardeau jusqu’à la fin. On n’y peut rien changer. Tu ne peux pas t’interposer entre moi et ce destin. »
« Vous en faites pas, monsieur Frodo, dit Sam, passant sa manche sur ses yeux. Je comprends. Mais je peux quand même aider, non ? Il faut que je vous sorte d’ici. Tout de suite, voyez ! Mais il vous faut d’abord des vêtements et du matériel, et puis de la nourriture. Le plus facile, ce sera les vêtements. Puisqu’on est au Mordor, mieux vaut s’accoutrer comme eux ; et de toute façon, y a pas le choix. Va falloir vous déguiser en orque, monsieur Frodo, j’en ai peur. Et moi aussi. Si on y va ensemble, vaudrait mieux être assortis. Mais enveloppez-vous là-dedans ! »
Sam dégrafa sa cape grise et la jeta sur les épaules de Frodo. Il déposa son sac à terre et tira Dard du fourreau : sa lame luisait à peine. « J’oubliais, monsieur Frodo, dit-il. Non, ils n’ont pas tout pris ! Vous m’aviez prêté Dard, si vous vous rappelez bien, et le globe de la Dame. J’ai encore les deux. Mais prêtez-les-moi encore un moment, monsieur Frodo. Il faut que j’aille trouver ce que je peux. Restez ici en attendant. Promenez-vous un peu, histoire de vous dégourdir les jambes. Ce sera pas bien long. J’irai pas bien loin. »
« Fais attention, Sam ! dit Frodo. Et dépêche-toi ! Il peut y avoir des orques encore vivants, tapis dans les coins et prêts à te sauter dessus. »
« Il faut que je m’y risque », dit Sam. Il s’avança jusqu’à la trappe et se glissa au bas de l’échelle. Sa tête reparut un instant plus tard. Il jeta un long couteau sur le sol.
« Voilà quelque chose qui pourrait servir, dit-il. Il est mort : celui qui vous a flagellé. Il s’est brisé le cou, on dirait, dans sa hâte. Maintenant, remontez donc l’échelle, si vous pouvez, monsieur Frodo ; et vous avisez pas de la faire redescendre avant que j’aie crié le mot de passe. Elbereth, que je vais dire. Comme les Elfes. Aucun orque ne dirait ça. »
Frodo resta un moment assis, frissonnant, tandis que de terribles angoisses se pourchassaient dans sa tête. Puis il se leva, ramena la cape grise autour de ses épaules et, pour distraire sa pensée, se mit à arpenter la pièce, fouillant et scrutant chaque recoin de sa prison.
L’attente ne fut pas bien longue, encore qu’avec la peur elle lui parût durer une heure au moins, avant qu’il n’entendît la voix de Sam appeler doucement d’en bas : Elbereth, Elbereth. Frodo laissa descendre la légère échelle. Sam grimpa en soufflant comme un bœuf, portant un gros ballot sur la tête. Il le laissa tomber avec fracas.
« Maintenant, dépêchez-vous, monsieur Frodo ! dit-il. J’ai dû chercher pas mal avant de trouver quelque chose d’assez petit pour des gens comme nous. Faudra s’en contenter. Mais il faut faire vite. J’ai pas rencontré âme qui vive, et j’ai rien vu non plus, mais quelque chose me travaille. Je pense que cet endroit est surveillé. Je peux pas vous l’expliquer, mais voilà : j’ai comme l’impression qu’il y a un de ces horribles Cavaliers ailés aux alentours, là-haut dans le noir où on le voit pas. »
Il ouvrit son ballot. Frodo en examina le contenu avec dégoût, mais il n’avait pas le choix : il lui faudrait mettre ces choses ou partir nu. Il y avait une longue culotte à poils hirsutes faite d’une écœurante peau d’animal, et une tunique de cuir souillé. Il les enfila. Par-dessus la tunique, il passa une cotte de mailles à gros anneaux, courte pour un orque de taille normale, trop longue pour Frodo, et bien lourde. Il mit autour une ceinture où pendait un court étui renfermant un poignard à large lame. Sam avait apporté plusieurs casques d’orques. L’un d’eux convenait assez bien à Frodo, une calotte noire à bordure de fer, cerclée de fer et garnie de cuir, l’Œil Mauvais étant peint en rouge au-dessus du protège-nez en forme de bec.
« L’attirail de Morgul, l’équipement de Gorbag, était mieux adapté et de meilleure façon, dit Sam ; mais ce serait pas une bonne idée, j’imagine, de porter ses emblèmes au Mordor, pas après ce qui s’est passé ici. Eh bien voilà, monsieur Frodo. Un parfait petit orque, si je puis me permettre – du moins vous le seriez si on pouvait vous masquer le visage, vous allonger les bras et vous arquer les jambes. Ceci pourra au moins cacher quelques indices. » Il posa une grande cape noire sur les épaules de Frodo. « Maintenant, vous voilà prêt ! Vous pourrez ramasser un bouclier en passant. »
« Et toi, Sam ? demanda Frodo. Nous ne sommes pas censés être assortis ? »
« Eh bien, monsieur Frodo, j’ai réfléchi, dit Sam. Je ferais mieux de rien laisser de mes affaires, et on peut pas les détruire. Et puis, je peux quand même pas porter des mailles d’orques par-dessus tous mes vêtements, non ? Faudra que je me couvre, c’est tout. »
Il s’agenouilla et plia soigneusement sa cape elfique. Elle donna un rouleau étonnamment petit. Il la rangea dans son paquet laissé sur le sol. Se relevant, il le passa derrière son dos, coiffa sa tête d’un casque d’orque et jeta une autre cape noire sur ses épaules. « Voilà ! dit-il. Maintenant, nous sommes assez assortis. Et là, il faut y aller ! »