Pot-bouille
- Автор: Золя Эмиль
- Серия: les rougon-macquart #10
- Язык: французский
- Жанр: Классическая проза
Электронная книга - «Pot-bouille». Краткое содержание книги:
-Tiens! pour me salir! dit Lisa insolente. En v'la un malheur, s'il mouillait un peu l'escalier de service!... Va, mon loulou.
M. Gourd voulut le saisir, faillit glisser, s'emporta contre ces saletes de bonnes. Toujours, il etait en guerre avec elles, tourmente, d'une rage d'ancien domestique, qui se fait servir a son tour. Mais, du coup, Lisa revint sur lui, et avec le bagou d'une fille grandie dans les ruisseaux de Montmartre:
-Eh! dis donc, veux-tu me lacher, larbin degomme!... Va donc vider les pots de chambre de monsieur le duc!
C'etait la seule injure qui reduisit M. Gourd au silence. Les bonnes en abusaient. Il rentra fremissant, machant de sourdes paroles, disant que sans doute il etait fier d'avoir servi chez monsieur le duc, et qu'elle n'y serait pas seulement restee deux heures, elle, cette pourriture! Puis, il tomba sur la mere Perou, qui tressaillit.
-Qu'est-ce qu'on vous doit a la fin!... Hein? vous dites douze francs soixante-cinq.... Mais ce n'est pas possible! Soixante-trois heures a vingt centimes l'heure.... Ah! vous comptez un quart d'heure. Jamais de la vie! Je vous ai prevenue, je ne paie pas les quarts d'heure commences.
Et il ne lui donna pas encore son argent, il la laissa terrifiee, pour se meler a la conversation de sa femme et d'Octave. Celui-ci, adroitement, parlait des tracas que devait leur causer une maison pareille, tachant ainsi de les mettre sur le chapitre des locataires. Il devait se passer derriere les portes tant de choses etranges! Alors, le concierge intervint, avec sa gravite.
-Ce qui nous regarde, nous regarde, monsieur Mouret, et ce qui ne nous regarde pas, ne nous regarde pas.... Tenez! voila une chose, par exemple, qui me met hors de moi. Voyez ca, voyez ca!
Et, le bras tendu, il montrait sous la voute la piqueuse de bottines, cette grande fille pale qui etait entree dans la maison, en plein enterrement. Elle marchait avec peine, poussant devant elle un ventre enorme de femme enceinte, exagere encore par la maigreur maladive de son cou et de ses jambes.
-Quoi donc? demanda Octave naivement.
-Comment! vous ne voyez pas.... Ce ventre! ce ventre!
C'etait ce ventre qui exasperait M. Gourd. Un ventre de fille pas mariee, qu'elle avait apporte on ne savait d'ou, car elle etait toute plate en donnant le denier a Dieu! Oh! sans cela, certes, jamais on ne lui aurait loue. Et son ventre avait grossi sans mesure, hors de toute proportion.
-Vous comprenez, monsieur, expliquait le concierge, mon ennui et celui du proprietaire, le jour ou je me suis apercu de la chose. Elle aurait du prevenir, n'est-ce pas? on ne s'introduit pas chez les gens, avec une affaire pareille cachee sous la peau.... Mais, dans les commencements, ca se voyait a peine, c'etait possible, je ne disais trop rien. Enfin, j'esperais qu'elle y mettrait de la discretion. Ah bien! oui, je la surveillais, il poussait a vue d'oeil, il me consternait par ses progres rapides. Et, regardez, regardez aujourd'hui! elle ne tente rien pour le contenir, elle le lache.... Le porche n'est plus assez large pour elle!
D'un bras tragique, il la montrait toujours, pendant qu'elle se dirigeait vers l'escalier de service. Le ventre, maintenant, lui semblait jeter son ombre sur la proprete froide de la cour, et jusque sur les faux marbres et les zincs dores du vestibule. C'etait lui qui s'enflait, qui emplissait l'immeuble d'une chose deshonnete, dont les murs gardaient un malaise. A mesure qu'il avait pousse, il s'etait produit comme une perturbation dans la moralite des etages.
-Ma parole d'honneur! monsieur, si ca devait continuer, nous aimerions mieux nous retirer chez nous, a Mort-la-Ville, n'est-ce pas? madame Gourd; car Dieu merci! nous avons de quoi vivre, nous n'attendons apres personne.... Une maison comme la notre affichee par un ventre pareil! car il l'affiche, monsieur; oui, on le regarde, quand il entre!
-Elle a l'air tres souffrant, dit Octave en la suivant des yeux, sans trop oser la plaindre. Je la vois toujours si triste, si pale, dans un tel abandon.... Mais elle a un amant sans doute.
Ici, M. Gourd eut un sursaut violent.
-Nous y voila! Entendez-vous, madame Gourd? monsieur Mouret est aussi d'avis qu'elle a un amant. C'est clair, des choses comme ca ne poussent pas toutes seules.... Eh bien! monsieur, il y a deux mois que je la guette, et je n'ai pas encore apercu l'ombre d'un homme. Faut-il qu'elle ait du vice! Ah! si je trouvais son particulier, comme je te le jetterais dehors! Mais je ne le trouve pas, c'est ca qui me ronge.
-Il ne vient peut-etre personne, hasarda Octave.
Le concierge le regarda, surpris.
-Ce ne serait pas naturel. Oh! je m'enteterai; je le pincerai. J'ai encore six semaines, car je lui ai fait flanquer conge pour octobre.... La voyez-vous accoucher ici! Et, vous savez, monsieur Duveyrier a beau s'indigner en exigeant qu'elle aille faire ca dehors, je ne dors plus tranquille, car elle peut tres bien nous jouer la mauvaise farce de ne pas attendre jusque-la.... En somme, toutes ces catastrophes etaient evitees sans ce vieux grigou de pere Vabre. Pour toucher cent trente francs de plus, et malgre mes conseils! Le menuisier aurait du lui suffire de lecon. Pas du tout, il a voulu louer a une piqueuse de bottines. Vas-y donc, pourris ta maison avec des ouvriers, loge du sale monde qui travaille!... Quand on a du peuple chez soi, monsieur, voila ce qui vous pend au bout du nez!
Et, le bras tendu encore, il montrait le ventre de la jeune femme qui disparaissait difficilement dans l'escalier de service. Madame Gourd dut le calmer: il prenait trop a coeur la proprete de la maison, il se ferait du mal. Alors, la mere Perou ayant ose manifester sa presence en toussant avec discretion, il retomba sur elle, lui rabattit carrement le sou du quart d'heure qu'elle reclamait. Elle emportait enfin ses douze francs soixante, lorsqu'il lui offrit de la reprendre, mais a trois sous l'heure seulement. Elle se mit a pleurer, elle accepta.
-Je trouverai toujours du monde, disait-il. Vous n'etes plus assez forte, vous n'en faites pas pour deux sous.
Octave, en remontant un instant a sa chambre, se sentit rassure. Au troisieme, il rejoignit madame Juzeur qui rentrait. Tous les matins maintenant, elle etait obligee de descendre a la recherche de Louise, egaree chez les fournisseurs.
-Comme vous passez fier, dit-elle avec son fin sourire. On voit bien qu'on vous gate ailleurs.
Ce mot reveilla les inquietudes du jeune homme. Il la suivit au fond de son salon, en affectant de plaisanter. Un seul des rideaux etait entr'ouvert, les tapis et les portieres assoupissaient encore ce jour d'alcove; et, dans cette piece d'une mollesse d'edredon, les bruits du dehors mettaient a peine un bourdonnement. Elle l'avait fait asseoir pres d'elle, sur le canape bas et large. Mais, comme il ne lui prenait pas la main pour la baiser, elle demanda d'un air malicieux:
-Vous ne m'aimez donc plus?
Il rougit, il protesta qu'il l'adorait. Alors, elle lui donna sa main d'elle-meme, en retenant de petits rires; et il dut la porter a ses levres, afin de detourner ses soupcons, si elle en avait. Mais, tout de suite, elle la retira.
-Non, non, vous avez beau vous exciter, ca ne vous fait pas plaisir.... Oh! je le sens, et d'ailleurs c'est si naturel!
Quoi? que voulait-elle dire? Il la saisit par la taille, il la pressa de questions. Mais elle ne repondait pas, elle s'abandonnait a son etreinte, en refusant de la tete. Pour la decider a parler, il la chatouilla.
-Dame! finit-elle par murmurer, puisque vous en aimez une autre.
Elle nomma Valerie, elle lui rappela le soir ou il la mangeait des yeux, chez les Josserand. Puis, comme il jurait ne pas l'avoir eue, elle reprit avec son rire qu'elle le savait bien, qu'elle le taquinait. Seulement, il en avait eu une autre; et, cette fois elle nomma madame Hedouin, s'egayant davantage, s'amusant de ses protestations plus energiques. Qui alors? c'etait donc Marie Pichon? ah! celle-la, il ne pouvait nier. Il nie, pourtant; mais elle hochait la tete, elle assurait que son petit doigt ne mentait jamais. Et, pour lui arracher ces noms de femme, il devait redoubler de caresses, les lui tirer d'un frisson de tout son corps.