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La grande mascarade parisienne

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La grande mascarade parisienne
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Cabassol désespéré s'abîma dans de sombres réflexions. 11 en fut tiré par Bezucheux de la Fricottière, qui venait lui serrer la main.

— Noble cœur ! dit Bezucheux, toi seul étais pur, Tulipia ne t'a pas aimé, toi, et c'est toi qui te montres le plus affligé de nous tous 1

Comme le festin, depuis longtemps servi, refroidissait, Bezucheux donnant l'exemple de la fermeté d'âme, proposa de se mettre à table.

— Nous la retrouverons ! dit tout bas Cabassol à M 0 Taparel en lui serrant vigoureusement la main.

L'ENLEVEMENT

DE TULIPIA

665-S2— MPR1MER1E D. EARD1N ET C', A SA1NT-GERM A iN

L'ENLÈVEMENT

DE TULIPIA

TEXTE ET DESSINS

A. ROBIDA

PARIS

I LIBRAIRIE M. DREYFOUS

7, RUE DU CROISSANT. 

TROISIÈME PARTIE

L'ENLÈVEMENT DE TULIPIA

I

A la recherche de Tulipia. — Les habitantes de la villa Girouette. — Comment Ca-bassolet deux clercs de notaire se virent obligés de signer des promesses de mariage.

Le Courrier de Monaco, dans le Figaro du 17 février 18**, fut particulièrement intéressant, car notre ami Gabassol, qui lisait ses journaux d'un air navré en brûlant quelques

Au tir aux pigeons de Monte-Carlo.

cigarettes après déjeuner, bondit en l'air à la lecture de cet article et faillit renverser sa table couverte encore du service à café.

Après le parallèle obligé entre les arbres parisiens, squelettes chargés de neige, et les verts palmiers de la corniche, éternellement chauffés par le soleil, citoyen monégasque à perpétuité, le Courrier de Monaco signalait la présence à la dernière fête de Monte-Carlo, d'une foule de notabilités aristocratique! internationales : le duc et la duchesse de Canisy; la comtesse Léonore des Mâchicoulis, épanouie dans tout le charme de sa beauté blonde; le général Staratso/f, qui eut la jambe et le nez emportés au premier assaut de Plewna; la princ< »se Patarofjf, qui venait de faire sauter la banque ; la ravissante con-tessina L irberini, encore tout émotionnée par son procès en séparation; le prince de la finance Grobfield and C°, de New-York ; Cempereur du pétrole, John Fli-berman, de Chicago, etc., etc.

11 n'y avait pas là de quoi faire bondir notre ami Gabassol ; le paragrapne suivant, dans lequel le chroniqueur annonçait l'arrivée du prince héréditaire de Bosnie, le jeune et sympathique Michel, voyageant incognito, n'était pas davantage émotionnant. L'avant-dernière ligne seule avait pu produire cet effet excessif sur le vengeur de feu Badinard, l'avant-dernière ligne où notre héros et ami avait lu tout à coup, sans s'y attendre, le nom de Tulipia imprime presque en toutes lettres.

Voici quelle était la teneur exacte de cette ligne révélatrice :

« La palme de l'élégance décernée à une autre de nos demi-mondaines, la ravissante Tul.... Bal

Ainsi la trompeuse amie de Bezucheux, disparue depuis plus de trois' semaines, était retrouvée! Il n'y avait pas de doute à avoir, c'était bien de Tulipia Balagny que parlait le Courrier de Monaco.

Depuis trois semaines, M e Taparel et M. Miradoux vivaient dans un état d'inquiétude impossible à décrire, et Miradoux maigrissait encore, — ce dont il ne se croyait plus capable, — depuis que, par suite des coupables imprudences de M 0 Taparel, la ravissante Tulipia avait pris la clef des champs en emportant l'album de M m0 Badinard, la pièce principale du dossier de la succession Badinard, sans laquelle le légataire universel et les exécuteurs testamentaires ne pouvaient rien faire, et dont l'absence prolongée devait mettre à néant les espérances de Cabassol, en l'empêchant d'exécuter les conditions imposées par le testateur.

La ravissante Tulipia, depuis ces trois semaines, était demeurée introuvable ; toutes les recherches des intéressés avaient été inutiles, nul n'avait pu dire dans quelle direction la volage enfant avait porté ses pas et le précieux album aux soixante-dix-sept photographies.

aviser avec lui aux moyens de recouvrer, dans le plus bref délai possible, l'album envolé. Lorsque Cabassol, le numéro du Figaro à la main, entra dans le cabinet du notaire, M 0 Taparel comprit qu'il y avait quelque chose de nouveau.

— Eh bien ? demanda-t-il d'une voix inquiète.

— Elle est à Monaco ! s'écria Cabassol en agitant triomphalement le Figaro.

— Mon chapeau 1 s'écria le notaire, je pars...

— Un instant! tenons conseil d'abord... -^ Ah! c'est que, voyez-vous, j'ai hâte de relever la tète, je veux confondre Tulipia et retrouver l'album Badinard, perdu par ma faute... Le remords me ronge... Si je tardais plus longtemps à réparer le tort grave causé par un instant d'oubli de mes devoirs professionnels, je serais capable de me pendre à mes panonceaux déshonorés !

Miradoux, entré sur ces entrefaites, aida Cabassol à consoler la douleur de M e Taparel, et tous trois, redevenus calmes, discutèrent sérieusement les moyens à employer pour obtenir de Tulipia la restitution des soixante-dix-sept photographies.

11 fut convenu que Cabassol, muni de capitaux importants, partirait immédiatement pour Monaco avec Miradoux et deux clercs de l'étude pour l'aider dans ses opérations ; à Monaco il agirait suivant ses inspirations et s'arrangerait pour rentrer en possession de l'album, soit en l'achetant à Tulipia, soit en enlevant de haute lutte le cœur de la cruelle et volage enfant.

Les membres de l'expédition partant à la conquête de l'album de Tulipia n'eurent pas beaucoup de temps à consacrer à leurs préparatifs ; leur chef Cabassol leur donna

La comtesse Lconore des Muchicouiia.

John Flibc-man and C.

La princesse Pataroû".

Le duc et la duchesse de Canisy.

La contessina BarLerini.

rendez-vous à la gare de Lyon pour le rapide du soir. Miradoux emmenait son troisième et son quatrième clercs, jeunes gens aimables et intelligents, qui, dans certaines circonstances, pouvaient rendre de grands services.

A la gare, Cabassol rencontra quelques figures de connaissance ; ce fut d'abord Bezucheux de la Fricottière fils, qui eut un soubresaut d'é-tonnement à sa vue, puis Lacostade arrivant en costume de voyage, puis Saint-Tropez, enfermé dans un ulster imperméable, puis Pontbuzaud, et enfin Bisseco le ticket au chapeau et le sac en bandoulière. Tous tenaient à la main le Figaro, plié du côté de l'article : Courrier de Monaco.

— Eh, mes petits bons! proféra Cabassol, voua y voilà I vous vous lancez sur la piste 1

— Sur quelle piste? fit Bezucheux en témoignant une surprise bien jouée, je vais tout simplement surveiller papa...

— A Monaco?

— Oui, à Monaco où il mène une vie par trop torrentueuse I II m'écrit pour m'ernprunter cinq cents louis jusqu'en avril prochain...

— Et tu les lui portes?

— Non, je vais lui dire que je ne veux pas les lui prêter; je ne pouvais pas lui dire ça par lettre, tu comprends, les convenances 1... j'aime mieux lui faire de la morale verbalement !

— Allons donc ! Vous avez appris que Tulipia était à Monaco, et vous courez tous vous rouler à ses pieds...

— Au contraire ! s'écria fièrement Bezucheux, j'ai l'intention, si je la rencontre, de l'accabler de ma froideur!...

— Moi, dit Lacostade, de mon indignation 1

— Moi, dit Saint-Tropez, je broierai son âme par un simple regard chargé de mépris !

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