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Le passager

Электронная книга - «Le passager». Краткое содержание книги:

Je suis l'ombre.
Je suis la proie.
Je suis le tueur.
Je suis la cible.
Pour m'en sortir, une seule option : fuir l'autre.
Mais si l'autre est moi-même ?
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— Vous vous souvenez de quel tableau il s’agissait ?

— Un autoportrait de Courbet.

— Si j’étais un artiste, vous n’avez pas cherché à savoir s’il existait quelque part des œuvres signées Janusz ?

— Non. D’abord, parce que je n’en avais pas le temps. Ensuite, parce que je savais que si ces toiles existaient, elles porteraient un autre nom.

La cabine hurlait de tous côtés. La vibration des vitres s’intensifiait.

D’un coup, il comprit que Le Guen savait.

— Avant d’être Janusz, confirma-t-il, tu étais quelqu’un d’autre. Comme après avoir été Janusz, tu t’es fait appeler Mathias Freire.

— Comment vous connaissez ce nom ?

— Tu me l’as donné dans le train.

— Et vous vous en souvenez ?

— J’aurais du mal à l’oublier. Je reviens de Bordeaux. Là-bas, ce nom et ton visage passent en boucle aux informations régionales.

— Vous… vous allez me dénoncer ?

— Je ne sais même pas où tu te trouves.

— Vous m’avez connu à l’époque, gémit-il. Vous pensez que je suis coupable ? que je serais capable de tuer un homme ?

Le Guen ne répondit pas tout de suite. Son calme contrastait avec la panique de Janusz.

— Je ne peux pas te répondre, Victor. Soupçonner qui ? Le peintre que tu as sans doute été avant Marseille ? Le clochard renfermé que j’ai connu à Pointe-Rouge ? Le psychiatre que j’ai croisé dans le train ? La seule chose que tu dois faire, c’est te rendre à la police. Te faire soigner. Les médecins te permettront de mettre de l’ordre dans tes personnalités. De revenir à ta première identité. Elle seule compte. Et pour cela, tu as besoin d’aide.

Janusz sentit la colère revenir dans ses veines. Le Guen avait raison mais il ne voulait pas entendre ça. Il allait le rembarrer quand un choc le fit sursauter. Shampooing écrasait sa gueule pelée contre la vitre.

— Magne-toi ! Le mistral est là ! Faut vite qu’on s’trouve une planque avant de geler sur place !

55

— COMMANDANT MARTENOT. Je peux vous parler ?

— Pas de problème. Je suis en route pour Marseille.

Au volant de sa Golf, Anaïs tenait son mobile coincé contre son oreille. Il était près de 20 heures. Elle roulait à fond sur l’autoroute en direction de Toulouse. 220 kilomètre-heure. Elle emmerdait les radars. Elle emmerdait les gendarmes. Elle emmerdait Le Gall, Deversat et toute leur clique de merde.

— J’ai enfin les résultats de l’autopsie.

Patrick Bonfils et Sylvie Robin avaient été tués le 16 février, à 10 heures du matin. On était le 18. Il était 20 heures.

— C’est la grande rapidité, fit-elle sèchement.

— Il y a eu un contretemps.

— Sans blague ?

Martenot marqua une pause. Anaïs comprit qu’elle devait cesser ce petit jeu. Rien n’obligeait l’officier à l’appeler. Surtout pas maintenant que Mauricet avait repris les rênes officielles du dossier.

— Qu’est-ce qui ressort ? demanda-t-elle plus calmement.

— Le légiste confirme ce qu’on savait déjà. Les balles qui ont tué Patrick Bonfils et Sylvie Robin sont de calibre 12,7. L’arme utilisée est un fusil Hécate II.

— On peut remonter jusqu’au fusil ?

Un temps, encore. Le commandant choisissait ses mots avec soin.

— Non. Selon les experts, tout ce qu’on peut faire, c’est confirmer que l’arme est la bonne si on met la main dessus. Les fusils Hécate sont répertoriés en France. Mais vu le contexte, celui-ci peut provenir de n’importe où.

— Parlez-moi des blessures.

— Professionnelles, elles aussi. Patrick Bonfils et Sylvie Robin ont été touchés trois fois chacun. Une balle dans la tête, deux dans le cœur ou dans la région thoracique. Je me suis renseigné. Même dans notre armée, il y a actuellement peu de tireurs capables d’un tel exploit à cette distance.

— Ça réduit la liste de suspects, non ?

Martenot hésitait de nouveau. Chez les soldats, on lave son linge sale en famille. C’était pour cette raison que le rapport d’autopsie avait mis si longtemps à sortir. Il avait dû être d’abord soumis à un bataillon d’officiers, d’experts, de stratèges. Une contre-commission avait dû se livrer à une nouvelle autopsie, à une étude de l’angle de tir, à une analyse détaillée des douilles…

Anaïs avait toujours les yeux rivés sur les quatre voies éclairées par ses phares. Vision psalmodique, convulsive, des lignes blanches discontinues. Elle avait l’impression de voler la route à la nuit.

— L’autopsie nous apprend autre chose sur ces meurtres ?

— Oui.

Elle avait posé la question pour la forme. Elle n’escomptait pas une réponse positive. Elle attendait la suite mais Martenot conservait le silence.

— Qu’est-ce qui se passe ?

— Le corps de Patrick Bonfils porte une mutilation étrange. Une blessure au visage que le ou les tueurs ont effectuée après l’avoir abattu.

Anaïs se livra à une reconstitution mentale. Le sniper avait abattu Bonfils et sa compagne puis manqué Mathias Freire. Avec son complice, il s’était lancé à sa poursuite. Entre-temps, des pêcheurs s’étaient précipités, apercevant les victimes sur la plage. Les tueurs n’avaient donc pas pu revenir près du corps de Bonfils et pratiquer la mutilation.

Elle posa sa question sous un autre angle :

— Quand nous nous sommes vus à Guéthary, vous ne m’en avez pas parlé.

— Je ne le savais pas.

— Vous n’aviez pas vu les corps à la morgue ?

— Bien sûr que si.

— Vous n’avez pas remarqué cette mutilation au visage ?

— Je ne l’ai pas remarquée parce qu’elle n’existait pas. Pas encore.

— Je ne comprends pas.

— La mutilation a été faite après. Dans la soirée du 16 février. Quand je vous ai rencontrée, je n’étais pas au courant.

Anaïs se concentrait sur la route. Ce qu’elle devinait était de la pure folie.

— Vous voulez dire qu’on est venu à l’institut médico-légal, dans la soirée, pour dégrader le visage de la victime ?

— Exactement.

— Où est l’IML ?

— À Rangueil, près de Toulouse.

— De quelle nature est la mutilation ?

— L’agresseur a ouvert le nez de Bonfils dans le sens de la hauteur. Il a prélevé l’os nasal ainsi que le cartilage triangulaire et le cartilage alaire. Tout ce qui participe à la forme du nez.

Anaïs maintenait son pied sur l’accélérateur. La vitesse lui permettait de rester compacte, focalisée. Sa gorge était sèche. Ses yeux brûlaient. Mais son esprit tournait à plein régime. La lenteur du rapport d’autopsie n’avait rien à voir avec une contre-expertise militaire.

— Qui vous dit que ce sont les tueurs qui sont revenus ?

— Qui d’autre ?

— Pourquoi auraient-ils pris ce risque ? Pourquoi voler ces os ?

— Je ne sais pas. Pour moi, ce sont des chasseurs. Ils sont revenus voler ces fragments comme des trophées.

— Des trophées ?

— Durant la guerre du Pacifique, les soldats américains prélevaient les dents ou les oreilles de leurs victimes japonaises. On taillait des coupe-papier dans des fémurs ou des tibias humains.

Le débit du gendarme s’était accéléré. Il paraissait à la fois terrifié et fasciné par ces prédateurs furtifs et invisibles.

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