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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Mais le Confalume qui se trouvait face à Prestimion n’était pas celui qu’il s’attendait à voir.

Il avait redouté de trouver un homme affaibli, détruit, le reflet triste et pitoyable du grand Confalume d’antan. Les premiers signes de cette dégradation lui étaient apparus lors de leur dernière rencontre. L’homme abattu avec qui il avait eu cette conversation stérile au lendemain du coup de force de funeste mémoire de Korsibar, l’homme tremblant qui avait versé des larmes et imploré qu’on le laisse en paix n’était plus que l’ombre du Confalume dont le règne de plus de quarante années avait été marqué par des réussites incomparables.

Même si l’effacement des souvenirs de l’usurpation et de la guerre civile en ayant résulté avait épargné à Confalume le chagrin provoqué par les actes de son fils, rien ne donnait à penser qu’il se remettrait un jour des dommages infligés à son esprit. Même à l’occasion des cérémonies du sacre de Prestimion, alors que Korsibar avait disparu de la mémoire universelle, Confalume avait donné l’impression de n’être plus qu’une coquille vide, encore robuste mais l’esprit brouillé, hanté par des fantômes dont il n’était plus en mesure de connaître l’identité. À en croire Septach Melayn, qui s’était entretenu avec le légat pontifical pendant que Prestimion battait la campagne dans les territoires du levant, le Pontife était encore un homme profondément troublé, perturbé, déprimé, tourmenté par les insomnies et un sentiment nébuleux de détresse.

Prestimion avait donc imaginé que le Confalume charismatique d’autrefois n’était plus, qu’il allait rencontrer un homme fragile et tremblant, au bord de la tombe. Il était effrayant de se dire, pour lui qui commençait à peine son règne, que Confalume n’avait peut-être plus longtemps à vivre. Il n’était pas prêt, loin de là, à renoncer prématurément au Château pour aller s’emmurer dans le trou noir qu’était le Labyrinthe, même si c’était un risque auquel s’exposait un Coronal succédant à quelqu’un qui avait occupé le trône aussi longtemps que Confalume.

Mais c’est un Confalume régénéré, revivifié devant qui Prestimion se présenta dans la Cour des Trônes, la salle aux parois de pierre noire s’élançant vers des voûtes surhaussées, où le Pontife et le Coronal réunis prenaient place sur des sièges élevés… la salle dans laquelle Korsibar avait mis en scène son coup d’État. Le Confalume qui se tenait devant lui semblait être redevenu l’homme vigoureux et énergique que Prestimion avait bien connu : vif et droit dans la robe pontificale écarlate et noir. Une réplique miniature de la tiare symbolisant sa dignité brillait de mille feux sur la gauche de son col, la petite rohilla dorée, l’amulette astrologique qui ne le quittait jamais, montée de l’autre côté. À le voir, rien ne laissait présager une mort imminente. Quand ils s’étreignirent, Prestimion ne put éviter d’être impressionné par la force qui émanait de lui.

Confalume était redevenu lui-même, rajeuni, la mine florissante. Pas très grand, mais bâti à chaux et à sable, il avait toujours été doté d’une exceptionnelle vigueur ; ses yeux gris étaient vifs, son abondante chevelure avait conservé sa teinte châtain jusqu’à un âge avancé. Au Château, dans toutes les manifestations officielles, l’ancien lord Confalume était automatiquement le centre de l’attention générale, non seulement parce qu’il était le Coronal, mais parce qu’il émanait de lui un tel magnétisme, un tel pouvoir d’attraction qu’on ne pouvait éviter de se tourner vers lui. Il subsistait à l’évidence plus que des restes de cette force intérieure. Sa vigueur innée lui avait permis de surmonter la crise. Parfait, se dit Prestimion en sentant une vague immense de soulagement monter en lui. Mais il comprit en même temps qu’il allait avoir affaire non à un vieillard usé et brisé à qui il aurait pu dire ce qu’il estimait servir ses intérêts, mais à un homme qui avait passé plus de quatre décennies sur le trône du Coronal et qui, mieux que n’importe qui au monde, savait ce qu’était l’exercice du pouvoir suprême.

— Vous semblez bien vous porter, Majesté. Étonnamment bien !

— Vous en paraissez surpris, Prestimion.

— Des rumeurs m’étaient venues aux oreilles, selon lesquelles vous étiez inquiet, préoccupé, vous aviez des difficultés à trouver le sommeil…

— Pfff ! Des rumeurs et rien d’autres. Des inventions, j’ai traversé quelques moments pénibles au début, j’en conviens. Il y a une période d’adaptation nécessaire quand on vient du Château pour s’établir ici et ce n’est certainement pas le plus facile. Mais cela passe et on finit par se sentir chez soi.

— Vraiment ?

— Absolument. Vous devriez y puiser un peu de réconfort. Il n’est pas d’exemple d’un Coronal qui n’ait été atterré par la nécessité de finir ses jours dans le Labyrinthe. Comment pourrait-il en aller autrement ? Se réveiller chaque matin au Château, contempler l’immensité du ciel, se dire que l’on peut descendre du Mont quand on le souhaite pour se rendre partout où on le désire, à Alaisor, à Embolain ou à Ketheron, si l’envie nous en prend, ou – pourquoi pas ? – à Pidruid ou à Narabal, sans pouvoir chasser de son esprit la pensée que le vieil empereur rendra l’âme un jour et qu’on viendra nous chercher, qu’on s’embarquera sur la Glayge et qu’en arrivant ici, on nous dira : « Voilà votre nouvelle résidence, monseigneur, à quinze mille mètres sous terre. » Eh bien, poursuivit Confalume en souriant, ce n’est pas si terrible d’être ici, je vous assure. Différent. Reposant.

— Reposant ?

Le mot ne semblait pas très bien choisi pour cet endroit sans lumière et sans joie.

— Mais oui. Il y a des avantages dans la réclusion, dans la paix et la tranquillité qui vont avec. Personne ne peut me parler directement, vous savez, à part mon porte-parole et mon Coronal. Plus de ces importuns qui me sollicitaient en permanence, plus de ces noblaillons ambitieux quémandant des faveurs, plus de voyage éreintant sur des milliers de kilomètres parce que le Conseil avait décidé qu’il était temps de montrer mon visage dans quelque lointaine province. Non, Prestimion. Je reste dans le confort de mon palais souterrain, on m’apporte des projets de loi, j’y jette un coup d’œil, je dis oui, non ou peut-être, on reprend les documents et je n’ai plus à m’en préoccuper. Vous êtes jeune, plein de vitalité, il vous est impossible de comprendre les avantages de la séquestration. J’avoue que j’éprouvais la même chose il y a trente ans. Mais vous verrez. Soyez le Coronal plus de quarante années, comme je l’ai été, et je vous promets que vous serez plus que prêt à descendre dans le Labyrinthe, et sans la moindre appréhension.

Un règne de quarante années ? Prestimion savait que les probabilités étaient nulles ; Confalume avait déjà plus de soixante-dix ans. Le nouveau Coronal pouvait espérer au mieux une décennie au Château avant de devenir Pontife à son tour. Mais les paroles de Confalume semblaient venir du fond du cœur et elles étaient réconfortantes.

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