Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
Akbalik paya leur passage à bord d’un des navires qui remontaient le fleuve jusqu’à sa source, dans la Faille de Dulorn, au nord-ouest du continent. Le navire était énorme, bien plus gros que celui à bord duquel ils avaient traversé la Mer Intérieure. Le long-courrier était un bâtiment simple et robuste, conçu pour résister aux contraintes provoquées par la traversée de milliers de milles nautiques en haute mer ; le navire destiné à la navigation fluviale, aux formes inélégantes, ressemblait plus à un village flottant qu’à un bateau.
Il se présentait sous l’aspect d’une large plate-forme ramassée, pratiquement rectangulaire ; la cargaison, la timonerie et des salles à manger se trouvaient dans l’entrepont, un espace central carré bordé de pavillons, de boutiques et de salons de jeu occupait le pont supérieur et à la poupe s’élevait une superstructure à plusieurs niveaux pour le logement des passagers. Le bâtiment était décoré d’une manière extravagante : une arche écarlate dentelée enjambait la passerelle, de grotesques figures de proue vertes, à la tête prolongée par des cornes peintes en jaune, s’avançaient en saillie comme des béliers, une stupéfiante profusion de baroques pièces de bois ornementales se dressaient, s’enroulaient et s’entrecroisaient sur toutes les surfaces.
Dekkeret observait les passagers avec une curiosité avide. Les plus nombreux étaient évidemment les humains, mais il y avait aussi quantité de Hjorts, de Skandars, de Vroons, une poignée de Su-Suheris en robe diaphane et quelques Ghayrogs à la peau écailleuse qui, malgré leur aspect reptilien, étaient en réalité des mammifères. Il se demanda s’il allait aussi voir des Métamorphes et posa la question à Akbalik qui répondit que non, que le peuple des Changeformes quittait rarement sa réserve, bien que l’interdiction séculaire qui leur avait été faite de se déplacer librement sur la surface de la planète ne fût plus appliquée avec rigueur depuis bien longtemps. S’il y en avait à bord, ajouta Akbalik, ils avaient probablement pris une forme autre que la leur afin d’échapper à l’hostilité qu’ils suscitaient quand ils se mêlaient aux autres races.
Le Zimr charriait les sédiments accumulés sur son cours interminable, qui assombrissaient ses eaux ; à l’endroit où il se jetait dans la mer il atteignait une largeur de plus de cent kilomètres, de sorte qu’il ressemblait moins à un fleuve qu’à un lac géant sous lequel une vaste portion de la côte était engloutie. La ville de Piliplok était bâtie sur un haut promontoire, sur la rive méridionale du fleuve. Quand le navire appareilla, Dekkeret distingua la rive opposée, inhabitée, bien visible malgré la distance, car c’était une falaise de craie d’un blanc éclatant, haute de quinze cents mètres et longue de plusieurs kilomètres, étincelant aux premiers feux du soleil. Bientôt, quand le navire eut laissé Piliplok derrière lui et commencé à remonter le fleuve, le Zimr se resserra pour revenir à une largeur plus ordinaire. Dekkeret avait le sentiment de faire un voyage vers un autre monde. Il passait tout son temps sur le pont, dévorant des yeux les collines fauves au sommet arrondi et les villes animées bordant le fleuve, des endroits dont il n’avait jamais entendu le nom – Port Saikforge, Stenwamp, Campilthorn, Vem. Il était stupéfié par la densité de la population vivant sur les rives du fleuve. Il était rare qu’ils naviguent plus de deux ou trois heures sans que le bateau fasse escale dans un nouveau port pour débarquer des passagers et en embarquer d’autres, décharger du fret et charger de nouvelles marchandises. Au début, il jeta les noms sur un petit carnet – Dambemuir, Orgeliuse, Impemond, Haunfort Major, Salvamot, Obliorn Vale – jusqu’à ce qu’il se rende compte que s’il les écrivait tous, il ne resterait plus de place pour noter autre chose bien avant d’atteindre Ni-moya. Il se contenta donc de rester appuyé au bastingage et de contempler le spectacle en perpétuel changement. Au bout d’un moment, les paysages inconnus commencèrent à lui paraître familiers et il cessa d’éprouver cette impression de profonde étrangeté. Et quand des rêves lui venaient dans son sommeil, il se voyait le plus souvent volant dans les ténèbres infinies de l’espace, passant avec une folle aisance d’étoile en étoile.
Deux événements troublants marquèrent le voyage, tous deux quelques jours après le départ de Piliplok, l’un comique, l’autre tragique. Le premier concerna un homme aux cheveux roux, âgé de quelques années de plus que Dekkeret, qui semblait passer le plus clair de son temps à arpenter les ponts en parlant tout seul, en gloussant sans raison apparente ou en montrant un point dans le ciel comme s’il était chargé de quelque mystérieuse signification. Un cinglé inoffensif, s’était dit Dekkeret. Se souvenant de cet autre cinglé, pas du tout inoffensif, lui, qui avait tué sa chère cousine Sithelle dans le courant d’une folle tentative d’assassinat contre le Coronal, il veilla à rester à bonne distance de l’homme roux. Mais le troisième jour, tandis que Dekkeret, accoudé au bastingage de tribord, regardait la ville devant laquelle passait le navire, il avait entendu soudain un rire hystérique éclater sur sa gauche – peut-être étaient-ce des cris stridents, il n’aurait su le dire – et vit le dingue aux cheveux roux traverser à toutes jambes l’espace central du navire en battant l’air de ses bras et grimper les marches menant au pont supérieur. Il resta un moment au bord du portique d’observation en lançant des éclats de rire et des gloussements ridicules avant de se jeter par-dessus bord et de tomber dans le fleuve où il commença à battre frénétiquement des bras et des jambes.
Des cris s’élevèrent aussitôt ; le navire s’arrêta et fit machine arrière. Deux robustes hommes d’équipage sautèrent dans un canot et sortirent sans grande difficulté le malheureux de l’eau. Ils le remontèrent à bord, les vêtements trempés, et l’entraînèrent rapidement dans l’entrepont. Dekkeret ne le revit plus avant le lendemain, à l’escale de Kraibledene, une petite ville où le dément aux cheveux roux fut débarqué et, sembla-t-il, remis aux autorités locales.
Le lendemain survint un autre incident, encore plus étrange. Au début de l’après-midi d’une belle et chaude journée, tandis que le navire remontait une portion du fleuve sans trace de peuplement, un homme d’une quarantaine d’années au visage émacié et sévère, vêtu d’une robe de riche brocart, descendit du pont promenade, portant une valise qui paraissait très lourde. Il posa le bagage dans un endroit dégagé du pont principal, l’ouvrit et en sortit une collection d’instruments et d’objets bizarres qu’il entreprit de disposer en demi-cercle devant lui avec un soin méticuleux.
— Regardez ce matériel bizarre ! murmura Dekkeret à Akbalik en le poussant du coude. C’est un attirail de sorcier, non ?
— On le dirait. Je me demande s’il a l’intention de jeter un sortilège ici, devant tout le monde.
Dekkeret ne s’y connaissait guère en sorcellerie et en avait encore moins le goût. Les manifestations du surnaturel et de l’irrationnel le mettaient mal à l’aise.
— Y a-t-il lieu de s’inquiéter, à votre avis ?
— Cela dépend de la nature du sortilège, j’imagine, répondit Akbalik avec un petit haussement d’épaules. Peut-être a-t-il seulement l’intention de solder son matériel pour des sorciers amateurs. Personne n’a besoin de tant d’instruments pour un seul sortilège.