Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]
- Автор: Силверберг Роберт
- Серия: Majipoor (fr) #6
- Год: 2000
- Язык: французский
- Год: Robert Laffont
- ISBN: 2-221-08929-4
- Переводчик: Patrick Berthon
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
Simbilon Khayf fut un des derniers à être présenté au Coronal. Pour lui, Prestimion n’avait évidemment aucun problème de mémoire. Il parla d’abord de l’importance des banques privées comme celle de Simbilon Khayf pour stimuler la croissance des entreprises les plus dynamiques, puis enchaîna aisément sur la réussite personnelle du banquier et son ascension irrésistible de l’humble statut d’ouvrier d’usine à la position éminente qui était la sienne dans le monde de la finance. Les yeux de Simbilon Khayf ne quittèrent pas ceux du Coronal tout au long de ce panégyrique ; Prestimion se demanda encore une fois si le personnage déplaisant au regard pénétrant qui se tenait devant lui avait fait le rapprochement entre le monarque couronné siégeant sur son trône et le commerçant barbu venu lui emprunter de l’argent dans son hôtel particulier de Stee.
Si tel était le cas, Simbilon Khayf n’en laissa rien paraître. D’un bout à l’autre de l’audience, son visage conserva la même expression d’humilité et de crainte révérencielle. Quand il reçut de Zeldor Luudwid la couronne dorée de l’Ordre de lord Havilbove et marmonna des remerciements, sa voix était rauque et voilée par l’émotion, et ses mains tremblaient comme s’il avait toutes les peines du monde à supporter le poids incommensurable de l’honneur qui lui était fait.
Après la cérémonie, le Coronal avait coutume de donner pour les récipiendaires des plus importantes décorations une réception moins guindée dans une salle adjacente. C’était là, Prestimion le savait, que viendrait le moment de triomphe de Septach Melayn, l’aboutissement de sa mise en scène. Ceux qui avaient été décorés de l’Ordre de lord Havilbove assistaient à la seconde réception : Prestimion se trouverait fatalement de nouveau en présence de Simbilon Khayf et de sa fille, dans des conditions où il serait difficile d’échapper à une véritable conversation. Impossible même.
Ce qui devait précisément être ce que Septach Melayn attendait.
Prestimion se déplaçait avec aisance au milieu de la foule, échangeant quelques mots avec chacun de ses invités. L’épaisseur des semelles de ses bottes ne le gênait pas trop, mais il était bizarre de se sentir si grand. Il vit brusquement apparaître devant lui, juste sur son chemin, la cime argentée des cheveux de Simbilon Khayf. Varaile, curieusement, ne semblait pas être aux côtés de son père ; Prestimion l’aperçut, au fond de la salle, en grande conversation avec Septach Melayn.
Le banquier semblait encore écrasé par la solennité de la cérémonie. Il se lança en bafouillant dans un laïus à peine compréhensible pour remercier le Coronal de l’avoir invité, qui se transforma rapidement en un discours décousu, incohérent, ponctué de halètements et de hochements de tête à la gloire de sa propre réussite. C’était tout Simbilon Khayf, ce mélange d’anxiété et d’autosatisfaction. Le comportement du banquier conforta Prestimion dans sa conviction que la probabilité que Simbilon Khayf eût fait le rapprochement entre le visiteur barbu de Stee et le Coronal devant qui il se tenait n’était pas très grande. À l’évidence, Varaile avait tenu la promesse faite à Septach Melayn de garder pour elle ce secret.
Simbilon Khayf n’en finissait pas de discourir en soufflant comme un bœuf. Prestimion réussit enfin à se dépêtrer de lui et se fondit dans la foule ; dix autres minutes s’écoulèrent avant qu’il se trouve face à Varaile.
Leurs regards se croisèrent et Prestimion éprouva exactement les mêmes sensations que lorsqu’il l’avait vue la première fois : des picotements électriques troublants, un frisson d’excitation, d’incertitude, de confusion. Il en allait de même pour elle, il en eut la conviction : il vit ses narines se dilater, les coins de sa bouche frémir imperceptiblement, ses yeux aller et venir comme ceux d’un animal effarouché, le rouge se répandre rapidement sur son visage aux traits sans défaut.
Ce n’est pas une illusion, se dit-il. Mais quelque chose de bien réel.
Cela ne dura que l’espace d’un instant. Elle recouvra aussitôt son calme, reprit possession d’elle-même, l’exemple de la jeune femme bien élevée qui ne nourrit aucun doute sur la manière dont il convient de se comporter en présence de son roi. Aussi posée et gracieuse que son père avait été gauche et nerveux, elle le salua avec la déférence requise, formant le symbole de la constellation et le remerciant simplement mais chaleureusement, de cette voix grave, merveilleusement musicale, dont il avait gardé un souvenir si précis, du grand honneur qu’il avait fait à son père. Dans les circonstances de cette rencontre, il n’était pas besoin d’en dire plus. Il eût été facile à Prestimion de répondre d’un ou deux mots impersonnels à ses protestations de reconnaissance et de passer à l’invité suivant.
Mais il vit Septach Melayn non loin de lui, les bras croisés, observant avec attention, un sourire narquois aux lèvres et il comprit que son ami était en position de force. L’escrimeur émérite le tenait à la pointe de son épée. Septach Melayn n’allait certainement pas lui permettre de se dérober si lâchement et facilement.
Varaile attendait. Prestimion chercha les mots justes – quelque chose qui lui permettrait de combler l’écart énorme séparant le Coronal d’un de ses sujets et d’arriver à une conversation normale entre un homme et une femme. Rien ne lui vint à l’esprit ; il se demanda si une telle conversation était possible. Il ne savait absolument pas quoi dire. Il avait été entraîné depuis l’enfance à se comporter comme il convenait dans toutes les circonstances de la diplomatie, mais rien ne l’avait préparé à ce genre de situation. Il restait planté devant elle, muet, incapable de réagir.
Varaile finit par venir à son secours. Devant le silence pétrifié du Coronal, son attitude distante et révérente commença à céder la place, insensiblement, à quelque chose de moins guindé, de plus chaleureux ; une lueur amusée passa dans ses prunelles, l’ombre d’un sourire joua sur ses lèvres, l’aveu tacite qu’elle percevait la nature comique de la situation. Il n’en fallait pas plus. Le courant se rétablit immédiatement entre eux avec une surprenante intensité.
Prestimion se sentit porté par une vague de soulagement et de plaisir.
Il lui était difficile, avec tout ce qui se passait en lui, de conserver son attitude de majesté solennelle. Son noble maintien s’assouplit légèrement, son visage se détendit quelque peu ; Varaile saisit la balle au bond. En le regardant droit dans les yeux, ce qu’elle n’avait pas osé faire jusqu’alors, elle s’adressa à lui d’un ton parfaitement dégagé, dénué de formalité.