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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Sans sourire, sans tourner la tête ni de droite ni de gauche, la démarche raide, veillant à éviter tout faux pas avec ses bottes, il pénétra dans la salle du trône, inclina solennellement la tête tandis que ses sujets l’accueillaient avec des symboles de la constellation et gravit les marches d’acajou menant au trône proprement dit.

La solennité était la clé de tout. Il savait mieux que quiconque que cette mise en scène n’était qu’une momerie ayant pour but premier et peut-être unique d’impressionner les jobards. Malgré son intelligence, sa longue pratique du décorum et cette pointe d’irrévérence qu’il espérait ne jamais perdre, Prestimion ne pouvait s’empêcher lui-même d’être impressionné. Un Coronal doit croire à ce qu’il fait, sinon le peuple ne le fera jamais.

Cette foi dans la grandeur et la puissance du Coronal enracinée dans l’apparat de la cour, dans l’étalage ostentatoire de la robe, du trône et de la couronne, était pour beaucoup, il en avait la conviction, dans la paix et la prospérité de la planète géante depuis treize mille ans que les premiers colons humains s’y étaient établis. Le Coronal était l’incarnation des espoirs, des craintes et des désirs de toute la population. Et tout cela avait été confié à la garde de Prestimion de Muldemar qui ne se savait que trop humain et mortel, mais devait se comporter comme s’il était infiniment plus que cela. Si, pour le bien public, il devait revêtir une robe vert et or surchargée de décorations et siéger, le visage impassible, sur un gigantesque bloc luisant d’opale noire veinée de rubis rouge sang, il le ferait ; il jouerait son rôle comme on l’attendait de lui.

À sa gauche se tenait le chambellan Zeldor Luudwid près d’une table sur laquelle étaient étalées les décorations devant être décernées ce jour-là. Maundigand-Klimd se trouvait un peu plus loin, flanqué par les deux géomanciens de Tidias comme par des serre-livres. De l’autre côté du trône il y avait deux assistants du chambellan – deux Skandars massifs, des géants même pour leur race – tenant un bâton de commandement. Derrière eux Prestimion aperçut Septach Melayn dans l’ombre, qui l’observait pensivement. Il était assez inhabituel que le Haut Conseiller assiste à une réception royale, mais Prestimion avait une bonne idée de la raison de la présence de Septach Melayn.

Simbilon Khayf était là – avec son empilement rigide de cheveux argentés, il ne passait pas inaperçu dans la multitude de ceux qui devaient être présentés au Coronal – et sa fille Varaile, grande, belle et digne, se tenait à ses côtés. Septach Melayn – maudit soit-il ! – était là pour superviser la rencontre de la jeune fille avec le Coronal.

— Monseigneur le Coronal Prestimion vous souhaite la bienvenue au Château, annonça solennellement Zeldor Luudwid. Il vous informe qu’il a étudié avec soin vos réalisations et vos accomplissements, et qu’il considère chacun de vous comme un ornement du royaume.

C’était la formule d’accueil traditionnelle. Prestimion n’écoutait que d’une oreille, mais adoptait une attitude de feinte attention, hiératique, faisant courir un regard serein sur la foule impatiente tout en prenant soin de ne fixer les yeux sur personne en particulier. Passant bien au-dessus des têtes son regard était dirigé sur l’éclatante tapisserie ornant le mur du fond, qui représentait lord Stiamot acceptant la reddition des Métamorphes.

Il se demanda en passant – et ce n’était pas la première fois – combien de milliers de royaux Confalume avait dépensé au cours de son règne pour construire la fabuleuse salle du trône qui portait son nom. Il prit mentalement note de consulter un jour les archives pour connaître la somme exacte. Elle était probablement supérieure à ce qu’avait coûté le Château d’origine, tel que l’avait voulu Stiamot. Il avait fallu des années pour achever les travaux de la salle haute de plafond, aux poutres recouvertes de feuilles d’or martelé d’un rouge pâle et incrustées de pierres précieuses, aux somptueuses tapisseries, au sol revêtu du précieux bois jaune du gurna. Le trône à lui seul avait dû coûter une fortune, pas seulement le bloc colossal d’opale noire veinée de rubis, mais les massifs piliers d’argent soutenant le grand dais doré incrusté de nacre bleutée et portant le symbole de la constellation en platine blanc, aux branches terminées par des sphères d’onyx pourpre.

Mais Confalume disposait de tout l’argent nécessaire. Jamais Majipoor n’avait connu une telle prospérité et un bien-être aussi général qu’au cours de son règne.

Cette situation était due en grande partie à la chance : l’absence depuis plusieurs décennies de sécheresses, d’inondations, de tempêtes et autres catastrophes naturelles. Mais aussi parce que l’ancien Coronal – prolongeant l’œuvre de son prédécesseur, lord Prankipin –, avait promulgué une importante baisse des taxes et s’était donné beaucoup de mal pour dénicher et abolir d’anciennes et absurdes restrictions des échanges commerciaux, qui limitaient la libre circulation des biens d’une province à l’autre. Il avait aussi pris des mesures destinées à supprimer toutes sortes d’entraves inutiles, bénéficiant pour cela du soutien de Dantirya Sambail qui, en sa qualité de Procurateur de Ni-moya, en était venu au fil du temps à exercer sur le continent de Zimroel un pouvoir quasi monarchique. Quantité de ces réglementations obsolètes avaient été instaurées à l’origine pour protéger les intérêts de Zimroel face au continent plus ancien et plus développé d’Alhanroel. Mais Dantirya Sambail avait compris qu’elles faisaient maintenant plus de mal que de bien et ne s’était pas opposé à leur suppression. Le résultat avait été un accroissement considérable de la productivité sur toute la planète et une importante amélioration du bien-être général.

Du point de vue de Prestimion, c’était à la fois bien et mal. Il avait été élevé sur le trône d’un royaume merveilleusement prospère et, bien qu’il fût nécessaire de réparer les dommages causés par la guerre civile et que Dantirya Sambail eût cessé d’œuvrer pour le bien commun et fût devenu un obstacle à sa continuation, Prestimion était persuadé que ces deux problèmes seraient réglés rapidement. Il le fallait. Son nom serait maudit jusqu’à la fin des temps s’il ne parvenait pas dans les années qui venaient à maintenir au même niveau la prospérité atteinte pendant le règne de lord Confalume.

L’un après l’autre, les heureux élus dont le Coronal avait étudié si attentivement les réussites et les réalisations furent invités à s’avancer vers le trône pour être félicités.

Pas un seul membre de la noblesse ne figurait parmi eux ; l’aristocratie n’était pas récompensée de cette manière. Le groupe rassemblé devant le Coronal était composé de personnes de condition plus modeste : élus locaux des cités ou des provinces, un échantillonnage d’hommes d’affaires et des fermiers qui, d’une manière ou d’une autre, avaient contribué aux progrès de l’agriculture ; il y avait aussi des artistes, des écrivains, des gens du spectacle, des athlètes et même un ou deux érudits.

En règle générale, Prestimion se souvenait de la raison pour laquelle chacun d’eux était honoré par cette cérémonie ou il le devinait par une phrase de présentation de Zeldor Luudwid. Quand il ne trouvait rien de particulier à dire, il se débrouillait toujours pour faire une observation assez générale pour être considérée comme opportune. Ainsi, quand la mairesse de Khyntor s’avança pour être félicitée pour quelque réalisation municipale d’importance, Prestimion n’avait pas le moindre souvenir de ce que cette brave femme avait fait, mais il ne lui fut pas difficile de disserter avec conviction sur les célèbres ponts de Khyntor, ces chefs-d’œuvre d’architecture enjambant miraculeusement le Zimr sur toute sa prodigieuse largeur, dont tous les enfants de Majipoor avaient entendu parler. Quand un célèbre peintre d’âme de Sefarad, l’auteur d’une célèbre série de toiles représentant les bassins à marée de Varnafir, s’avança vers le trône, Prestimion se rendit compte qu’il l’avait confondu avec un autre artiste, connu pour ses portraits de ballerines, et se trouva incapable de dire lequel était l’homme des bassins à marée, lequel l’amateur de danse. Il se lança donc dans un laïus sur les merveilles de la peinture d’âme, parlant de la fascination qu’il éprouvait pour ce moyen d’expression, dans lequel les artistes imprimaient leurs visions sur un support de toile psychosensitive spécialement préparé, faisant part de son espoir de pratiquer un jour cet art, quand les charges du gouvernement lui laisseraient le loisir de s’y adonner. Et ainsi de suite ; les petits discours se succédaient, élégants, bien tournés, après quoi Zeldor Luudwid remettait au récipiendaire l’insigne de l’ordre honorifique qui lui revenait, un cordon éclatant, une médaille étincelante ou autre chose avant de le renvoyer avec délicatesse vers son siège, ébloui et enchanté par ce contact fugitif avec la grandeur.

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