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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Ce n’était que la troisième cérémonie que Prestimion trouvait le temps d’organiser depuis son avènement. Comme il s’agissait essentiellement d’une mise en scène politique, la réception royale exigeait une préparation soigneuse et des répétitions minutieuses. Il lui avait fallu, entre autres, consacrer la veille au soir une ou deux heures en compagnie de Zeldor Luudwid, le grand chambellan en charge des solennités, à passer en revue la liste des invités et à retenir pour chacun quelque détail flatteur. Puis, le jour de la réception, encore passer au moins une heure pour revêtir les vêtements de cérémonie. Il devait avoir un air de majesté solennelle. Il ne s’agissait pas seulement du costume vert et or, les couleurs traditionnelles symbolisant pour tout un chacun la charge et le pouvoir du Coronal. Il y avait aussi les ornements : différentes combinaisons d’écharpes de fourrure, de foulards de soie, d’épaulettes rigides et évasées, de diadèmes et de pierres précieuses, toutes sortes de falbalas et de fanfreluches, d’ouvrages de passementerie qu’on essayait, retirait, déplaçait jusqu’à ce que l’effet grandiose désiré soit obtenu.

Le costume du jour était un pourpoint de velours doré, ample, à taille haute, fendu sur la poitrine et dans le dos pour découvrir la chemise de soie verte qu’il portait dessous. Les larges manches, également ornées au coude d’un crevé, serrées au poignet, se terminaient par des manchettes de dentelle à demi recouvertes par des gants de cuir écarlate. Les bottes, du même cuir, étaient rabattues pour montrer les chausses de soie verte.

Il y eut un problème avec les bottes, dont la semelle avait été rehaussée pour ajouter cinq centimètres à sa taille. Prestimion avait depuis longtemps accepté de ne pas être aussi grand que bon nombre d’hommes ; cela n’avait plus aucune importance pour lui. Au vrai, il y pensait rarement. Le gain de taille artificiel que procuraient ces bottes le choquait ; il demanda qu’on les remplace par une paire normale. Un quart d’heure fut nécessaire pour établir que sa garde-robe ne contenait pas de bottes à semelles normales d’une couleur assortie au reste du costume et qu’il faudrait donc recommencer tout l’essayage avec un pourpoint d’une nuance dorée différente. Cette nouvelle provoqua une flambée de colère chez Prestimion ; il était trop tard pour tout reprendre de zéro. Il décida finalement de porter les bottes à semelle rembourrée, bien qu’il éprouvât une certaine gêne à regarder le monde de cinq centimètres plus haut que d’habitude.

Son front, bien entendu, était ceint de la somptueuse couronne à la constellation de lord Confalume, ce bijou ridiculement ouvragé, chargé d’émeraudes, de rubis, de dimabas pourpres et d’éblouissantes incrustations de métal, qui annonçait d’une voix de tonnerre que celui qui le portait était l’incarnation consacrée de la majesté du royaume. Sur sa poitrine reposait le médaillon en or portant le sceau de lord Stiamot en son centre, que Confalume lui avait remis le jour du sacre. C’était officiellement une reproduction moderne du médaillon porté par les Coronals de l’Antiquité. En réalité, il n’en était rien. Prestimion lui-même, agissant de connivence avec Serithorn et feu Korsibar, le prince dont plus personne ne se souvenait, avait forgé de toutes pièces l’histoire du médaillon et conçu cette « reproduction » plausible d’un original depuis longtemps disparu pour en faire présent à lord Confalume à l’occasion de la célébration de sa quarantième année de règne. Le médaillon avait été transmis à Prestimion et, du moins le supposait-il, passerait de Coronal en Coronal dans les siècles à venir. Au bout de deux cents ans, on prendrait certainement pour article de foi le fait que le semi-légendaire Stiamot en personne, dans les temps les plus reculés, avait porté ce médaillon. C’est ainsi, estimait Prestimion, que naissent les traditions les plus durables.

Lord Confalume avait aussi décoré la salle du trône de trépieds, d’encensoirs et de machines à calculer astrologiques des sorciers de sa cour, non parce que ces objets avaient un rôle à jouer dans les cérémonies, mais parce que, sur le tard, il aimait à s’entourer d’eux. Prestimion n’avait pas la crédulité de son prédécesseur. Il avait pleinement conscience, d’une manière quelque peu calculatrice, de la valeur et de l’usage que l’on pouvait faire de la sorcellerie dans la société moderne, mais n’était jamais parvenu à donner son entière approbation à ce qui n’était pour lui que superstition et imposture.

Il avait donc fait retirer de la salle tous les instruments de magie de Confalume. Mais il gardait un ou deux mages sous la main pour les réceptions, ne fut-ce que pour sacrifier aux goûts du public. S’il avait besoin de croire que le Coronal régnait non seulement par la grâce du Divin, mais avec l’aide des démons, esprits ou autres puissances surnaturelles en vogue dans la population de Majipoor, il ne lui refuserait pas ce plaisir.

Maundigand-Klimd était le mage de service – un Su-Suheris était toujours utile pour instiller une crainte révérencielle. À la requête de Septach Melayn, il était accompagné de deux géomanciens de Tidias en robe métallique brillante et hauts casques de cuivre. Lord Confalume les avait fait venir au Château en son temps, avec une armée d’autres ; ils semblaient tous s’y être incrustés aux frais du contribuable, même s’ils n’avaient plus de fonction officielle dans l’administration du nouveau Coronal. Ces deux-là s’étaient apparemment plaints de leur oisiveté à Septach Melayn, un homme de Tiadias lui aussi ; ils encadraient Maundigand-Klimd dans une attitude sévère, imposants symboles casqués de cuivre des forces surnaturelles qui coexistaient sur Majipoor avec le monde visible. Mais il ne leur était pas permis de prononcer des formules invocatoires, de tracer sur le sol leurs invisibles lignes de pouvoir ni de faire brûler leurs poudres de couleur aux vertus mystiques. Ils faisaient partie du décor, au même titre que les grappes de pierre de lune, de tourmaline, d’améthyste et de saphir que lord Confalume avait fait venir grands frais pour orner les poutres dorées du plafond gigantesque.

— Monseigneur, fit doucement le majordome Nilgir Sumanand. C’est l’heure de la réception.

Prestimion quitta la salle d’habillage pour s’engager, maladroit sur les hautes semelles de ses bottes, dans les couloirs desservant la myriade de salles du Château qu’il avait hérité de la multitude de ses prédécesseurs royaux. Un jour, dans la plénitude de l’âge adulte, il marquerait à son tour le Château du Coronal de son empreinte. Il était de tradition pour chaque monarque d’apporter ses propres ajouts et modifications.

La suite de pièces secondaires se succédant entre la salle d’habillage et la salle du trône de Confalume semblaient, par exemple, mal employer l’espace qu’elles occupaient. L’idée était venue à Prestimion de tout détruire pour bâtir à la place une vaste Salle de Jugement contiguë à la salle du trône, quelque chose de grandiose et de démesuré, avec des chandeliers de cristal et des fenêtres de verre dépoli. Une chapelle austère mais imposante où le Coronal viendrait se recueillir pourrait aussi trouver sa place à proximité. Celle qui existait actuellement était une petite pièce mal conçue, ajoutée après coup, sans valeur architecturale. À l’écart du cœur du Château, peut-être près de la Tour de Guet, l’édifice extravagant que lord Arioc avait élevé dans l’Antiquité, Prestimion voulait créer un musée de l’histoire de Majipoor, des archives contenant des souvenirs de la longue histoire de la planète, où les prochains Coronals pourraient étudier les réalisations de leurs prédécesseurs et réfléchir à leurs propres grands desseins. Mais il gardait ces projets pour l’avenir ; son règne ne faisait que commencer.

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