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Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]

Электронная книга - «Prestimion le Coronal [Lord Prestimion - fr]». Краткое содержание книги:

Vainqueur de la guerre des Sorciers, Prestimion, qui a manqué d’y perdre la vie, a payé chèrement le titre de Coronal. La fine fleur de Majipoor a été décimée, le monde ravagé, et la belle Thismet, la grande passion de Prestimion, est morte dans les combats.
Prestimion a décidé de rendre la paix à la planète géante et d’effacer de toutes les mémoires, avec l’aide de deux mages, le souvenir du conflit atroce et de tous ceux qui ont péri. Seuls deux de ses compagnons d’armes et lui-même en garderont la trace indélébile dans leurs souvenirs.
Mais comment Prestimion pourrait-il exulter de joie durant la cérémonie de son couronnement alors que ce secret lui pèse ? Et comment pourrait-il prendre femme comme le doit un Coronal alors qu’il demeure obsédé par l’image de Thismet ?
Pire, le charme d’oubli a creusé dans les esprits un vide insidieux que vient souvent remplir la folie. La sédition gronde. La violence menace à nouveau de ravager Majipoor.
Prestimion saura-t-il guérir les peuples dont il a la charge, et se sauver lui-même en retrouvant l’amour ?
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Il sentit monter en lui un désir profond de révéler sans plus tarder la vérité à Confalume, de partager le poids terrible de ce secret, de s’en remettre à la clémence et à la sagesse du vieux roi. Mais il n’osa pas céder à cette tentation.

Il fallait pourtant fournir des réponses aux questions du Pontife s’il ne voulait risquer de paraître incompétent aux yeux de celui qui l’avait choisi pour lui succéder. Mais trop de choses ne pouvaient être dites. Il avait trop souvent l’impression de ne pouvoir répondre à Confalume que par des mensonges, ce qu’il souhaitait éviter au plus profond de son cœur, ou en levant le voile sur ce qui ne pouvait être divulgué.

Il parvint cependant, à force de demi-vérités et de faux-fuyants, à fournir des réponses satisfaisantes aux questions du Pontife sans lui révéler ce qu’il ne pouvait apprendre ni avoir recours à des tromperies honteuses. Et Confalume semblait prendre ce qu’il disait pour argent comptant.

Du moins Prestimion l’espérait-il. Il se sentit profondément soulagé quand l’entretien toucha à sa fin et que le moment vint de prendre congé du vieux monarque.

— Ne restez pas si longtemps sans venir la prochaine fois, voulez-vous ? fit Confalume en se levant.

Il posa les deux mains sur les épaules de Prestimion et le regarda au fond des yeux.

— Vous savez quel plaisir j’ai à vous voir, mon fils.

Prestimion sourit à ces mots, et à la chaleur de la voix du Pontife, mais il éprouva en même temps un pincement au cœur.

— Oui, « mon fils », poursuivit Confalume. J’ai toujours voulu un fils, mais le Divin n’a pas jugé bon de m’exaucer. Aujourd’hui, dans un certain sens, j’en ai un. De par la loi, le Coronal est considéré comme le fils, adoptif, bien entendu, du Pontife. Vous êtes donc mon fils, Prestimion. Vous êtes mon fils !

C’était un moment embarrassant, pénible presque. Le Divin avait donné un fils à Confalume, un fils à la noble prestance qui avait nom Korsibar et qui aujourd’hui n’avait jamais existé. Mais le pire était à venir.

— Vous devriez vous marier, reprit Confalume tandis que Prestimion se dirigeait sans hâte vers la porte. Un Coronal a besoin de quelqu’un avec qui partager le poids de sa charge. Je ne peux pas être très fier de ce que j’ai fait avec Roxivail, mais comment aurais-je pu savoir à quel point elle était vaine et superficielle ? Vous ferez mieux, je n’en doute pas. Il existe certainement quelque part une femme qui serait pour vous une bonne épouse.

Une fois de plus, l’image de Thismet s’embrasa dans l’esprit de Prestimion, immanquablement accompagnée de la douleur déchirante qu’il ressentait chaque fois qu’il pensait à elle.

Thismet, oui. Confalume n’avait jamais eu connaissance de la passion qui s’était épanouie sur le tard entre Thismet et Prestimion sur les champs de bataille de l’ouest d’Alhanroel.

Quelle importance maintenant ? Prestimion aurait épousé la fille de Confalume malgré les obstacles nés de la filiation adoptive avec le Pontife. Mais Confalume n’avait pas de fille ; son nom même avait été effacé des pages de l’Histoire. La brève liaison, prématurément achevée, de Prestimion avec Thismet n’était plus qu’une de ces choses dont il ne pouvait parler. Maintenant, il y avait Varaile ; mais ils se connaissaient à peine. Prestimion ne pouvait savoir si les promesses de leurs premières rencontres seraient tenues. Il éprouvait en outre une étrange réticence à parler de Varaile à Confalume ; par fidélité obstinée et, il en avait conscience, absolument ridicule à la mémoire de la princesse assassinée dont Confalume avait oublié l’existence.

— Certainement, père, et le Divin fasse que je la trouve le moment venu. Si cela doit arriver, je l’épouserai sans tarder, soyez-en assuré. Mais pas un mot de plus sur ce sujet, voulez-vous ?

Sur ce, il salua le vieil empereur et se retira.

7

Dekkeret avait entendu parler de Ni-moya dans son enfance, à l’école bien sûr. Mais aucune leçon de géographie n’aurait pu le préparer à la réalité de la métropole géante de Zimroel.

Qui aurait pu croire, pour commencer, qu’il pût y avoir sur l’autre continent une cité d’une telle splendeur ? À la connaissance de Dekkeret, Zimroel était avant tout un territoire sous-développé, composé de forêts, de jungles et de cours d’eau gigantesques, dont une grande partie de la région centrale consistait en vastes étendues impénétrables à l’intérieur desquelles les Métamorphes – la population aborigène – avaient été bannis par Stiamot et où ils avaient encore leurs plus fortes concentrations de population. Oh ! il y avait bien aussi quelques cités – Narabal, Pidruid, Piliplok – mais Dekkeret les imaginait comme des trous perdus aux rues boueuses, peuplés de hordes de péquenauds frustes et ignorants. Pour ce qui était de Ni-moya, la capitale du continent, les chiffres de la population étaient impressionnants ; on parlait de quinze millions d’habitants, oui, ou de vingt millions, il ne savait plus très bien. Mais nombre de cités d’Alhanroel avaient atteint ces chiffres depuis des centaines d’années ; pourquoi se laisser impressionner par la taille de Ni-moya quand Alaisor, Stee et une demi-douzaine de cités du vieux continent étaient aussi peuplées ou même plus ? Quoi qu’il en soit, l’importance de la population n’était pas une garantie de distinction. Il était facile d’entasser vingt millions de personnes à un endroit, ou cinquante, si on préférait, sans créer autre chose qu’un énorme et sordide magma urbain, bruyant, sale, chaotique, à la limite du supportable pour tout être civilisé devant y passer plus d’une demi-journée. C’est ce que Dekkeret s’attendait à trouver au terme de son voyage.

Il avait pris le bateau avec Akbalik à Alaisor, le port d’embarquement du centre d’Alhanroel le plus fréquenté par les voyageurs à destination du continent occidental. Après une traversée peu mouvementée et qui lui avait paru interminable, ils avaient touché terre à Piliplok, sur la côte orientale de Zimroel.

La cité correspondait exactement à ce que Dekkeret s’attendait à trouver ; elle avait la réputation d’une ville laide et elle l’était, avec son tracé d’une austère rigueur. On disait souvent de sa cité natale de Normork qu’elle était terriblement sombre et sinistre, qu’il fallait y avoir vu le jour pour l’aimer. Dekkeret, qui trouvait le cadre de Normork fort agréable, n’avait jamais saisi jusqu’alors le sens de cette critique. Maintenant, il comprenait : qui aurait pu aimer Piliplok, sinon quelqu’un qui en était originaire et pour qui l’austérité et la rigueur constituaient les normes de la beauté ?

Mais il ne s’agissait aucunement d’un trou perdu aux rues boueuses. Chaque centimètre carré de Piliplok était pavé ; nulle part ou presque on ne voyait un arbre ou un buisson dans la hideuse métropole de pierre et de ciment.

La ville se présentait sous la forme de onze rayons disposés géométriquement, avec une précision maniaque, à partir de son magnifique port naturel sur la Mer Intérieure. Une série de rues coupant les grands axes à intervalles d’une déplaisante régularité délimitaient les différents quartiers de la ville – le quartier commerçant près du front de mer, la zone industrielle juste derrière, les zones réservées aux loisirs et les quartiers résidentiels –, d’une confondante uniformité architecturale, comme fixée par la loi. Les bâtiments eux-mêmes, lourds et disgracieux, n’étaient pas du goût de Dekkeret pour qui Normork, en comparaison, semblait un paradis aéré.

Par bonheur, leur séjour n’y fut que de courte durée. Piliplok n’était pas seulement le port d’attache des navires effectuant la traversée entre les deux continents et de la flotte de dragonniers qui sillonnaient les eaux de la Mer Intérieure à la recherche des dragons de mer, les gigantesques mammifères marins dont la chair était universellement appréciée. C’était aussi l’endroit où le Zimr, le plus grand de tous les fleuves de Majipoor, atteignait la mer au terme de son trajet de onze mille kilomètres à travers le continent ; en raison de sa situation à l’embouchure du large cours d’eau, Piliplok était la porte de tout l’intérieur du continent.

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