Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
« Ce doit être vers le fond, je suppose, murmura Sam. Toute la Tour grimpe comme en reculant. Et puis, je ferais mieux de suivre la lumière. »
Il avança dans le couloir, mais sa démarche se ralentit, toujours plus hésitante. La terreur le rattrapait. Il n’y avait pas un son hormis le bruit de ses pas, lequel semblait retentir comme de larges mains frappant sur la pierre. Les cadavres, le vide, les murs suintants et noirs qui, à la lueur des torches, semblaient dégouliner de sang, la crainte d’une mort soudaine tapie dans l’ombre d’une porte et, dans l’arrière-fond de sa pensée, la malveillance sournoise et attentive à l’entrée de la Tour : c’en était presque trop pour lui. Il aurait bien voulu en découdre – sans trop d’adversaires à la fois – plutôt que de rester dans cette affreuse et écrasante incertitude. Il s’efforça de penser à Frodo étendu – ligoté, souffrant ou mort – quelque part dans cet endroit horrible. Il se pressa en avant.
Il avait passé la lumière des torches et se trouvait devant un grand portail voûté au bout du couloir – l’envers de la porte souterraine, comme il le devina –, lorsqu’il entendit un hurlement venu d’en haut, un horrible cri étranglé. Il s’arrêta net. Puis des échos retentirent au-dessus de lui. Quelqu’un dévalait un escalier à toutes jambes.
Sa volonté fut trop faible et trop lente pour retenir sa main qui, tirant sur la chaîne, se referma sur l’Anneau. Mais Sam ne le passa pas à son doigt ; car au moment où il le pressait contre son sein, un orque surgit avec fracas. Jaillissant d’une sombre ouverture à sa droite, il fonça vers lui. Il était tout juste à six pas quand, levant la tête, il le vit ; et Sam put entendre sa respiration haletante et voir la lueur de ses yeux injectés de sang. L’orque s’arrêta court, atterré. Car il ne vit pas un petit hobbit effrayé dont la main vacillante peinait à tenir son arme ; il vit une grande forme silencieuse, enveloppée d’une ombre grise, se détachant sur le clignotement de lumière : l’une de ses mains tenait une lame dont l’éclat même était une douleur cuisante, l’autre était serrée contre sa poitrine, mais elle recelait une menace sans nom, de puissance et de ruine.
L’orque se recroquevilla un moment, puis, avec un horrible glapissement de peur, il se retourna et s’enfuit comme il était venu. Jamais aucun chien ne fut plus emballé de voir son ennemi montrer les talons que Sam devant cette fuite inespérée. Il donna la chasse avec un cri.
« Oui ! Le guerrier elfe court toujours ! lança-t-il. J’arrive. Mais tu me montres le chemin, ou je vais t’écorcher ! »
L’orque était toutefois chez lui, agile et bien nourri. Sam était un étranger, affamé et fourbu. L’escalier était haut, raide, et en colimaçon. Sam se mit à souffler. L’orque était vite passé hors de vue, et le claquement de ses pieds sur les marches ne s’entendait plus que faiblement. De temps en temps, il poussait un cri, et l’écho en courait le long des murs. Mais peu à peu, les sons s’éteignirent complètement.
Sam poursuivit sa pénible ascension. Se sentant sur la bonne voie, il avait repris courage. Il lâcha l’Anneau et serra sa ceinture. « Eh bien ! dit-il. S’ils deviennent tous aussi frileux envers moi et mon Dard, ça pourrait mieux finir que ce que j’espérais. Et puis, il semble bien que Shagrat, Gorbag et compagnie ont fait presque tout le boulot à ma place. À part ce petit rat effarouché, c’est à croire qu’il reste plus personne de vivant ! »
Là-dessus, il s’arrêta brutalement, comme s’il venait de se frapper la tête contre le mur de pierre. La pleine portée de ses paroles l’avait heurté de plein fouet. Plus personne de vivant ! Qui avait poussé ce cri horrible, ce hurlement de mort ? « Frodo, Frodo ! Maître ! cria-t-il presque sanglotant. S’ils vous ont tué, qu’est-ce que je vais faire ? Mais j’arrive enfin, tout en haut, pour voir ce qu’il faudra. »
Il monta, encore et encore. Il faisait sombre, sauf ici et là, où une torche brûlait derrière un tournant, ou près d’une ouverture donnant accès aux étages supérieurs de la Tour. Sam voulut compter les marches, mais il perdit le compte après deux cents. Il allait en silence, à présent ; car il croyait entendre des voix qui parlaient là-haut, encore à quelque distance. Il y avait encore plus d’un rat vivant, à ce qu’il semblait.
Tout à coup, alors qu’il ne se sentait plus la force de prendre un souffle de plus ni de plier les genoux une nouvelle fois, l’escalier prit fin. Il se tint immobile. Les voix étaient à présent fortes et rapprochées. Sam regarda autour de lui. Il avait grimpé jusqu’au toit plat du troisième et dernier niveau de la Tour, un espace ouvert d’environ soixante pieds de large, entouré d’un parapet de faible hauteur. Là, l’escalier était couvert par un petit édicule à coupole, avec des portes basses à l’est et à l’ouest. Du côté est, Sam pouvait voir la plaine du Mordor étalée en bas, vaste et sombre, et le flamboiement de la montagne au loin. Un nouveau tumulte s’agitait dans ses profonds puits, et ses torrents de feu brûlaient d’une ardeur telle que le sommet de la Tour, malgré les nombreux milles qui l’en séparaient, était baigné de leur sinistre rougeoiement. À l’ouest, la vue était bloquée par le bas de la grande tourelle dressée au fond de cette cour surélevée, sa haute corne dominant la crête des montagnes environnantes. Une lueur s’échappait d’une fenêtre comme à travers une fente. Sam se tenait à moins d’une trentaine de pieds de la porte. Elle était ouverte mais ne laissait filtrer aucune lumière, les voix émanant de l’ombre juste derrière le seuil.
Sam n’écouta pas au début ; sortant du côté est, il s’aventura d’un pas et regarda alentour. Il vit aussitôt que la haute cour avait été le théâtre des plus violents combats. Elle était ensevelie sous les cadavres d’orques, parsemée de membres tranchés et de têtes coupées. Une puanteur de mort régnait. Mais un rugissement hargneux, suivi d’un coup et d’un cri, lui fit aussitôt regagner sa cachette. Une voix orque s’éleva avec colère, et il la reconnut sur-le-champ, âpre, froide, brutale. C’était Shagrat, le Capitaine de la Tour.
« Tu y retourneras pas, c’est bien ce que tu dis ? Maudit sois-tu, Snaga, misérable petit ver ! Si tu me crois si amoché que je vais te laisser me rire au nez, tu te trompes. Viens ici que je t’arrache les yeux, comme j’ai fait à Radbug il y a une seconde. Et quand d’autres gars arriveront, je m’occuperai de toi : je t’enverrai voir Araigne. »
« Il en viendra pas, en tout cas, pas avant que tu sois mort, répondit Snaga d’un ton acerbe. Je t’l’ai dit deux fois : les porcs de Gorbag sont arrivés à la porte avant nous, et aucun des nôtres a pu s’échapper. Lagduf et Muzgash sont passés, mais on leur a tiré dessus. J’ai tout vu d’une fenêtre, que j’te dis. Et c’étaient les derniers. »
« Alors tu dois y aller. J’ai pas le choix que de rester ici, moi. Mais je suis blessé. Les Puits Noirs le prennent, ce foutu rebelle de Gorbag ! » La voix de Shagrat se réduisit à un flot d’injures et de jurons. « Je lui ai donné plus que ce que j’ai pris, mais il m’a suriné, l’ordure, avant que je l’étouffe. Tu vas y aller, ou je te mange tout rond. Il faut que les nouvelles se rendent à Lugbúrz, ou on sera bons pour les Puits Noirs. Oui, toi aussi. Tu t’en sauveras pas en te cachant ici. »
« Je remets pas les pieds dans cet escalier, que tu sois capitaine ou non, rugit Snaga. Nan ! T’avises pas de prendre ton couteau, sinon j’te colle une flèche dans le ventre. Tu seras pas capitaine longtemps, quand Ils auront eu vent de toute cette débâcle. Je me suis battu pour la Tour contre ces sales rats de Morgul, mais vous avez fait un beau gâchis, vous deux messieurs les capitaines, à vous arracher le butin. »