Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]
- Автор: Толкин Джон Рональд Руэл
- Год: 2016
- Язык: французский
- Год: Christian Bourgois éditeur
- Жанр: Фэнтези
Электронная книга - «Le Seigneur des anneaux [tome III - Le Retour du Roi]». Краткое содержание книги:
Ce fut d’abord l’amour de son maître qui, à travers cette épreuve, lui permit de rester ferme, mais aussi ce simple bon sens de hobbit qui au fond de lui-même demeurait invaincu : il savait, en son for intérieur, qu’il n’était pas de taille à supporter un tel fardeau, en supposant que ces visions ne fussent pas un simple leurre. Un tout petit jardin, celui d’un jardinier libre, tel était son unique besoin et son seul dû, non un jardin érigé en royaume ; travailler de ses propres mains, et non commander celles des autres.
« Et puis, toutes ces lubies sont qu’un piège, se dit-il. Il m’aurait cerné et soumis avant que j’aie eu même crié. Il aurait vite fait de me cerner si je mettais l’Anneau ici, au Mordor. Eh bien, tout ce que je puis dire, c’est que ça s’annonce aussi mal qu’un gel au printemps. Juste au moment où être invisible serait vraiment utile, je peux pas me servir de l’Anneau ! Et si jamais j’arrive à me sortir d’ici, ce sera qu’un fardeau et un boulet à traîner à chaque pas. Que faire, alors ? »
Il ne doutait pas réellement. Il savait qu’il lui fallait descendre à la porte sans s’attarder plus longtemps. Avec un haussement d’épaules, comme pour secouer l’ombre et chasser les phantasmes, il se mit à descendre lentement. Chaque pas semblait l’amoindrir ; bientôt, il était redevenu un tout petit hobbit effrayé. Il se faufila sous les murs mêmes de la Tour, d’où il put entendre, sans aide extérieure, les cris et le tumulte de la bagarre. À présent, le brouhaha semblait venir de la cour située derrière la muraille.
Sam avait parcouru environ la moitié du chemin quand deux orques sortirent en courant de la porte sombre dans la lueur rouge. Ils ne se dirigeaient pas vers lui. Ils tentaient de rejoindre la grand-route ; mais, trébuchant dans leur course, ils s’affalèrent sur le sol et y restèrent étendus, immobiles. Sam n’avait vu aucune flèche, mais il devinait que les fuyards avaient été abattus par d’autres orques postés aux créneaux, ou cachés dans les ombres de la porte. Il se remit en marche, serrant le mur à sa gauche. Un regard vers le haut lui avait confirmé qu’il n’y avait aucun espoir d’escalade. La maçonnerie s’élevait à trente pieds, sans la moindre fente ou saillie, vers des assises en surplomb formant un escalier inversé. La porte était le seul moyen.
Il continua d’approcher ; ce faisant, il se demanda combien d’orques vivaient dans la tour avec Shagrat, combien étaient avec Gorbag, et quel était le motif de leur dispute, si dispute il y avait. La compagnie de Shagrat lui avait paru totaliser une quarantaine, celle de Gorbag plus du double ; mais évidemment, la patrouille de Shagrat n’était qu’une partie de la garnison. Frodo était presque assurément l’objet de leur querelle, Frodo et le butin. Sam s’arrêta une seconde, car soudain tout lui semblait clair, comme s’il le voyait de ses yeux. La cotte de mailles de mithril ! Frodo la portait, naturellement, et ils ne manqueraient pas de la trouver. Et d’après ce que Sam avait entendu, Gorbag la convoiterait. Mais les ordres de la Tour Sombre étaient désormais la seule protection de Frodo, et si l’on décidait de passer outre, Frodo pouvait être tué à tout moment, sans cérémonies.
« Allons, pauvre fainéant ! s’écria Sam pour lui-même. Il est temps d’agir ! » Il tira Dard et courut vers la porte béante. Mais juste au moment de passer sous sa grande arche, il ressentit un choc : comme s’il s’était heurté à une toile semblable à celle d’Araigne, mais invisible. Il ne voyait aucun obstacle, mais quelque chose lui barrait le chemin, trop fort pour être surmonté par sa volonté. Il regarda autour de lui, et alors, dans l’ombre du portail, il vit les Deux Guetteurs.
On eût dit de grandes formes assises sur des trônes. Chacune avait trois corps joints et trois têtes tournées vers l’extérieur, l’intérieur et le travers du portail. Leurs faces étaient celles de vautours ; et sur leurs épais genoux reposaient des mains pareilles à des serres. Ils semblaient taillés dans d’immenses blocs de pierre, immuables ; et pourtant ils étaient conscients, pétris de malveillance, habités d’un terrible esprit de vigilance. Ils savaient reconnaître un ennemi. Visible ou invisible, nul ne pouvait passer sans être découvert. Ils lui interdiraient l’entrée, comme ils empêcheraient son évasion.
Durcissant sa volonté, Sam s’élança une nouvelle fois, mais il s’arrêta d’un coup sec, chancelant, comme frappé à la poitrine et à la tête. Puis redoublant d’audace – car il ne trouvait rien d’autre à faire –, répondant à une idée soudaine qui lui était venue en tête, il sortit lentement la fiole de Galadriel et la brandit. Sa lumière blanche fusa rapidement, et les ombres s’enfuirent du portail. Les monstrueux Guetteurs furent révélés, froids et immobiles, dans toute leur ignominie. Pendant un instant, Sam vit une lueur étinceler dans les pierres noires des yeux, et leur malveillance le fit trembler ; mais peu à peu, il sentit leur volonté s’effriter et succomber finalement à la peur.
Il les passa en coup de vent, mais comme il le faisait, remettant la fiole sous sa chemise, il sut, aussi sûrement que si une barre d’acier avait claqué, que leur vigilance était revenue. Et de ces hideuses têtes monta un cri aigu et strident qui résonna entre les hauts murs devant lui. Loin au-dessus, tel un signal de réponse, une cloche discordante retentit une fois.
« Bon, bon ! dit Sam. V’là que j’ai sonné à la grande porte ! Eh bien, quelqu’un va venir ? cria-t-il. Dites au capitaine Shagrat que le grand guerrier elfe est en visite, et son épée d’Elfe itou ! »
Il n’y eut pas de réponse. Sam s’avança d’un pas alerte. Dans sa main, Dard luisait d’une flamme bleue. La cour était plongée dans l’ombre, mais il pouvait voir que le pavement était jonché de corps. Tout juste à ses pieds gisaient deux archers orques avec un couteau planté dans le dos. Plus loin se voyaient quantité d’autres formes : seules pour certaines, comme si elles avaient été abattues d’un coup de lame ou par une flèche ; d’autres par paires, encore la main au collet, morts dans l’acte même de poignarder, de mordre, d’étouffer. Les pierres étaient glissantes de sang noir.
Sam remarqua deux livrées, l’une marquée de l’Œil Rouge, l’autre d’une Lune défigurée par un horrible visage de mort ; mais il ne s’arrêta pas pour les examiner. Au fond de la cour, une grande porte était entrouverte au pied de la Tour ; une lueur rouge en sortait, un grand orque gisait mort sur le seuil. Sam entra, sautant par-dessus le cadavre ; puis il scruta les environs d’un œil dérouté.
Un large couloir rempli d’échos ramenait de la porte vers le flanc de la montagne. Il était faiblement éclairé par des torches fixées aux murs, mais au bout, il se perdait dans la pénombre. De nombreuses portes et ouvertures se voyaient de part et d’autre ; mais il était vide, hormis deux ou trois autres corps étalés sur le sol. D’après ce qu’il avait surpris de la conversation des capitaines, Sam savait que, mort ou vivant, Frodo devait se trouver quelque part dans une chambre au sommet de la tourelle tout en haut ; mais il pouvait aussi bien chercher une journée entière avant de trouver le chemin qui y menait.