Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Je ne la crois pas mauvaise.
Un moment plus tard, la comtesse Lipona quittait le palais Palm, emmenant ostensiblement ses amies. A haute et intelligible voix, elle ordonna à son cocher de les conduire au Prater où elles déjeuneraient chez Paperl, le célèbre restaurant en plein air où, dès que revenaient les beaux jours, se retrouvait toute la bonne société viennoise. C’était un endroit agréable. Sous de beaux marronniers, on mangeait sur des tables garnies de naïves nappes à carreaux blancs et rouges les meilleures spécialités autrichiennes servies par de jeunes serveuses en costumes tyroliens. Noblesse et bourgeoisie au coude à coude y vidaient joyeusement force pots de bière en dégustant d’énormes quantités de knôdels[12] que Paperl réussissait mieux que quiconque.
Les trois femmes firent là une halte qui leur parut rafraîchissante après les événements pénibles que deux d’entre elles venaient de vivre.
— Ceci pour vous rappeler, commenta Maria Lipona, que Vienne n’est pas uniquement un coupe-gorge et que l’on peut y connaître encore des moments agréables… même si vous n’y croyez plus, ajouta-t-elle en tapotant doucement la main d’Hortense. J’ai l’impression que vous ne nous aimez plus, Hortense ?
— Ce n’est qu’une impression, Maria. En toute autre circonstance, j’aimerais beaucoup votre ville qui est belle et gaie, mais…
— Mais notre Hortense a grande envie de retrouver sa maison, son fils, son pays enfin. Comment le lui reprocher ? dit Felicia en posant sur son amie son beau regard compréhensif. Tout ce que je peux dire pour vous encourager, Hortense, c’est que je suis certaine que notre séjour tire à sa fin. Ne me demandez pas d’où me vient cette idée, je serais incapable de vous répondre. Et puisque nous allons être séparées quelques jours, buvons à notre prochaine réunion et à la réussite de tous nos projets.
Et elle leva son verre plein de vin de Moselle dont la topaze pâle étincela dans un rayon de soleil qui passait à travers le feuillage.
Hortense sourit et leva son verre, tout son courage revenu. On était bien chez Paperl. Des visages amis vous souriaient d’une table à l’autre, des hommes de connaissance venaient vous saluer, comme au théâtre. Trautheim et Degerfeld vinrent reprocher aux trois jeunes femmes d’être venues déjeuner sans les en avertir car ils auraient aimé les inviter. On entendait rire et plaisanter et les potins voltigeaient dans l’air bleu. On parlait du départ de la Cour pour sa résidence d’été de Schônbrunn, du 60e régiment d’infanterie hongroise, commandé par le comte Gyulai auquel l’empereur venait d’affecter le duc de Reichstadt avec le grade de chef de bataillon. On disait que le prince était « fou de joie » et qu’il avait choisi de vivre entièrement la vie militaire, abandonnant les palais impériaux pour la caserne de l’Alslergasse où on lui avait meublé un petit appartement…
— Ce qui ne va pas vous simplifier les choses, murmura Marmont qui venait de rejoindre les trois amies. Enfermé dans une caserne, le prince ne sera plus guère facile à aborder…
— On en sort, d’une caserne, fit Felicia sur le même ton. Et il y a les manœuvres mais pour l’instant nous avons d’autres chats à fouetter. Des chats pour la capture desquels vous pourriez nous être fort utile. Si nous ne vous avions rencontré, j’allais envoyer chez vous pour vous demander de venir me voir ce soir.
— Serais-je assez heureux pour que vous ayez vraiment besoin de moi ?
— Soyez heureux ! J’ai vraiment besoin de vous…
Leur déjeuner achevé, Felicia, Maria et Hortense firent une assez longue promenade sous les allées ombreuses du Prater puis, rentrant en ville, gagnèrent le palais Lipona, où elles restèrent environ une heure. Après quoi, la voiture de Maria ramena au palais Palm Felicia… et une assez bonne imitation d’Hortense. En fait, il s’agissait de Marika, la femme de chambre de Maria, revêtue des vêtements de Mme de Lauzargues qui, elle, naturellement, restait chez son amie.
L’idée de Felicia était simple : il fallait qu’Hortense disparût assez complètement pour qu’il fût impossible à Butler de la retrouver et, de ce fait, amener l’homme à commettre quelque folie qui le conduirait à sa perte :
La douceur du temps nous permet de laisser les fenêtres ouvertes de façon à lui faciliter la tâche. Je suis persuadée qu’il nous surveille car il ne peut pas en être autrement mais, de cette manière, il ne perdra absolument rien de ce qui se passe ici. Il s’apercevra très vite ainsi de l’absence d’Hortense et, naturellement, il la cherchera. Chez Maria d’abord… où elle ne sera pas. Peut-être dans les hôtels mais il pensera, plus sûrement, que je la cache, que je l’enferme peut-être. Qui peut prédire les idées capables de germer dans un cerveau à ce point dérangé par l’amour ? Et je suis persuadée qu’une belle nuit il tentera de venir voir par lui-même ce qu’il en est. N’oublions pas qu’il est déjà venu. Il trouvera naturel d’essayer encore. Mais il sera attendu. Et traité comme il le mérite.
Hortense avait bien tenté d’apprendre ce que son amie entendait par là. En dépit de ce qu’elle avait eu à souffrir par Butler et du danger permanent qu’il représentait pour ce qui restait de la conjuration, l’idée d’un meurtre tout aussi délibéré que le premier lui faisait horreur. Mais Felicia n’avait rien voulu entendre.
— Cette partie du programme me regarde seule. Et si vous voulez tout savoir, c’est l’une des raisons pour lesquelles je désire que nous nous séparions un temps. Vous êtes de celles qui intercèdent au dernier moment pour les criminels. Moi, j’ai l’âme mieux trempée. Peut-être, d’ailleurs, ne serai-je pas obligée d’en venir là si les choses se passent comme je l’espère. Mais dans le cas contraire… vous essaierez d’imaginer, Hortense, ce qu’il pourrait advenir de vous, de votre existence et de celle… d’un autre, si jamais cet homme parvenait un jour jusqu’à Lauzargues.
Hortense se contenta de baisser la tête parce que, cette idée-là, il y avait longtemps qu’elle l’avait eue pour la première fois. Néanmoins, sa mine navrée fit sourire Felicia :
— Peut-on avoir, à ce point, le goût du martyre ? Rassurez-vous, cœur trop tendre ! Je ferai l’impossible pour éviter d’en venir là. Mais ce sera bien pour vous faire plaisir…
Et elle était partie avec la fausse Hortense, laissant la vraie enveloppée dans une robe un peu grande de Maria Lipona, savourant les joies simples d’une tasse de thé.
Le lendemain, Marika revenait sous son aspect habituel grâce au sac emporté à cet effet, en rapportant, dans le même sac, quelques vêtements de première nécessité pour Hortense. Et, une demi-heure plus tard, Maria faisait monter celle-ci en voiture dans la cour intérieure de son palais, exécutant ponctuellement la seconde partie du plan de Felicia.
— Est-il indiscret de vous demander où vous m’emmenez ? demanda Hortense.
— Nullement indiscret, ma chère enfant ! Je vous emmène dans une petite maison que je possède aux environs immédiats de la ville. C’est un endroit paisible, agreste et où vous devriez vous plaire.
— J’ignorais que vous possédiez une autre maison ici ?
— Je possède également un château en Bohême, mais il est inutile de vous emmener si loin. Quant à cette petite maison, il n’y a pas très longtemps que je l’ai achetée et l’on ignore généralement qu’elle m’appartient. J’y entretiens un couple de serviteurs à toute épreuve et vous verrez qu’elle a son utilité.
Le trajet fut assez court. Franchi le rempart, la voiture atteignit rapidement le village de Grinzing où les guinguettes de dégustation des vins nouveaux, tenues en général par les récoltants, se signalaient par une perche sommée d’un bouquet de branches de sapin. Puis s’engagea dans une petite route serpentant à travers les vignes et montant vers le château de Cobenzl.