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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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Environ à mi-chemin de celui-ci, une grande porte fermière s’ouvrit à l’appel du cocher, découvrant une ancienne maison de vigneron qui dorait au soleil son grand toit brun abritant des murs crémeux et de petites fenêtres fleuries de géraniums. Quelques tilleuls mettaient une ombre fraîche autour de la maison.

— C’est charmant, dit Hortense. Et quel calme si près de la ville !

— Ne vous y fiez pas. Le soir, quand le vent vient du sud, vous entendrez chanter les buveurs des heurigers de Grinzing mais ce n’est pas vraiment désagréable. Tenez, voici Ludwig et Elsa qui s’occupent de la maison, ajouta Maria en désignant le couple, entre deux âges, qui apparaissait de chaque côté de la voiture. Ils vous soigneront comme si vous étiez leur fille… et comme ils soignent déjà mon autre invité…

— Un autre invité ? Est-ce que je ne serai pas seule ici ?

— Non. Il faut que je vous aime beaucoup pour consentir à rompre son isolement, mais je crois que vous vous entendrez…

Dans la vaste salle fraîche dallée de pierre et habillée de boiseries et de faïences dans laquelle Maria Lipona introduisit Hortense, un jeune homme, assis devant un petit secrétaire, était occupé de couvrir une blanche page de sa fine écriture. Vêtu d’un habit gris clair, l’une culotte de casimir blanc et d’une chemise mousseuse, il penchait sur sa tâche un net profil de médaille surmonté de cheveux noirs coupés court dont une mèche retombait sur son front. Mais, à l’entrée des deux femmes, il jeta sa plume, se leva et vint vers elles :

— Qui m’amenez-vous là, ma chère Maria ? dit-il d’une chaude voix de contralto, un peu étonnante chez un homme par sa légère tonalité féminine. Mais Hortense n’écoutait pas. Les yeux arrondis de stupeur, elle contemplait ce visage inconnu et cependant familier, ce visage tellement semblable à celui qu’elle avait admiré cent fois sur un grand portrait placé dans le cabinet de son père : le visage même de l’empereur Napoléon, mais un Napoléon de vingt-cinq ans…

L’impression fut si forte qu’instinctivement elle plia les genoux pour une révérence, mais déjà l’inconnu la retenait avec un éclat de rire.

— Même sous mon aspect habituel, je n’ai jamais eu droit à la révérence, ma chère. Ici et pour tous, je suis le comte Campignano. Et vous-même ?

— La comtesse Hortense de Lauzargues, filleule de l’Empereur et de la reine Hortense dont je vous ai parlé, mon amie, présenta Maria. Elle a, elle aussi, besoin d’un refuge momentané… C’est pourquoi je l’ai amenée ici. Je vous ai dit que son but, et celui de son amie, la princesse Orsini, était le même que le nôtre.

— Eh ! que ne le disiez-vous tout de suite, Maria ! Pas de masque avec vous, ma chère, ajouta l’étrange jeune homme en tendant les deux mains à Hortense. Je suis Napoléone Bacchiochi, comtesse Camerata, revenue à Vienne incognito depuis deux semaines…

— Je l’ai rappelée, expliqua Maria Lipona, en pensant qu’elle serait trop déçue si elle ne participait pas à la restauration de l’Empire.

— En outre, ajouta le faux jeune homme, je connais presque tous ceux que nous pourrons rallier lorsque le roi de Rome rejoindra les rives de la Seine. Nous sommes donc complémentaires et vous êtes la très bien venue. Venez vous asseoir près de moi et dites-moi un peu où en sont les choses. Je n’ai pas vu Maria depuis plus d’une semaine et je me ronge les sangs…

— Je crains que vous les rongiez davantage encore quand vous saurez les nouvelles, Léone, dit Maria. Elles sont loin d’être bonnes car Duchamp a été tué…

Néanmoins, quand la comtesse Lipona redescendit sur Vienne, une heure plus tard, elle emportait un profond sentiment de soulagement car elle redoutait le caractère fantasque de la nièce de Napoléon qui tenait essentiellement à son isolement et dont on ne pouvait jamais prévoir les réactions. Mais tout s’était passé le mieux du monde et elle était désormais certaine que les deux filleules de l’Empereur allaient s’entendre à merveille et travailleraient d’un même cœur à la gloire future de Napoléon II.

Pendant ce temps, au palais Palm, Felicia entreprenait de vivre pratiquement en vitrine et s’apprêtait à passer quelques nuits difficiles. En effet, si elle était certaine que, tôt ou tard, Butler tenterait de s’introduire chez elle, il lui était impossible de deviner à quel moment il apparaîtrait. Par Timour, chargé d’une discrète enquête dans le voisinage, elle apprit que Butler s’était installé dans la maison d’en face sous le nom de M. Le Goff, archéologue attaché à l’ambassade de France. Ce qui n’était pas une bonne nouvelle, car elle laissait supposer que l’homme de Morlaix entretenait vraiment d’excellentes relations avec le maréchal Maison, qui avait dû accepter de couvrir cet avatar aux yeux de la méfiante police impériale. Il vivait là avec un valet, un grand homme blond et solidement bâti, celui-là même sans doute qui avait suivi, tout au long de la route de Paris à Vienne, la voiture des deux jeunes femmes.

Timour se garda bien d’ailleurs d’essayer d’entrer en relations avec cet homme pour tenter d’en savoir plus sur les habitudes de son maître. Il se contenta de se rendre chez le meilleur opticien de la Kârtnerstrasse et d’y faire l’acquisition de la plus forte longue-vue qu’il put trouver. Puis, ainsi armé, il alla prendre position dans l’une des chambres de domestiques, au dernier étage du palais Palm d’où l’on avait un assez joli coup d’œil sur l’appartement habité par Butler.

Il acquit ainsi la certitude que l’homme de Morlaix ne sortait de chez lui que la nuit et que, le reste de la journée, il restait assis dans un fauteuil, l’œil rivé à une lunette marine braquée sur les fenêtres des deux jeunes femmes, mais visiblement de plus en plus nerveux.

Chez Felicia, le même scénario se répétait chaque soir. Après avoir soupé seule et bien en vue, la princesse Orsini restait un moment au salon, jouant de la harpe ou du pianoforte. Puis les domestiques retirés et les lumières éteintes, la jeune femme allait s’installer dans la chambre d’Hortense dont elle laissait la fenêtre entrouverte et s’étendait sur le lit dans l’obscurité. Pendant ce temps, Timour allait ouvrir à Marmont qui, chaque soir, arrivait à la nuit close, entrait par la petite porte, avec l’allure furtive d’un conspirateur ou d’un amoureux et s’installait, après avoir échangé quelques paroles avec Felicia, dans la pièce voisine de celle où elle reposait. Dans sa mansarde, Timour surveillait la maison d’en face.

Quatre nuits de suite, la comédie se renouvela, fatigante, épuisante même pour les nerfs et les corps qui n’avaient guère de repos. Seul Timour, décidément d’une complexion à toute épreuve, semblait supporter allégrement les interminables veilles. Et puis le cinquième soir…

Les domestiques avaient regagné leurs chambres et les lumières des appartements étaient éteintes depuis longtemps. Dans le petit salon éclairé par la lune, Felicia, incapable de dormir, bavardait avec Marmont. Ou plus exactement, lui présentait des excuses car elle commençait à se sentir gênée d’avoir imposé à cet amoureux platonique une corvée qui lui dévorait toutes ses nuits. Mais, apparemment, celui-ci ne voyait pas les choses de la même façon.

— Vous savez bien que, vis-à-vis de l’ambassade de France et de la police autrichienne, il vous faut un témoin digne de foi pour attester l’agression ? D’autre part, ajouta le maréchal en riant, je trouve inespérée cette merveilleuse occasion que vous m’offrez de vous compromettre. Car, ne vous y trompez pas, ma chère princesse, vous risquez d’y laisser votre réputation. Pour peu que cet homme se fasse attendre encore quelques nuits – ce que je souhaite de tout mon cœur – tout Vienne parlera bientôt de nos amours et cette seule idée me transporte de joie. Elle me laisse espérer que…

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