Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
En marchant le long de la rue, Marmont et Duchamp respiraient à ce point le calme et la tranquillité qu’Hortense, rassurée, sourit. Cette aventure insensée se terminait dans des conditions vraiment inespérées ! La voix de Felicia lui parvint venant du salon :
— Rentrez donc, Hortense ! Vous allez prendre froid…
Avec un dernier regard aux deux promeneurs qui s’éloignaient, elle allait obéir quand, soudain, ce fut le drame. Sorti d’une encoignure de porte, une silhouette venait de se jeter sur Duchamp. Il y eut le bref éclair d’une lame puis un cri sourd, le bruit d’une chute. Le gémissement d’Hortense fit écho à celui du blessé.
— Duchamp ! On vient de l’assassiner !…
— Timour ! hurla Felicia, Timour ! Avec nous !
Un instant plus tard, tous trois couraient dans la rue, buttant sur les pavés inégaux qui meurtrissaient les fragiles chaussures de soie des deux femmes. Mais déjà Marmont revenait, portant dans ses bras le corps de son compagnon dont Timour le déchargea aussitôt.
— Que s’est-il passé ? demanda Hortense dont les larmes coulaient sans qu’elle pût les arrêter. Est-il mort ?
— Je n’en sais rien. Je crois qu’il respire encore. Quant à ce qui s’est passé, j’ai vu un homme surgir d’une porte, armé d’un poignard. Il a bondi sur ce malheureux, l’a frappé et s’est enfui en criant : « Tu n’auras plus jamais l’occasion de t’occuper d’elle ! » Je n’ai pas compris et je n’ai pas vu grand-chose de cet homme sinon qu’il avait, je crois, des cheveux roux…
— Ce n’est ni le lieu ni l’heure de causer, gronda Felicia en soutenant Hortense qui manquait de s’évanouir. Rentrons vite à la maison ! Il faut coucher Duchamp, appeler un médecin…
On revint aussi vite que l’on put. Des fenêtres s’étaient ouvertes, des têtes curieuses apparaissaient. On s’interpellait d’une maison à l’autre, mais les habitants de la rue, à moitié endormis, n’avaient pas vu grand-chose. Néanmoins, Felicia poussa un soupir de soulagement quand la porte de l’appartement se referma sur elle et ses amis. Déjà Duchamp reposait sur le canapé qu’il avait quitté si peu de temps auparavant. Marmont et Hortense se penchaient sur lui.
— Un médecin, Timour ! ordonna Felicia. Vite ! Il y en a un dans la rue derrière…
Mais Marmont arrêta le Turc qui s’élançait déjà.
— Ce n’est pas la peine ! Voyez plutôt !…
Une mousse sanglante perlait aux lèvres de Duchamp et les ombres de la mort creusaient déjà son visage. Ses yeux semblaient n’avoir plus de regard, pourtant sa main, se soulevant péniblement, s’accrocha à celle d’Hortense. Ses lèvres remuèrent et comprenant qu’il voulait parler, la jeune femme se pencha davantage. Elle entendit qu’il soufflait :
— Mourir… près de vous !… Le… bonheur…
Alors, elle se pencha encore davantage et, de ses lèvres mouillées de larmes, effleura celles du mourant. Une expression d’infinie béatitude remplaça le rictus de souffrance sur le visage de Duchamp. L’ombre d’un sourire passa sur ses lèvres… Et puis ce fut fini… La main qu’Hortense tenait devint molle et les yeux se fixèrent sur l’éternité.
Un sanglot déchira la gorge de la jeune femme tandis que, doucement, elle essuyait, à l’aide de son mouchoir, le mince filet de sang qui coulait encore. Puis la grande main de Marmont passa entre son visage et celui du colonel et ferma doucement les paupières.
Un instant, il n’y eut plus, dans la jolie pièce claire, que le bruit des sanglots d’Hortense. Tombée à genoux de l’autre côté du canapé, Felicia priait… Puis, on entendit la voix de Marmont, chargée de colère :
— Mourir assassiné au coin d’une rue par un misérable, quelle fin pour un soldat de l’Empereur !
— Nous le vengerons ! murmura Felicia. L’assassin finira bien par tomber dans nos mains.
— Vous savez donc qui il est ?
— L’homme avec qui il s’est battu en duel le soir du bal à la Redoute. Si vous avez aperçu des cheveux rouges, ce ne peut être que lui… Le lâche ! Un coup de couteau contre un coup d’épée !
— Ce soir-là, je ne l’ai pas assez vu pour le reconnaître, mais il se peut que vous ayez raison. C’est abominable, et je comprends votre douleur, mais il y a tout de même une question qu’il faut poser dès maintenant.
— Laquelle ?
— Qu’allons-nous en faire ? dit doucement le maréchal en désignant discrètement le corps inerte.
— Que pouvons-nous faire ? Appeler la police ? Raconter ce que nous avons vu ?…
— Non !
Ce fut un cri, et ce cri, Hortense l’avait poussé. Un cri d’horreur, de protestation :
— La police ? Remettre cet homme merveilleux aux mains de la police ? Et pourquoi donc pas le livrer comme le meurtrier de Metternich ? Est-ce que vous ne comprenez pas qu’on ne peut pas lui faire cela ? Songez à ce qu’elle en fera, la police ?… La fosse commune, pour un soldat de l’Empereur ?
— Il y en a malheureusement beaucoup qui n’ont rien eu d’autre, dit tristement Marmont. Mais j’ai peut-être une idée…
— Laquelle ? Dites vite ? fit Felicia fiévreusement. Que faut-il pour la réaliser ? Que voulez-vous ?
Il la regarda au fond des yeux :
Une pelle, une pioche, votre voiture et quelque chose qui puisse servir de linceul.
Deux heures plus tard, à trois lieues de Vienne, dans la plaine de Wagram, Marmont et Timour creusaient, près de l’orée d’un petit bois, la tombe du colonel Duchamp. On l’y coucha dans la plus belle sortie de bal d’Hortense, un immense manteau de faille rouge qui avait la couleur du ruban de la Légion d’honneur. Puis, doucement, les deux hommes firent retomber la terre, tandis qu’agenouillées sur un talus herbeux, les deux jeunes femmes priaient à haute voix pour le repos de cette âme fière qui n’avait eu dans sa vie que deux amours : son empereur et cette blonde jeune femme qui, tout à l’heure, avait mis entre ses mains un chapelet d’ivoire et un bouquet de violettes.
— Cette terre, dit Marmont quand la tombe fut comblée, a bu le sang de tant de ses frères, de tant de braves comme lui qu’elle est aussi sainte que terre d’église. Et elle doit lui plaire tellement plus !
— Duc de Raguse, murmura Felicia, il vous sera beaucoup pardonné à cause de ce que vous venez de faire.
Le jour n’était plus éloigné quand les deux femmes, épuisées par le chagrin plus que par la fatigue et le cœur transi, regagnèrent leur logis. On avait déposé Marmont chez lui et à présent qu’elles se retrouvaient tête à tête, Felicia et Hortense mesuraient plus cruellement leur solitude. En outre, l’une comme l’autre se sentaient rongées par le remords. Felicia, pour avoir lancé cette fatale idée d’assassiner Metternich sans laquelle rien ne serait arrivé, et Hortense, pour avoir entraîne à sa suite ce misérable Butler qui traînait après lui le malheur et la mort. Aussi, revenues dans leur grand salon jaune, elles restèrent longtemps assises côte à côte sur ce canapé qui avait vu mourir Duchamp, comme deux oiseaux frileux sur une branche. Elles avaient pleuré jusqu’à n’avoir plus de larmes et, à présent, tout se brouillait dans leur tête. Elles se trouvaient devant un grand vide.