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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Avouez tout de même qu’un bon régiment nous donnerait plus de poids, dit Léone Camerata. En tout cas, nous aurions plus de chances d’intéresser mon beau cousin. J’ai appris que, cet hiver, il avait fait son commensal de ce traître de Marmont ? Faut-il qu’il soit démuni…

— Ne dites pas trop de mal de Marmont, intervint Felicia. Nous en avons fait un ami véritable… et un conspirateur très acceptable.

— Vous ne me ferez pas croire à la parfaite loyauté de cet homme. Il doit être amoureux de l’une de vous…

Il était agréable de bavarder ainsi, en prenant un bon repas sous l’ombre fraîche des grands arbres avec toute la ville de Vienne étalée à leurs pieds.

Depuis quelques jours, une lourde chaleur sévissait sur la ville, fermant les volets pour tenir les habitants au frais de leurs maisons et faisant fuir les plus fortunés vers leurs maisons des champs, des bois ou des lacs. Felicia et Hortense refusèrent néanmoins l’invitation que leur adressait Maria de s’attarder à Cobenzl. Elles préféraient rester en ville afin de s’y trouver prêtes à toutes les éventualités. Cela leur permettait aussi de garder un contact plus étroit avec Marmont, que Camerata ne voulait pas voir, mais qui était devenu cependant la meilleure source d’information de Felicia touchant les allées et venues du 60e régiment d’infanterie hongroise et de son jeune commandant.

En rentrant, ce soir-là, elles furent frappées par le calme un peu oppressant des rues où s’attardait une chaleur orageuse. La Schenkenstrasse était à peu près déserte et le palais Palm, où la duchesse de Sagan n’était pas revenue – Wilhelmine s’était installée pour l’été en Bohême dans son manoir de Ratiborsitz, près de Nachod –, ressemblait assez à un mausolée. Mais l’épaisseur des pierres y entretenait une agréable fraîcheur et le silence qui y régnait depuis le départ de la duchesse en faisait un séjour estival somme toute acceptable.

Marmont vint, comme chaque soir, boire un verre de porto – il avait pris cette habitude en Angleterre – et apporter les nouvelles du jour. Des nouvelles singulièrement sinistres qui glacèrent le sang des deux jeunes femmes : une épidémie de choléra venait d’éclater en Pologne et, selon les bruits qui commençaient à courir, le fléau se déplaçait en direction de la Bohême et de l’Autriche. Il serait question, au Ballhausplatz, d’établir un immense cordon sanitaire qui couperait l’Europe depuis la mer du Nord jusqu’à l’Adriatique. De toute façon, si la menace se précisait, il faudrait peut-être quitter Vienne.

— Cette chaleur anormale aide à véhiculer le mal et j’aimerais vous savoir à l’abri…, dit Marmont.

Felicia l’arrêta tout de suite.

— Pas question de partir avant d’en avoir fini avec ce que nous sommes venues faire. Où en sont les choses à l’Alslergasse ?

— Elles ne vont pas au mieux. Le prince se fatigue beaucoup trop. Ce ne sont que marches, contre-marches, manœuvres en tout genre. Le tout sous des uniformes qui ne sont pas faits pour la chaleur et dans lesquels il étouffe. L’archiduchesse Sophie essaie de le faire revenir à Schônbrunn où il aurait plus de fraîcheur mais il s’y refuse.

— Avez-vous essayé de le voir comme je vous l’avais demandé ?

— Bien sûr ! Il m’a reçu un instant, le pied à l’étrier, en s’excusant, d’une voix brisée, de ne pouvoir m’accorder davantage. « Le service avant tout, m’a-t-il dit avec un beau sourire, vous devez comprendre cela, monsieur le maréchal… »

— D’une voix brisée ? Que voulez-vous dire ?

— C’est le terme qui convient. Il est atteint d’une sorte de laryngite due aux commandements hurlés dans un air plein de poussière. Il tousse aussi et si vous voulez tout savoir, je l’ai trouvé pâle…

— On le dit incroyablement heureux de ce commandement minable qu’on lui a donné. Est-ce vrai ?

— Heureux ? je ne crois pas. Pas vraiment. Il cherche peut-être à s’étourdir. Prokesch lui manque…

— Si nous sommes menacés du choléra, cela l’achèvera. Il faut l’emmener le plus vite possible, dit Felicia. Demain, je vais à Schônbrunn et je demande une audience à l’archiduchesse Sophie.

— Est-ce que vous n’êtes pas devenue folle ? fit Marmont, ahuri.

— Pas du tout ! Vous dites qu’elle s’inquiète. Si elle l’aime vraiment… et je le crois – elle nous aidera.

— Mais enfin, Felicia, renchérit Hortense, vous connaissez l’étiquette des palais impériaux. Vous ne pouvez y entrer sans y être invitée.

— Croirait-on que je suis n’importe qui ? A moins que l’archiduchesse ne soit au fond de son lit – et encore ! – je vous dis qu’elle me recevra !

Et naturellement elle y parvint car le palais, impérial ou non, qui refuserait d’admettre la princesse Orsini quand elle avait décidé d’y pénétrer ne s’élevait pas encore sous le soleil. Après avoir subi l’examen d’un rutilant officier de la garde hongroise, doré sur tranches comme un missel, d’un chambellan noir discrètement soutaché d’argent et d’une dame d’honneur en léger taffetas puce – plus une attente de trois bons quarts d’heure ! – Felicia se retrouva en train de trotter derrière ladite dame d’honneur dans l’une des allées du parc.

En dépit de la rancune tenace qu’elle gardait à l’Autriche, Felicia aimait le palais de Schônbrunn. Elle aimait sa longue façade d’un jaune doux qui avait l’élégance d’un Versailles moins imposant et plus familier, elle aimait ses grâces qui évoquaient le siècle de la grande Marie-Thérèse et la joie de vivre de sa nombreuse progéniture, les jeux et les premiers rêves d’une Marie-Antoinette enfant et le charme d’un rondeau de Mozart. C’était une demeure faite pour la paix et la joie que l’on eût souhaitée sans gardes, malgré la splendeur et la gaieté de leurs uniformes. Ils évoquaient la guerre, même si leur faste rappelait le temps de ce que l’on appelait les guerres en dentelle.

Il faisait un temps idéal, point encore trop chaud. La grosse chaleur viendrait plus tard, comme le promettait la brume où s’enveloppait la Gloriette dont la colonnade, surmontée de l’aigle impériale, s’érigeait sur la colline, au bout des jardins d’eaux vives et de parterres fleuris.

En quittant le château, la dame d’honneur prit à gauche, vers le Jardin du Prince héritier ponctué en son centre par une belle fontaine des Naïades que l’on contourna pour se diriger vers la Ruine romaine. C’était un nymphée extrêmement romantique, un bassin chevelu de lys d’eau et de nénuphars qui s’étendait au pied d’une arche romaine artistement ruinée. L’archiduchesse Sophie était là.

Vêtue de mousseline blanche, une large ombrelle assortie ouverte au-dessus de sa tête, Sophie, lente et gracieuse, marchait à petits pas en tenant la main d’un tout petit garçon en robe bleu pâle qu’une gouvernante étayait de l’autre côté. Dans les flèches de lumière qui perçaient la voûte verte des grands arbres, le tableau était charmant. Le bébé, blond et bouclé – il devait avoir à peine un an – gazouillait et riait en agitant ses petits pieds de façon désordonnée et les deux dames riaient avec lui. Mais, en entendant crisser le gravier sous les pas des arrivantes, l’archiduchesse tourna la tête, se baissa vivement pour enlever son fils et le remit à la gouvernante.

— Emmenez François-Joseph et couchez-le, baronne ! Il faut qu’il se repose à présent.

— Aux ordres de Votre Altesse impériale ! Venez, monseigneur !

L’archiduchesse la regarda s’éloigner sous les arbres puis se retourna franchement et, après avoir congédié sa dame d’honneur d’un geste gracieux, elle attendit calmement que Felicia eût achevé sa profonde et parfaite révérence.

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