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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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— Fritz Bauer, c’est son nom ? demanda Felicia.

C’est celui sous lequel on le connaît tout au moins ; nous n’avons pas à en savoir plus. Il y a aussi à Schônbrunn le cuisinier français Jacques Blanchard dont le duc de Reichstadt apprécie beaucoup les petits plats bien de chez nous. Mais je ne sais pas si l’on peut compter sur eux pour autre chose que le renseignement. Peut-être en cas d’action nous aideraient-ils mais discrètement et, de toute façon, sans Duchamp, il ne faut pas trop y compter.

— Si je vous comprends bien, dit Maria Lipona, nous ne sommes plus guère que des femmes pour mener à bien un tel projet ?

— Que des femmes ? protesta Felicia. Je n’aime pas votre phrase, Maria. Pourquoi donc un groupe de femmes ne parviendrait-il pas à faire un aussi bon travail qu’un groupe d’hommes ? Et puis, nous avons avec nous le maréchal Marmont. Il est amoureux de moi et il a envie de revoir la France.

Palmyre eut une petite grimace qui en disait long sur ce qu’elle pensait du duc de Raguse.

— Vous avez peut-être raison, mais je crois que moins nous l’emploierons et mieux ce sera pour tout le monde. Je n’arrive pas à lui faire pleinement confiance en dépit de ce que vous m’avez dit. Mieux vaut ne compter que sur nous-mêmes. Peut-être pourrions-nous essayer de reprendre le plan élaboré par le colonel. Je sais à qui m’adresser pour les relais…

— Le départ du prince sous l’aspect de Mme de Lauzargues ? fit Maria Lipona.

— Mais oui, bien sûr. Je sais qu’il y a une difficulté puisque… c’est avec Duchamp que votre amie devait revenir en France. Mais cela aussi peut s’arranger…

— Je ne vois pas comment ?

— C’est simple pourtant. C’est moi qui la ramènerai sous le nom d’une de mes ouvrières. Une Française qui est venue avec moi et qui a disparu avec un riche Hongrois en oubliant son passeport…

— Vous partiriez, vous aussi ? Mais, votre commerce…

— … m’a déjà fait gagner beaucoup d’argent, dit Palmyre avec un petit sourire triste. Mais je ne voulais plus rester ici… sans lui. Et puis devenir peut-être fournisseur d’une jeune cour impériale française, ce serait tellement plus exaltant qu’habiller une vieille cour impériale autrichienne.

Silencieusement, Felicia vint embrasser la petite marchande de modes puis se détourna. Il fallait partir. D’ailleurs, la tête d’une vendeuse venait d’apparaître dans l’entrebâillement de la porte : on avait absolument besoin de Mlle Palmyre pour Mme la comtesse Schônborn aux prises avec une très grave difficulté : devait-elle charger son prochain chapeau de touffes de roses rouges ou de grappes de lilas blanc ? Felicia et Maria Lipona repassèrent dans le magasin en discutant joyeusement mousseline de l’Inde et jaconas fleuri.

Pendant ce temps, Hortense avait choisi de se rendre à la cathédrale Saint-Étienne. Elle voulait faire dire des messes pour le repos de l’âme de Duchamp et aussi prier. Cette mort la plongeait dans un trouble profond et elle se la reprochait aussi sévèrement que si elle eût elle-même manié le couteau meurtrier. Felicia avait beau lui répéter que l’on n’est pas responsable des amours que l’on suscite, elle jugeait sans indulgence désormais ses coquetteries de l’an passé, des coquetteries que cependant l’on avait exigées d’elle dans le but d’obtenir une aide pour l’évasion de Gianfranco Orsini, des coquetteries que Duchamp lui-même lui avait, par ordre et à son cœur défendant, conseillées, indiquées. A présent, ces machinations qu’Hortense avait crues innocentes venaient de trouver, après avoir mené Felicia en prison et elle-même au déshonneur, leur point culminant dans le sang du colonel. Et Hortense avait grand besoin du secours de Dieu pour trouver le courage de continuer à vivre cette aventure insensée car, n’eût-elle écouté que sa panique, elle se fût enfuie dès ce matin en direction de la France. Mais, revenir au pays, c’était immanquablement y ramener Butler, Butler devenu fou sans doute, Butler que rien n’arrêterait et qui, parvenu jusqu’à Combert, continuerait sans doute à détruire, à tuer jusqu’à ce qu’il n’y eût plus autour d’Hortense que lui-même et son amour insensé.

Une messe se préparait quand la jeune femme pénétra sous la voûte obscure de la cathédrale, imparfaitement éclairée par la lumière diffuse des vitraux anciens, mais les brassées de cierges qui brûlaient devant différentes statues de saints y suppléaient suffisamment pour que l’on pût se diriger. Hortense se fit entendre en confession puis suivit l’office qui se déroulait dans ce que l’on appelait le chœur de la Passion, c’est-à-dire le bas-côté droit. C’était une messe basse à laquelle assistaient surtout des femmes âgées agenouillées devant l’autel dominé par un grand retable de bois peint et doré, datant du XVe siècle et qui représentait la douloureuse voie du Christ.

La douceur des ors et des couleurs dans la chaude lumière des cierges donnait à cette chapelle un ton d’intimité auquel Hortense fut sensible. Elle se trouva bien, pria avec une ardeur qu’elle n’avait guère retrouvée depuis que, dans la petite chapelle vouée à saint Christophe, à Lauzargues, elle priait pour que Dieu prît en pitié son amour difficile. Et ce fut avec un grand bonheur qu’à l’instant de la communion elle reçut l’hostie des mains d’un vieux prêtre. Tandis qu’elle priait pour l’âme de son ami et pour tous ceux qu’elle aimait, Hortense sentait que son cœur s’allégeait, se purifiait… Et puis, brusquement, ce fut à nouveau l’horreur.

Elle avait eu vaguement conscience, depuis quelques instants, d’une présence auprès d’elle mais, emportée par sa prière, elle n y avait pas prêté attention. Ce fut quand elle entendit, chuchoté d’une voix pressante : « Il faut que je vous parle ! Je vous en supplie, écoutez-moi… » qu’elle comprit. Butler l’avait suivie et à présent il était là, à ses côtés.

Comme si elle avait aperçu un serpent, Hortense se leva, voulut s’écarter, mais il la retint :

— Vous ne pouvez pas refuser de m’entendre. Ici, vous devriez être rassurée : vous ne risquez rien…

Hortense jeta un rapide regard aux quelques personnes qui se trouvaient autour d’eux. La messe s’achevait. Bientôt le chœur allait se vider et la proximité de cet homme lui donnait la nausée.

— Si vous avez quelque chose à dire, dites-le vite, fit-elle avec rudesse. Je vous accorde deux minutes, pas une de plus ! ajouta-t-elle en jetant un regard à la petite montre pendue à sa ceinture. C’est plus que vous ne méritez !

— Vous me détestez tellement ? Vous me haïssez à ce point…

— Je viens de communier. Je n’ai plus droit à la haine. Mais je ne veux plus vous voir, jamais ! Après ce que vous avez fait…

— Il faut me comprendre. Quand j’ai vu cet homme entrer chez vous, quand j’ai deviné les soins dont vous alliez l’entourer, j’ai senti une effroyable jalousie me mordre au cœur. Je vous l’ai dit : je ne peux pas supporter qu’un autre vous aime et coure la chance d’être un jour aimé. Quand vous regardez un autre homme, il me semble qu’on me vole quelque chose…

— Vous êtes complètement fou, je crois…

— C’est vrai : je suis fou. Fou d’amour pour vous, fou de vous… la seule idée de ne plus vivre auprès de vous, dans votre orbite, me fait voir rouge. Je voudrais tant retrouver les heures si douces que nous avons vécues ensemble, à Morlaix !…

— Vous avez tout fait pour rendre ce retour impossible à jamais…

— Au moins, laissez-moi être votre ami…

— Vous voilà devenu bien modeste dans vos exigences ? Mais vous avez tué celui qui était pour moi un ami cher et vous n’imaginez tout de même pas que je vais vous offrir sa place ?

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