Felicia au soleil couchant
- Автор: Бенцони Жюльетта
- Серия: Волки Лозарга #3
- Язык: французский
- Жанр: Исторические любовные романы
Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:
Аннотация
Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
— Nous ferions mieux d’aller dormir, soupira Felicia quand l’aube vint grisailler les fenêtres derrière les grands rideaux dorés. Ou tout au moins essayer. Demain, il faudra prévenir Maria Lipona… et cette pauvre Palmyre. Je crois qu’elle l’aimait plus qu’elle ne voulait l’admettre.
— Qu’allons-nous faire maintenant qu’il n’est plus là ? chuchota Hortense comme si quelqu’un avait pu l’entendre.
— Je ne sais pas… Je ne sais plus ! Pour la première fois de ma vie, la tête me tourne… Allons nous reposer. Nous en avons besoin.
Néanmoins, elles ne parvenaient pas à se séparer. Elles se retrouvaient aussi désespérées que des fillettes qui ont peur dans le noir, peur de la solitude et des images affreuses de cette nuit terrible.
— Venez dormir chez moi, Felicia, demanda Hortense dont la voix tremblait. Je ne pourrais pas rester seule en ce moment…
— J’allais vous le proposer…
— Mais, comme elles entraient dans la chambre d’Hortense, elles virent, toutes deux en même temps, que la fenêtre était grande ouverte et que, sur la table de chevet où brûlait une veilleuse, un papier blanc était déposé. Hortense le prit d’une main mal assurée, mais ce fut Felicia qui le lut. Il ne contenait que quelques lignes.
« Je l’ai vu tirer. J’aurais pu le dénoncer, j’ai préféré le tuer, comme je tuerai tous ceux qui oseront vous aimer… »
Le billet glissa des doigts de Felicia et voltigea doucement dans le vent léger qui venait de la fenêtre jusqu’à une rose du tapis. Dans le lointain, un coq chanta, un chien aboya. Puis ce furent les oiseaux qui, en trilles joyeux, en pizzicati de cristal, se mirent à chanter leur joie de vivre dans la lumière du printemps. Le contraste était poignant entre la douceur de ce matin qui promettait un jour de soleil et les ténèbres sanglantes de la nuit qui s’achevait…
— Ou bien cet homme est complètement fou, articula lentement Felicia, ou bien il est le diable ! Mais qu’il soit l’un ou l’autre, il faut le trouver.
— Et quand nous l’aurons trouvé, dit Hortense avec une immense lassitude, qu’en ferons-nous ? Sincèrement Felicia, je ne me vois pas abattre un homme de sang-froid, si coupable soit-il.
La Romaine disparut un instant puis revint portant un coffret d’acajou incrusté d’argent dont elle tira une paire de pistolet de duel qu’elle entreprit de vérifier et de charger.
— Voilà des délicatesses hors de saison ! Perdez-vous l’esprit ? Pour moi, je vous jure que s’il me tombe entre les mains, je l’abattrai aussi froidement que s’il s’agissait d’un animal enragé.
Elle referma la fenêtre, puis s’installa dans un fauteuil.
— A présent, couchez-vous et tâchez de dormir ! Tout à l’heure et sous le premier prétexte venu, nous changerons de chambre, vous et moi. Si cet homme a osé s’introduire ici, il peut l’oser encore. Mais s’il revient, il trouvera à qui parler. Quant à Timour, il s’installera dans le cabinet voisin…
CHAPITRE X
UN AMOUR FOU…
Palmyre pleurait. Son joli visage rond enfoui dans un fichu d’organdi – la première chose qui lui était tombée sous la main – elle sanglotait doucement, sans faire le moindre bruit. Seul le mouvement de ses épaules la trahissait.
Désorientées par une douleur qu’elles n’imaginaient pas si vive, Felicia et Maria Lipona se taisaient, ne sachant que dire. Elles soupçonnaient bien que Palmyre était attachée à Duchamp, mais elles n’avaient jamais pensé que ces liens fussent si tendres et si serrés.
— J’ai tout fait pour l’empêcher de s’attaquer à Metternich, balbutia-t-elle enfin. C’était de la folie et plus encore d’imaginer qu’il pourrait ensuite échapper à la police…
— Pourtant, il y avait bel et bien échappé, dit Felicia. Il quittait tranquillement notre domicile en compagnie du maréchal Marmont quand il a été attaqué…
— Je sais mais je ne peux m’empêcher de penser que les deux faits sont liés…
— Pas vraiment. L’homme qui l’a tué est un fou, un homme qui lui en voulait depuis longtemps, qui le poursuivait d’une haine aveugle…, mentit calmement la comtesse Lipona. Elle et Felicia s’étaient mises d’accord pour laisser Hortense en dehors de l’histoire telle qu’elles voulaient la raconter à la jeune couturière. Il était inutile d’aggraver de jalousie un si grand chagrin.
— Après tout, peut-être avez-vous raison. Je ne savais pas grand-chose du colonel, sinon ce qu’il avait bien voulu me dire. Mais ce dont je suis vraiment sûre, c’est qu’il était l’homme le meilleur et le plus vaillant qui soit au monde… et que je l’aimais.
— Et lui, murmura Felicia, vous aimait-il ?
— Je me contentais de ce qu’il voulait bien me donner, dit Palmyre avec une grande dignité.
A présent, elle dominait sa douleur, se levait, rejetait le morceau d’organdi blanc et faisait quelques pas dans son arrière-boutique, une jolie pièce lambrissée de bois peint d’une belle couleur verte relevée de filets d’or qui rendait pleine justice au charmant fouillis de soieries multicolores, de dentelles, de plumes et de fleurs qui encombrait la pièce. Elle trouva enfin son mouchoir, essuya ses yeux et posa sur ses deux visiteuses un regard plein de douceur, mais aussi de résolution :
— Il faudra me mener à Wagram ! Vous avez bien fait de le mettre là. Il y sera chez lui. A présent… il ne nous reste plus qu’à accomplir sa tâche. Pas tuer Metternich, bien sûr… mais faire évader le prince…
Ce fut dit calmement, tranquillement, comme si l’évasion d’un prisonnier impérial était une chose toute simple. Maria Lipona détourna la tête et s’intéressa tout à coup à une pièce de jaconas fleuri à demi déroulée sur une commode.
— Croyez-vous réellement que nous puissions espérer y parvenir sans le colonel ? Il était la cheville ouvrière de toute l’affaire. Pour ma part, en dehors de vous et de Pasquini, je ne connais personne. Qui sont ceux qui, à la Hofburg ou à Schônbrunn, le renseignaient ?
— Moi, je le sais, dit Palmyre. La difficulté va être de recevoir leurs renseignements. On va s’apercevoir très vite, dans le quartier, de la disparition de Duchamp parce que la salle d’armes va rester vide. Bientôt la police s’y intéressera. C’est là qu’est le problème…
— Si vous connaissez ces gens et surtout s’ils vous connaissent, je ne vois pas où est le problème. Il faut seulement les prévenir très vite de ce qui vient de se passer afin qu’ils n’envoient plus leurs renseignements à la salle d’armes mais ici…
— Ce sera plus difficile. Les hommes ont d’excellentes raisons de fréquenter une salle d’armes et plus encore un café. Le colonel avait ses habitudes au café Corti. Il allait y lire son journal chaque jour et il était facile de venir lui parler. Comment voulez-vous que nous en fassions autant ? Pour ce qui est de prévenir, j’y arriverai : je dois livrer aujourd’hui à l’impératrice Carolina-Augusta un canezou[11] de dentelle de Venise et un bonnet assorti. Au lieu de l’envoyer, je ferai la livraison moi-même et je m’arrangerai pour glisser un mot à Fritz Bauer qui occupe à la Hofburg un poste de valet de pied.