Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— C’est à toi précisément de répondre à cette question, Goov. Tu es le servant de Mog-ur, dis-nous ce que tu en penses, répliqua Crug.
— Je ne pourrai répondre qu’après avoir longuement médité et consulté les esprits.
— Tu parles déjà comme un mog-ur, Goov, ironisa Broud. Jamais de réponse directe.
— Eh bien, dis-nous donc ce que tu en penses toi-même, Broud, rétorqua le servant. Qui tue ces animaux ?
— Je ne suis pas mog-ur ni destiné à le devenir, ce n’est pas à moi qu’il faut poser la question.
Ayla, qui vaquait à ses occupations non loin de là, eut du mal à réprimer un sourire.
— Je n’ai pas encore de réponse à te donner, Broud, dit Mog-ur qui s’était approché sans bruit. Il va falloir que je médite. Mais je puis dire déjà que cela n’est pas la manière habituelle des esprits.
Les esprits, se dit Mog-ur, peuvent provoquer des chaleurs torrides ou des froids glacials, susciter des pluies torrentielles ou encore éloigner les troupeaux, engendrer les maladies ou déclencher le tonnerre, les éclairs ou les tremblements de terre, mais ils n’ont pas coutume de faire périr des animaux isolés. Ce mystère sent la main de l’homme. Mog-ur fut arraché à ses pensées par Ayla qui se dirigeait vers la caverne. Comme elle a changé, songea-t-il en la suivant des yeux. Il nota le regard que Broud aussi posait sur elle, un regard chargé d’une haine froide. Le jeune homme avait également remarqué la différence. Peut-être est-ce sa nature étrangère, sa façon de marcher, différente de la nôtre, se dit le sorcier, mais dans un coin de son esprit, il sentait que la réponse était ailleurs.
Oui, Ayla avait changé. A mesure que se développaient ses talents de chasseresse, elle acquérait une assurance et une grâce inusitées parmi les femmes du clan. Elle possédait désormais la démarche silencieuse du traqueur, le contrôle parfait de son jeune corps musclé, une confiance absolue en ses réflexes et un regard lointain qui se voilait légèrement quand Broud se mettait à la harceler, comme si elle ne le voyait pas vraiment. Elle obéissait toujours aussi rapidement à ses ordres, mais Broud ne percevait plus dans ses réactions le réflexe de peur qu’il y cherchait, en dépit de la sévérité de ses corrections.
Broud ne comprenait pas ce qui se passait. Chaque fois qu’il s’efforçait de s’imposer à elle, c’est elle qui lui faisait sentir son infériorité. Exaspéré et dépité, plus il la harcelait, moins il la tenait en son pouvoir. Il la haïssait toujours, mais petit à petit il s’aperçut qu’il cessait de la tourmenter et se prenait à l’éviter, n’usant que très rarement de ses prérogatives. Sa haine atteignit son paroxysme vers la fin de la saison. Je la briserai un jour, se promit-il.
13
L’hiver survint et, avec lui, le ralentissement des activités coutumières.
La vie suivait son cours, paisiblement. Ayla n’était pas mécontente de l’arrivée du froid qui lui permettrait de reprendre auprès de la guérisseuse son apprentissage interrompu par la belle saison. A peu de choses près, cet hiver se déroula semblable au précédent et céda à son tour la place à un printemps tardif et humide.
La fonte des neiges, jointe à des pluies torrentielles, transforma la rivière en un impétueux torrent débordant de son lit, entraînant des arbres entiers et des buissons sur son passage. Une vague de chaleur qui favorisa l’éclosion de timides bourgeons se trouva brutalement interrompue par des tempêtes de grêle qui ravagèrent les fleurs fragiles des arbres fruitiers, anéantissant tous les espoirs d’une récolte estivale. Puis, comme si la nature, ayant soudain changé d’avis, désirait suppléer à l’absence de fruits, l’été fournit une profusion de légumes, de racines et de courges.
Il tardait au clan de se rendre comme chaque printemps au bord de la mer pour y pêcher le saumon, et grande fut la joie de chacun le jour où Brun annonça qu’ils iraient bientôt à la pêche à l’esturgeon et à la morue. Si certains chasseurs parcouraient fréquemment la distance qui les séparait de la mer intérieure pour y ramasser des coquillages et les œufs des milliers d’oiseaux nichant dans les falaises, la pêche au gros poisson était une des activités du clan qui exigeait la présence des hommes et des femmes.
Droog se réjouissait particulièrement de cette expédition. Les fortes pluies printanières avaient détaché de nombreux fragments de silex des sédiments calcaires, les charriant en aval du cours d’eau. Cette sortie serait une excellente occasion de renouveler le matériel nécessaire à la fabrication des outils. Il était en effet plus commode de tailler sur place que de rapporter à la caverne de lourds morceaux de roche. Droog n’avait pas travaillé pour le clan depuis un certain temps. Les hommes avaient dû se contenter d’outils plus grossiers fabriqués par eux-mêmes, lorsqu’ils avaient cassé ceux taillés de main experte par Droog.
Une humeur allègre régna pendant les divers préparatifs. Il était rare pour le clan de quitter la caverne au complet et la perspective de dormir au bord de l’eau enchantait tout le monde et plus spécialement les enfants. Pendant leur séjour, Brun enverrait chaque jour deux hommes à la caverne pour entretenir le feu afin d’éloigner d’éventuels prédateurs. Creb lui-même était heureux de s’absenter un peu de son foyer, dont il ne s’éloignait presque jamais.
Les femmes s’appliquèrent à réparer les filets ; elles consolidèrent les zones les plus fragiles avec des cordelettes provenant de tiges ou d’écorces fibreuses, d’herbes résistantes, et de longs poils d’animaux. Bien qu’extrêmement solides, les nerfs et les tendons n’étaient pas utilisés car ils durcissaient beaucoup trop au contact de l’eau et se montraient peu perméables à la graisse destinée à les assouplir.
Au début de l’été, l’imposant esturgeon désertait, au moment du frai, les eaux tièdes de la mer pour la fraîcheur des rivières. Quoique ressemblant fort au requin, il se nourrissait exclusivement d’invertébrés et de petits poissons en raison de son absence de dents. Quant à la morue, plus petite, dont le poids moyen avoisinait les douze kilos, bien que certains spécimens puissent atteindre cinquante kilos et plus, elle gagnait les hauts-fonds tous les étés, en direction du nord, et remontait à la surface pour y chercher sa nourriture.
Durant les deux semaines que durait le frai, les embouchures des rivières regorgeaient d’esturgeons. Moins impressionnants par leur taille que les spécimens remontant les grands fleuves, ceux-ci ne se laissaient pourtant pas prendre facilement. A l’approche des migrations, Brun envoya tous les jours un homme observer la côte. Et, dès que le premier gros esturgeon fut aperçu à l’embouchure de la rivière, il fixa le départ pour le lendemain matin.
Ayla se réveilla ce jour-là en proie à la plus vive excitation. Elle avait déjà préparé toutes ses affaires, fait un paquet de sa fourrure, rangé dans son panier de la nourriture et quelques ustensiles de cuisine, et plié par-dessus le tout une grande peau de bête qui servirait à les abriter. Iza, qui ne se déplaçait jamais sans son sac de guérisseuse, était encore en train d’en vérifier le contenu quand Ayla sortit de la caverne pour voir si tout le monde était prêt.
— Dépêche-toi, Iza, lui cria-t-elle en revenant auprès d’elle en courant. On part bientôt.
— Du calme, petite. La mer nous attendra, répliqua Iza en serrant le cordon de sa sacoche en peau de loutre.
Ayla hissa le panier sur son dos et prit Uba dans ses bras. Iza la suivit tout en jetant un dernier regard derrière elle pour s’assurer qu’elle n’avait rien oublié, comme elle en avait la fâcheuse habitude. Oh, Ayla pourra toujours revenir, si jamais il me manque quelque chose, se dit-elle. Tout le monde était déjà dehors, et quand Iza eut pris sa place dans le rang, Brun donna le signal du départ. Ils avaient à peine parcouru une centaine de mètres qu’Uba s’agita dans les bras d’Ayla pour descendre.