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Le clan de l'ours des cavernes

Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:

Il y a 35.000 ans, la terre se réchauffe lentement, alors que l’homme se dégage peu à peu de la bête, maîtrise l’outil et le feu. Une fillette de 5 ans, nommée Ayla, échappe à un tremblement de terre. Elle se réfugie auprès d’un clan étranger qui l’adopte.
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Seule Ayla, depuis son arrivée au clan, se passionnait pour son travail et semblait adroite de ses mains. Les femmes étaient libres de fabriquer des outils, tant qu’ils n’étaient pas destinés à devenir une arme. Il n’y avait donc pas un grand intérêt à former une fille, qui ne pourrait jamais exercer son habileté dans tous les domaines de la taille, mais elle avait déjà taillé quelques pierres avec adresse, et une élève-fille était mieux que pas d’élève du tout.

L’artisan ouvrit son baluchon et étendit la peau renfermant ses instruments. Il décida de donner à Ayla quelques notions utiles en matière de pierres, et il en prit une qu’il avait écartée la veille. De longues années d’expérience, de tâtonnements, avaient amené Droog à la conclusion que seul le silex possédait l’ensemble des qualités indispensables à la fabrication de bons outils.

Ayla écoutait attentivement ses explications. D’abord une pierre devait être suffisamment dure pour gratter, couper ou fendre une grande variété de matières végétales ou animales. Nombre des minéraux siliceux de la famille des quartz possédaient la dureté nécessaire mais le silex avait une qualité qui manquait à la plupart d’entre eux, ainsi qu’à d’autres pierres. Le silex se brisait aisément sous une pression ou un choc. Ayla tressaillit tandis que Droog, en matière de démonstration, frappait la pierre défectueuse contre une autre, la brisant en deux morceaux et révélant un matériau de différente nature au cœur du silex d’un gris foncé et brillant.

En outre, le silex devait posséder une troisième qualité que Droog avait le plus grand mal à définir, bien que son long apprentissage lui ait appris à la reconnaître, et qui tenait à la façon particulière dont il se cassait et à son homogénéité.

La plupart des minéraux se brisaient en suivant la ligne de leur structure cristalline, et ne pouvaient donc se tailler que dans une direction bien précise, ne laissant au tailleur de pierre qu’un nombre restreint de possibilités. Lorsqu’il en trouvait, Droog se servait d’obsidienne, cette roche volcanique noire moins dure que la plupart des autres minéraux et dépourvue de structure nettement définie, qui se taillait dans n’importe quel sens.

La structure cristalline du silex était si dense, son homogénéité telle qu’elle laissait au tailleur la possibilité de le façonner à sa guise, la seule limitation résidant dans l’habileté de l’artisan, et c’était précisément là qu’intervenait tout le talent de Droog. Le silex n’en restait pas moins assez dur pour sectionner nettement les tiges végétales les plus fibreuses et les plus résistantes, et il était assez cassable pour se briser en laissant un profil de coupe plus tranchant que le couteau le plus affûté. Droog prit l’un des morceaux du silex défectueux et en montra le bord à Ayla. Elle n’avait pas besoin d’y poser le doigt pour mesurer la finesse de la brisure.

Droog se prit à penser à ses années d’expérience, tandis qu’il laissait choir à ses pieds le morceau de silex et étalait sa peau sur ses genoux. Pour commencer, un bon tailleur de pierre devait savoir choisir ses matériaux, avoir l’œil pour distinguer les variations de couleur de la gangue de calcaire recouvrant un silex au grain fin. Il fallait du temps pour développer l’intuition que tel nodule à tel endroit était de meilleure qualité, moins sujet à des inclusions de matières étrangères.

Le voyant disposer ses outils, examiner soigneusement ses pierres puis fermer les yeux en tenant son amulette, Ayla crut que Droog l’avait oubliée. Elle fut d’autant plus surprise quand il se mit à parler par gestes.

— Les outils que je vais faire sont d’une extrême importance ; Brun a décidé que nous irions à la chasse au mammouth. Dès l’automne, nous partirons en direction du nord à la recherche du troupeau. Je vais fabriquer des outils qui me serviront à tailler les armes spécialement réservées à cette chasse. Mog-ur va préparer un charme puissant pour que les esprits nous portent assistance. Mais si je ne rencontre aucune difficulté, ce sera un bon présage.

Ayla ne savait pas très bien si Droog s’adressait à elle, ou s’il se parlait à lui-même. Elle savait seulement qu’elle devait se tenir tranquille et ne rien faire qui pût le distraire, et elle s’était presque attendue à ce qu’il lui ordonne de partir, maintenant qu’elle savait toute l’importance des outils qu’il s’apprêtait à façonner.

En revanche, elle ignorait que Droog, depuis le jour où elle avait découvert la caverne, était persuadé qu’elle portait chance, conviction qui s’était affermie avec le sauvetage de la petite Ona, et c’est pourquoi il acceptait de la garder auprès de lui en travaillant. Il ignorait si elle-même était chanceuse, mais sa présence à ses côtés dans cette circonstance particulière lui semblait propice et, quand il la vit porter la main à son amulette en le voyant prendre le premier nodule, il fut certain qu’elle dispenserait la chance de son puissant totem sur le travail délicat qu’il allait accomplir.

Droog était assis par terre, sa peau sur les genoux, un rognon de silex dans la main gauche. Puis il choisit une pierre de forme ovale qu’il soupesa un long moment pour l’avoir bien en main. Il avait mis longtemps à trouver ce percuteur dont les nombreuses entailles attestaient l’ancienneté. Il fit délicatement sauter la gangue de craie qui recouvrait le silex. L’artisan s’arrêta un instant pour examiner la pierre d’un œil critique. La texture était parfaite, la couleur convenable et il n’y avait pas d’inclusions. Il entreprit alors de dégrossir la masse à l’aide d’un coup-de-poing. Des éclats tranchants et épais volaient à chaque coup, creusant une profonde dépression dans le cœur de la pierre.

Enfin, Droog posa son percuteur pour prendre un morceau d’os avec lequel il affûta délicatement le bord acéré du silex. Son instrument, plus souple, lui permit d’enlever des éclats beaucoup plus longs et fins que le marteau de pierre, sans risquer d’émousser l’arête tranchante du futur outil.

Quelques instants plus tard, Droog brandissait son œuvre achevée. C’était un outil relativement mince, long d’une quinzaine de centimètres, acéré, pointu à son extrémité, dont les deux faces auraient été parfaitement lisses sans les légères dépressions laissées par les éclats. On pouvait s’en servir pour couper du bois, ou pour évider une défense de mammouth, pour briser les os des animaux dépecés et dans toutes les circonstances nécessitant l’usage d’un instrument tranchant.

C’était un outil fort ancien, et les ancêtres de Droog en avaient façonné de semblables pendant des millénaires. Un outil de base, simple, toujours utile. Mais la fabrication de ce coup-de-poing n’était pour Droog qu’un exercice de mise en train, une façon de se faire la main. Il porta son attention sur un autre rognon de silex qu’il avait choisi pour la finesse de son grain, et qui nécessiterait une technique plus évoluée, plus difficile.

Droog se sentait à présent détendu et prêt pour la taille suivante. Il prit l’os de pied de mammouth qui lui servait d’enclume et le serra entre ses jambes, puis il y déposa la pierre qu’il tint fermement. S’emparant de son percuteur, il dégagea avec précaution la gangue de calcaire en veillant à ce que le rognon de silex garde sa forme ovoïde, grossièrement aplatie. Il le tourna sur le côté et, avec l’aide du morceau d’os, travailla le silex des bords vers le centre jusqu’à ce que le gros œuf de pierre présente une extrémité supérieure plate et ovale.

Droog marqua alors un temps d’arrêt, porta la main à son amulette et ferma les yeux. Ce qui venait ensuite exigeait autant d’adresse que de chance. Il étendit les bras, fit jouer ses doigts et reprit le morceau d’os dont il se servait comme d’un marteau. Ayla retint son souffle.

Droog devait préparer un plan de frappe – une surface plane – en faisant sauter un petit éclat de pierre du bloc de silex. Cette plateforme de percussion était nécessaire pour détacher proprement un éclat aux bords acérés. Il examina les deux extrémités de la surface ovale, en choisit une et, affermissant sa prise, il frappa un coup sec. Droog maintint le nucleus[8] sur l’enclume et, évaluant la distance et le point d’impact, frappa l’entaille qu’il avait faite avec le percuteur en os. Une lame parfaite sauta. Longue, ovale, avec des bords tranchants, aplatie sur une face, lisse et renflée sur l’autre.

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Préhist. Bloc de roche dure dont on a extrait des éclats ou des lames pour la fabrication d’outils. (NScan)

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