Le clan de l'ours des cavernes
- Автор: Ауэл Джин М.
- Серия: Les enfants de la Terre #1
- Год: 2002
- Язык: французский
- Год: J'ai Lu
- ISBN: 2-258-05932-1
- Переводчик: Philippe Rouard
- Жанр: Исторические приключения
Электронная книга - «Le clan de l'ours des cavernes». Краткое содержание книги:
— Ayla, dit Aga d’un ton hésitant, je voulais te dire quelque chose. Je n’ai pas toujours été gentille avec toi...
— Mais non, Aga, l’interrompit Ayla. Tu t’es toujours montrée très courtoise envers moi.
— Ce n’est pas la même chose que d’être gentille, dit Aga. J’en ai parlé à Droog. Tu sais qu’il adore Ona, ma fille, bien qu’elle ne soit pas née chez lui, car il n’y a jamais eu d’enfant dans son foyer. Il m’a dit que désormais une partie de l’esprit d’Ona t’appartenait à tout jamais. Quand un chasseur sauve la vie d’un autre chasseur, il emporte avec lui un peu de son esprit. Ils deviennent frères en quelque sorte. Je suis heureuse que tu partages l’esprit d’Ona, Ayla, et qu’elle soit encore là pour le partager avec toi. Si j’ai la chance d’avoir un autre enfant, et que ce soit une fille, Droog a fait la promesse de l’appeler Ayla. Ayla était stupéfaite.
— Mais c’est un trop grand honneur, Aga. Ayla n’est pas un nom du clan.
— Il l’est maintenant, répondit Aga.
La femme se leva et, après avoir appelé Ona, se dirigea vers son foyer.
— Je m’en vais, dit-elle en se retournant.
C’était, pour les membres du clan, la manière habituelle de se dire au revoir. Plus couramment, ils se contentaient de partir sans cérémonie. Ils ne possédaient en outre aucun terme pour dire « merci ». La gratitude ne leur était pas étrangère mais elle était chargée d’un sentiment d’obligation, généralement dû par une personne d’un rang inférieur envers une autre à la position plus élevée. Ils s’entraidaient néanmoins volontiers, ainsi que le voulaient leurs traditions et les nécessités de leur survie. Tout présent, toute faveur exigeait une réciproque de valeur égale, et cela par entente tacite, sans démonstration de remerciements. Aussi longtemps qu’Ona vivrait, elle serait redevable envers Ayla, à moins que l’occasion se présente à elle de lui sauver à son tour la vie et de s’assurer ainsi une partie de son esprit. L’offre d’Aga ne représentait pas le paiement de son obligation envers elle, mais plus que cela, c’était sa manière à elle de lui dire merci.
Aba se leva peu après le départ de sa fille.
— Iza a toujours dit que tu portais chance, dit la vieille femme comme elle passait devant Ayla. Je le crois, à présent.
— Iza, dit Ayla en venant s’asseoir aux côtés de la guérisseuse, Aga prétend qu’une partie de l’esprit d’Ona m’appartient pour toujours. Mais je n’ai fait que la ramener au rivage, c’est toi qui l’as sauvée réellement. En fait, nous l’avons sauvée l’une et l’autre. Tu possèdes donc une partie de son esprit, et de nombreux autres esprits doivent t’appartenir, toi qui as sauvé la vie à tant de monde ?
— Et d’où vient à ton avis le rang élevé de la guérisseuse, Ayla ? Elle porte en elle une partie de l’esprit de chaque membre du clan, aussi bien homme que femme. Et de tout le Peuple du Clan, en vérité. Elle aide chacun à venir au monde et veille sur leur santé tout au long de leurs vies. Quand une femme devient guérisseuse, elle reçoit une partie de l’esprit de chacun, même de ceux qu’elle n’a pas eu l’occasion de guérir, car personne n’est à l’abri d’un accident ou d’une maladie.
« Quand une personne meurt et s’en va dans le monde des esprits, poursuivit Iza, la guérisseuse perd une partie de cet esprit. Toutes les femmes ne sont pas aptes à devenir guérisseuse. Une guérisseuse doit posséder en elle le désir profond de secourir les autres. Mais toi, Ayla, tu l’as déjà en toi, cette volonté, et c’est pourquoi j’ai commencé à te former. Je l’ai su quand tu as rapporté à la caverne ce lapin blessé, juste après la naissance d’Uba. Quand tu t’es portée au secours d’Ona, tu n’as pas songé un seul instant au danger que tu pouvais courir, tu désirais la sauver avant tout. Les guérisseuses de ma lignée ont le rang le plus élevé. Le jour où tu seras guérisseuse, Ayla, tu seras toi aussi de cette lignée.
— Mais je ne suis pas ta vraie fille, Iza. Tu es la seule mère dont je puisse me souvenir, mais je ne suis pas née de toi. Comment puis-je appartenir à ta lignée ? Je ne possède même pas tes souvenirs...
— Ma lignée possède le rang le plus élevé parce que ses guérisseuses ont toujours compté parmi les meilleures. Ma mère, et la mère de ma mère, et leurs mères avant elles ont été de grandes guérisseuses qui se sont transmises les unes aux autres leur savoir. Tu es du clan, Ayla, tu es ma fille, formée par mes soins. Tu posséderas le savoir que je t’aurai enseigné. Si tu ne possèdes pas toutes mes connaissances, ce que tu sais sera néanmoins suffisant car tu as un don inestimable, le don de comprendre et de deviner l’origine du mal et, à partir de là, de le guérir. Je ne t’ai jamais dit de placer de la neige sur la brûlure de Brun quand Oga a renversé sur lui le bol de soupe. J’aurais fait la même chose, et pourtant je ne t’en avais rien dit. Ce don que tu possèdes peut se révéler aussi puissant et efficace, et peut-être plus même, qui sait, que tous les souvenirs dont nos têtes sont pleines. Oui, tu seras de ma lignée, Ayla, parce que je sais que tu feras une excellente guérisseuse. Tu seras digne du rang le plus élevé.
Le clan s’installa dans la routine des occupations quotidiennes. On ne faisait qu’une seule pêche par jour, mais cela suffisait amplement à tenir les femmes occupées jusque tard dans la soirée. Ona ne fut plus autorisée à aider les pêcheurs à battre l’eau, Droog ayant décidé qu’elle attendrait l’année suivante pour leur prêter main-forte. Vers la fin de la saison de l’esturgeon, les prises se firent de plus en plus réduites, ce qui laissa aux femmes le temps de souffler un peu. Les claies chargées de poissons à sécher s’étendaient à présent tout le long de la plage.
Droog passa au peigne fin le lit de la rivière, à la recherche de rognons de silex ayant dévalé la montagne, et il en rapporta quelques-uns au campement. Pendant l’après-midi, on le voyait souvent en train de façonner de nouveaux outils. Un jour, peu avant leur départ, Ayla le vit prendre son baluchon et se diriger vers la souche d’un arbre mort où il avait l’habitude de travailler. Elle le suivit et s’assit à ses pieds, tête baissée.
— La fillette qui se tient devant toi aimerait te regarder travailler. Y vois-tu une objection ? lui demanda-t-elle quand il l’eut autorisée à parler.
Droog acquiesça d’un grognement.
Ayla trouva une place sur le tronc de l’arbre abattu et l’observa en silence. Ce n’était pas la première fois qu’elle le regardait travailler. Droog savait qu’elle ne le dérangerait pas mais manifesterait au contraire un vif intérêt pour tout ce qu’il exécuterait. Si seulement Vorn pouvait en faire autant, pensa-t-il avec regret. Aucun des enfants du clan ne semblait doué pour la fabrication des outils, déplorait-il, lui qui, comme tous les bons artisans, désirait transmettre et partager son savoir.
Peut-être Groob prendra-t-il la relève, pensa-t-il avec espoir. Il était heureux que sa nouvelle compagne ait donné naissance à un garçon si tôt après qu’Ona eut été sevrée. Droog n’avait jamais eu un foyer aussi peuplé, mais il était content d’avoir pris avec lui Aga et ses deux enfants. Et la présence d’Aba était d’autant moins une gêne que la vieille femme s’occupait de lui quand Aga était avec le bébé. Aga n’avait pas la douce compréhension de la mère de Goov, et au début Droog s’était vu forcé de remettre la jeune femme à sa place. Mais elle était saine et avait eu un fils, dont il espérait fermement faire son élève. Il avait lui-même appris l’art de tailler la pierre avec le compagnon de la mère de sa mère et il comprenait aujourd’hui le plaisir qu’avait manifesté le vieil homme à le voir, alors qu’il était encore enfant, s’enthousiasmer pour cette discipline.