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Sous les vents de Neptune

Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:

Cette formation sur les empreintes génétiques au Québec, Jean-Baptiste Adamsberg l’accueille avec soulagement. Deux semaines sans subir l'inexplicable hostilité de son adjoint Danglard, le paradis ! Mais une coupure de presse ravive de pesants souvenirs sur un meurtre commis durant sa jeunesse qui mettait en cause son frère Raphaël, disparu depuis. Le tueur au Trident serait-il de retour ? Un malaise et un coma éthylique plus tard, Adamsberg perd le contrôle. Seules la mansuétude d’un Danglard et l’ingéniosité de sa collaboratrice Violette Retancourt pourront le sortir, presque indemne, des affres du passé.
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— Des chimères.

— Les chimères méritent un coup d’œil, comme l’effet poétique, hasarda Adamsberg.

Prendre l’homme par son autre versant. Est-ce qu’un poète appuie sans hésiter sur une sonnette d’alarme ?

Brézillon, à présent renversé dans son grand fauteuil, rejeta une bouffée et grimaça.

— La GRC, dit-il, pensif. Ce que je n’apprécie pas, moi, Adamsberg, c’est le procédé. On vous a convoqué comme auxiliaire et j’y ai cru. Je n’aime pas qu’on me mente et qu’on piège un de mes hommes. Méthode parfaitement illicite. Légalité m’a abusé sur de faux motifs. Une extradition avant l’heure et une escroquerie juridique.

L’orgueil et la droiture professionnelle de Brézillon griffés par la chausse-trape du surintendant. Adamsberg n’avait pas envisagé cet élément favorable.

— Certes, ajouta Brézillon, Légalité m’a assuré n’avoir découvert les chefs d’accusation qu’après coup.

— C’est faux. Il avait déjà constitué son dossier.

— Déloyal, dit Brézillon avec une expression dédaigneuse. Mais vous avez fui la justice et je n’attends pas une telle attitude de la part d’un de mes commissaires.

— Je n’ai pas fui la justice parce qu’elle n’était pas enclenchée. Pas de chef d’accusation prononcé, pas de lecture de mes droits. J’étais libre encore.

— Juridiquement exact.

— J’étais libre d’en avoir assez, libre de me méfier et de partir.

— Avec un maquillage et de faux papiers, commissaire.

— Appelons cela une expérience nécessaire, improvisa Adamsberg. Un jeu.

— Vous jouez souvent avec Retancourt ?

Adamsberg s’interrompit, l’image du corps à corps troublant sa pensée.

— Elle n’a fait qu’accomplir sa mission de protection. Elle vous a strictement obéi.

Brézillon écrasa son mégot d’une pression du pouce. Un père ouvrier-zingueur et une mère repasseuse, imagina Adamsberg, comme les parents de Danglard. Une origine que l’on ne renie pas sous le velours des fauteuils, une sorte de noblesse d’épée que l’on porte à la boutonnière, et qu’on honore par le choix de ses cigarettes et par le rude mouvement d’un pouce.

— Qu’attendez-vous de moi, Adamsberg ? reprit le divisionnaire en frottant son doigt. Que je vous croie sur parole ? Trop de charges contre vous. Cette visite à votre domicile forme un léger point en votre faveur. Comme la connaissance qu’avait Légalité de votre amnésie. Deux points, très ténus.

— Si vous me balancez, la crédibilité de votre Brigade tombe avec moi. C’est un scandale qu’on pourrait différer si j’avais les coudées franches.

— Pour que j’entre en guerre avec le Ministère et la GRC ?

— Non. Je ne demande que la levée de la surveillance policière.

— Rien que cela ? J’ai passé des accords, figurez-vous.

— Que vous avez le pouvoir de contourner. En certifiant que je suis en territoire étranger. Je resterai en planque, évidemment.

— L’endroit est sûr ?

— Oui.

— Quoi d’autre ?

— Une arme. Une nouvelle plaque à un autre nom. De l’argent pour survivre. La réintégration de Retancourt à la Brigade.

— Que lisiez-vous ? demanda Brézillon en désignant le petit livre de cuir.

— Je cherchais Booz endormi.

— Pourquoi ?

— Pour deux vers.

— Lesquels ?

— « Quel dieu, quel moissonneur de l’éternel été, avait, en s’en allant, négligemment jeté cette faucille d’or dans le champ des étoiles. »

— Qui est la faucille d’or ?

— Mon frère.

— Ou vous-même à présent. La faucille n’est pas seulement la lune débonnaire. Elle tranche aussi. Elle peut couper une tête, un ventre, douce ou cruelle. Une question, Adamsberg. Vous ne doutez pas de vous ?

À la manière dont Brézillon se pencha en avant, Adamsberg jugea que cette interrogation banale était décisive. De sa réponse dépendaient l’extradition ou les coudées franches. Il hésita. En toute logique, Brézillon souhaiterait une assurance solide qui le mette à l’abri des ennuis. Mais Adamsberg suspectait une attente d’une autre ampleur.

— Je me soupçonne à chaque seconde, répondit-il.

— Le meilleur garant d’un homme et d’une lutte authentique, énonça sèchement Brézillon en se réadossant à son fauteuil. À compter de ce soir, vous êtes libre, armé, et invisible. Pas pour l’éternité, Adamsberg. Pour six semaines. Ce temps écoulé, vous reviendrez ici, dans cette pièce, et dans ce fauteuil. Et la prochaine fois, sonnez avant d’entrer.

XLIII

La dernière mission de Jean-Pierre Émile Roger Feuillet fut d’acquérir un nouveau téléphone portable. Puis Adamsberg se débarrassa avec soulagement de cette identité sous la douche de Clémentine. Avec un certain regret aussi. Non qu’il fût attaché à cet être un peu comprimé mais il trouvait désinvolte de laisser s’écouler en un filet d’eau blanche ce Jean-Pierre Émile qui lui avait rendu de si inappréciables services. Il lui adressa donc un bref hommage avant de retrouver sa chevelure brune, sa silhouette et son teint ordinaires. Restait la tonsure, qu’il lui faudrait masquer jusqu’à la repousse.

Six semaines de sursis, immense marge de liberté cédée par Brézillon mais plage très étroite pour traquer le diable ou son propre démon.

Le déloger de ses antiques refuges, avait dit Mordent, dépoussiérer ses greniers, lui barrer ses planques, ceinturer les vieilles malles et les armoires grinçantes du fantôme. C’est-à-dire combler le vide de ses recherches entre le décès du juge et le meurtre de Schiltigheim. Cela ne l’aiderait pas à localiser son nouvel abri mais qui sait si le juge ne pouvait, de temps à autre, revisiter ses anciens greniers ?

Il évoquait cette question en dînant avec Clémentine et Josette devant la cheminée. Il n’attendait pas de Clémentine qu’elle lui fournisse des suggestions techniques mais l’écoute de la vieille femme le détendait et, par capillarité peut-être, le fortifiait.

— C’est important ? demanda Josette de sa petite voix vacillante. Ces logis ? Ces demeures du passé ?

— Je pense bien, répondit Clémentine à la place d’Adamsberg. Partout où le monstre a vécu, faut qu’il le sache. Les coins à champignons, c’est toujours les mêmes, ça change pas.

— Mais c’est important ? répéta Josette. Pour le commissaire ?

— Il est plus commissaire, trancha Clémentine. C’est pour ça qu’il est là, Josette, c’est ce qu’il explique.

— Question de vie ou de mort, dit Adamsberg en souriant à la frêle Josette. C’est sa peau ou la mienne.

— À ce point ?

— À ce point. Et je ne peux pas le chercher nez au vent à travers le pays.

Clémentine servit d’autorité du gâteau de semoule aux raisins avec double part obligatoire pour Adamsberg.

— Vous ne pouvez plus mettre vos hommes sur l’affaire, si je comprends bien ? demanda timidement Josette.

— Puisque je te dis qu’il est plus rien, dit Clémentine. Il en a plus, des hommes. Il est tout seul.

— Il me reste deux agents à titre officieux. Je ne peux pas les charger de mission, mes mouvements sont bloqués de toutes parts.

Josette semblait réfléchir en construisant une petite maison avec sa part de gâteau.

— Ben Josette, dit Clémentine, si t’as une idée, faut pas la laisser moisir. Il a que six semaines, notre gars.

— Il est de confiance ? demanda Josette.

— Il mange à notre table. Pose pas des questions sottes.

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