Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Qui aurait pu connaître l’histoire du Trident ?
— Tous ceux qui vous ont vu partir à Strasbourg.
Adamsberg secoua la tête.
— Il n’était pas possible de faire le lien entre Schiltigheim et le juge, dit-il. À moins que je ne l’expose moi-même. Un seul homme pouvait établir la jonction. Lui.
— Vous imaginez votre mort-vivant pénétrer dans la Brigade ? Prendre vos clefs, fouiller vos dossiers, histoire de savoir ce que vous aviez compris de Schiltigheim ? De toute façon, un mort-vivant n’a pas besoin de clefs, il passe les murailles.
— C’est très vrai.
— Si vous en êtes d’accord, convenons d’une chose pour le Trident. Nommez-le le Juge ou Fulgence si vous le voulez, et laissez-moi l’appeler le Disciple. Un être bien vivant qui achèverait éventuellement le parcours du défunt juge. C’est tout ce que je peux vous accorder, et cela nous évitera des embarras.
Danglard projeta un autre ballon dans les airs.
— Sanscartier, reprit-il en changeant brusquement de sujet, vous m’avez dit qu’il était réticent ?
— Selon Retancourt. Cela vous importe ?
— J’aimais bien ce type. Très lent bien sûr, mais je l’aimais bien. Sa réaction sur le terrain m’intéresse. Et Retancourt ? Comment l’avez-vous trouvée ?
— D’exception.
— J’aurais aimé faire close-combat avec elle, ajouta Danglard avec un soupir contenant, semblait-il, un vrai regret.
— Je ne pense pas qu’elle aurait réussi le coup avec votre gabarit. L’expérience fut prodigieuse mais, Danglard, cela ne vaut pas la peine de tuer pour cela.
La voix d’Adamsberg s’était assourdie. Les deux hommes s’éloignèrent à pas lents vers le fond de la salle, Danglard ayant choisi de faire sortir le commissaire par la porte du garage. Adamsberg portait toujours le garçon endormi dans ses bras. Il savait dans quel tunnel sans fin il s’en allait à présent, et Danglard aussi.
— Ne prenez ni métro ni bus, lui conseilla Danglard. Allez-y à pied.
— Danglard, qui peut savoir que j’ai perdu la mémoire le 26 octobre ? À part vous ?
Danglard réfléchit un moment, faisant tinter des pièces de monnaie dans sa poche.
— Une seule autre personne, déclara-t-il enfin. Celle qui aurait fait en sorte de vous l’ôter.
— Logique.
— Oui. Ma logique.
— Qui, Danglard ?
— Quelqu’un qui nous accompagnait là-bas, parmi les huit autres. Moins vous, moi et Retancourt, égale cinq. Justin, Voisenet, Froissy, Estalère, Noël. Celui ou celle qui fouille dans vos dossiers.
— Et le Disciple, qu’en faites-vous ?
— Pas grand-chose. Je réfléchis d’abord à des éléments plus concrets.
— Comme ?
— Comme vos symptômes le soir du 26. Ils me tracassent, oui. Ils me tracassent beaucoup. Ces jambes molles me contrarient.
— J’étais rond comme une bille, vous le savez.
— Justement. Vous preniez un médicament à l’époque ? Un calmant quelconque ?
— Non, Danglard. Je crois que les calmants sont contre-indiqués dans mon cas.
— C’est juste. Mais il y avait ces jambes qui se dérobaient sous vous, c’est bien cela ?
— Oui, dit Adamsberg, surpris. Elles ne me portaient plus.
— Mais seulement après le choc contre la branche ? C’est bien ce que vous m’avez dit ? Vous en êtes certain ?
— Mais oui, Danglard. Et après ?
— Eh bien cela m’ennuie. Et le lendemain, pas de douleur ? De coups ? De bleus ?
— Mal au front, mal à la tête et mal au ventre, je vous le répète. Qu’est-ce qui vous agace avec mes jambes ?
— Un maillon de ma logique qui manque. Laissez tomber.
— Capitaine, pourriez-vous me donner votre passe ?
Danglard hésita, puis ouvrit sa sacoche et en tira l’outil, qu’il glissa dans la pochette du costume d’Adamsberg.
— Ne prenez pas de risques. Et empochez cela, dit-il en ajoutant une liasse de billets. Pas question de tirer de l’argent à un distributeur.
— Merci, Danglard.
— Pourriez-vous me donner le petit avant de partir avec ?
— Pardon, dit Adamsberg en lui tendant l’enfant.
Ni l’un ni l’autre ne se dirent au revoir. Un mot indécent quand on ne sait pas si l’on pourra jamais se croiser un jour. Un mot banal et quotidien, pensa Adamsberg en partant dans la nuit, et qui lui était désormais inaccessible.
XLI
Clémentine l’avait accueilli, épuisé, sans marquer la moindre surprise. Elle l’avait installé devant la cheminée et l’avait obligé à manger des pâtes au jambon.
— Cette fois, Clémentine, il ne s’agit plus seulement de dîner, dit Adamsberg. J’ai besoin que vous me planquiez, j’ai toute la flicaille du pays aux fesses.
— Ben ça arrive, dit Clémentine sans s’émouvoir en lui tendant de force un yaourt, la cuiller droit plantée dedans. Les policiers, ils ont pas toujours les mêmes idées que nous, par leur profession. C’est pour ça que vous êtes tout grimé ?
— Oui, j’ai dû m’échapper du Canada.
— Il est chic, votre costume.
— Et moi je suis flic, continua Adamsberg, poursuivant son idée. Si bien que je me pourchasse moi-même. J’ai fait une connerie, Clémentine.
— Comme quoye ?
— Comme une énorme connerie. Au Québec, j’ai picolé comme un trou, j’ai croisé une fille et je l’ai tuée d’un coup de trident.
— J’ai une idée, dit Clémentine. On va déplier le canapé puis bien l’approcher de la cheminée. Avec deux bonnes courtepointes, vous serez installé comme un prince. C’est que j’ai déjà la Josette qui dort dans le petit bureau, alors j’ai pas mieux à vous offrir.
— Ce sera parfait, Clémentine. Elle ne bavardera pas, votre amie Josette ?
— Josette, elle a connu des jours meilleurs. Elle a même vécu grand train dans le temps, une vraie dame. Ma foye, elle s’occupe d’autre chose maintenant. Elle parlera pas plus de vous que vous parlerez d’elle. Trêve de conneries, ce trident, ce serait pas un coup de votre monstre, des foyes ?
— C’est ce que je ne sais pas, Clémentine. C’est lui ou c’est moi.
— Ça c’est une bagarre, approuva Clémentine en sortant les courtepointes. Ça donne du cœur au ventre.
— Je n’avais pas vu les choses sous cet angle.
— Bien sûr que oui, sinon on vient à s’ennuyer. On peut pas toujours faire que des pâtes au jambon. Vous auriez pas une petite idée au moins, si que ce serait lui ou vous ?
— C’est-à-dire, dit Adamsberg en tirant le canapé, que j’avais tellement bu que je ne me souviens de rien.
— Ça m’est arrivé quand j’étais enceinte de ma fille. Je suis tombée sur le pavé et je pouvais plus me souvenir de quoi que ce soye après.
— Et vous aviez les jambes molles ?
— Penses-tu. Paraît que je courais comme un lapin sur les boulevards. Après quoi que je courais ? Mystère.
— Mystère, répéta Adamsberg.
— Ben c’est pas grave, hein. On sait jamais trop après quoi qu’on court, dans la vie. Alors un peu plus un peu moins, ça change quoye ?
— Je peux rester, Clémentine ? Je ne gênerai pas ?
— Au contraire, je vais vous remplumer. Faut se refaire des forces pour courir.
Adamsberg ouvrit son bagage et lui tendit le pot de sirop d’érable.
— Je vous ai rapporté ça du Québec. Ça se mange avec du yaourt, du pain, des crêpes. Ça ira bien avec vos galettes.
— Ben c’est gentil. Avec tous vos ennuis, ça me fait quelque chose. Il est joli, le pot. C’est de leurs arbres que ça coule ?