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Le grand livre [Doomsday Book - fr]

Электронная книга - «Le grand livre [Doomsday Book - fr]». Краткое содержание книги:

Quoi de plus naturel, au XXIe siècle, que d’utiliser des transmetteurs temporels pour envoyer des historiens vérifier sur place l’idée qu’ils se font du passé ?
Kivrin Engle, elle, a choisi l’an 1320, afin d’étudier les us et coutumes de cette époque fascinante qu’aucun de ses contemporains n’a encore visitée : le Moyen Age.
Le grand jour est arrivé, tous sont venus assister au départ : Gilchrist, le directeur d’études de Kivrin ; l’archéologue Lupe Montoya, le docteur Ahrens ; sans oublier ce bon professeur Dunworthy, qui la trouve trop jeune et inexpérimentée pour se lancer dans pareille aventure et qui s’inquiète tant pour elle.
Ses craintes sont ridicules, le professeur Gilchrist a tout prévu ! Tout, mais pas le pire…
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— Je veux retourner à la maison tout de suite !

Kivrin regarda les saules, la clairière, la colline au sommet dénudé. Peut-être avait-elle posé la cassette plus loin de la route et…

— Je veux rentrer ! Je gèle !

— Entendu.

Les mitaines de l’enfant étaient trempées. Kivrin ne pouvait les lui remettre. Elle lui enfila les siennes, ce qui parut la ravir. Mais quand le père Roche voulut l’asseoir sur son poney, elle gémit :

— Je veux monter avec vous.

Kivrin hocha la tête et enfourcha son cheval. Le père Roche lui tendit Agnès et prit le poney par la bride pour remonter la colline. Au sommet, l’âne broutait toujours l’herbe éparse.

Elle regarda derrière eux. C’est là, se dit-elle. Mais elle n’aurait pu l’affirmer. Même l’éminence avait un aspect différent, vue d’ici.

Le prêtre saisit la longe de l’âne, qui refusa de bouger. Il renonça, mais dès qu’il descendit l’autre versant avec le poney, la bête de somme décida de le suivre.

La neige fondait et la jument de Rosemonde manqua déraper alors qu’elle galopait sur la ligne droite menant à la bifurcation. Elle continua au trot.

À l’embranchement suivant, le père Roche prit à gauche. La route était bordée de saules et de chênes, et creusée d’ornières boueuses entre chaque colline.

— Rentrons-nous, Kivrin ? demanda Agnès.

— Oui.

L’enfant grelottait et elle la couvrit avec un pan de son manteau.

— As-tu toujours mal au genou ?

— Non. Mais nous ne rapportons pas de lierre. Vous êtes-vous rappelé quelque chose, en voyant cet endroit ?

— Non.

— Tant mieux, déclara Agnès en se pelotonnant contre elle. Comme ça, vous serez obligée de rester avec nous.

17

Andrews ne téléphona que le jour de Noël, en fin d’après-midi. Colin s’était naturellement levé aux aurores pour découvrir ses cadeaux.

— Allez-vous rester couché toute la journée ? demanda-t-il à Dunworthy qui cherchait ses lunettes à tâtons. Il est presque huit heures.

Il n’était en fait que six heures et quart et la nuit était si noire qu’elle dissimulait la pluie. Colin avait dormi bien plus longtemps que lui. Dunworthy l’avait renvoyé à Balliol à la fin de l’office œcuménique, alors qu’il allait quant à lui prendre des nouvelles de Latimer à l’hôpital.

— Il a une forte fièvre mais pas de complications pulmonaires, lui avait dit Mary. Il est arrivé à quinze heures en se plaignant de maux de tête qui avaient débuté deux heures plus tôt. Quarante-huit heures d’incubation. Inutile de lui demander où il a pris ça. Et vous, vous vous sentez comment ?

Il était resté pour la prise de sang. L’admission d’un nouveau patient l’avait contraint à attendre, au cas où il pourrait l’identifier. Il s’était couché à plus d’une heure du matin.

Colin lui tendit une papillote et insista pour qu’il fît claquer le pétard et lût la devinette écrite sur le bout de papier sulfurisé : « Que peut-on dire du propriétaire d’une station-service qui fait les cent pas devant chez, lui ?

Qu’il marche à côté de ses pompes. »

Finalement, Colin s’assit sur le sol et ouvrit ses paquets. Les savonnettes eurent beaucoup de succès.

— Regardez, fit-il en tirant la langue. Elles changent de couleur.

Ainsi que ses dents et ses lèvres.

Le livre parut lui faire plaisir, même s’il sautait aux yeux que l’absence d’holos le décevait. Il feuilleta les pages, pour répertorier les illustrations.

— Voyez un peu ça !

Il montra une image à Dunworthy qui dormait toujours à moitié.

C’était la tombe d’un chevalier. Les traits et la position du gisant en armure évoquaient le repos éternel mais dans une niche qui ressemblait à une lucarne ouverte sur le côté du caveau était représenté un cadavre qui se débattait. Des lambeaux de chair se détachaient du corps, les mains du squelette se recourbaient telles des serres et le visage n’était plus qu’un crâne aux orbites vides. Des vers grouillaient entre ses jambes et sur son épée. « Oxfordshire, v. 1350, disait la légende. Exemple de décoration funéraire macabre fréquente après l’épidémie de peste bubonique. »

— Apocalyptique, pas vrai ? commenta Colin, visiblement aux anges.

Il fit même semblant d’être content du cache-nez.

— C’est l’intention qui compte, non ? Je le mettrai pour rendre visite aux malades. Ils ne prêteront pas attention à mon apparence.

— Rendre visite à quels malades ? voulut savoir Dunworthy.

Colin se leva et alla fouiller dans son sac.

— Hier soir, le vicaire m’a demandé d’aller voir des gens, de leur apporter des médicaments.

Il en sortit un sachet en papier.

— Votre cadeau. Je n’ai pas pu l’envelopper parce que votre secrétaire dit qu’il faut économiser le papier.

Dunworthy plongea la main dans le sachet. Il contenait un petit calepin rouge.

— C’est un agenda, expliqua Colin. Vous pourrez cocher les jours jusqu’au retour de cette fille.

Il ouvrit la première page.

— J’en ai choisi un où il y avait aussi le mois de décembre de cette année.

— Je suis très touché. C’est vraiment trop gentil, affirma Dunworthy.

Il tourna les pages, jusqu’au massacre des Innocents.

— Je voulais vous offrir une reproduction de la tour Carfax avec une boîte à musique qui joue « La Révolte des joujoux », mais elle coûtait vingt livres.

Le téléphone sonna. Ils bondirent vers le combiné.

— Je parie que c’est ma mère, dit Colin.

C’était Mary. Elle appelait de l’hôpital.

— Comment vous sentez-vous ?

— J’ai les paupières lourdes, déclara Dunworthy. Et Latimer ?

— Il va mieux. Son cas est bénin.

Elle avait toujours sa blouse mais elle s’était peignée et paraissait presque joyeuse.

— Nous avons trouvé le lien avec ce virus américain.

— Latimer est allé outre-Atlantique ?

— Non, un de ces étudiants que je vous ai demandé d’interroger la nuit dernière… non, il y a deux jours. Je m’y perds. Il vous a menti parce qu’il avait fait sauter les cours pour aller retrouver une jeune femme.

— En Caroline du Sud ?

— Non, à Londres. Mais c’est une Américaine. Elle venait du Texas, avec un changement d’avion à Charleston. Le C.D.C. cherche qui a pu la contaminer dans cet aéroport. Passez-moi mon petit-neveu, je voudrais lui souhaiter un joyeux Noël.

Il tendit le combiné à Colin, qui dressa la liste de ses cadeaux et lui posa la devinette de la papillote.

— M. Dunworthy m’a offert un livre sur le Moyen Âge. Saviez-vous qu’on décapitait les voleurs puis qu’on exposait leur tête sur le pont de Londres ?

— Remercie-la pour le cache-nez, murmura Dunworthy.

Mais il lui rendait déjà le combiné.

— Elle a un truc à vous dire.

— Je constate que vous prenez bien soin de lui, déclara Mary. Je vous en suis très reconnaissante. Je ne suis pas encore rentrée chez moi et le laisser seul le jour de Noël m’aurait vraiment ennuyée. Je suppose qu’il n’a pas reçu les cadeaux promis par ma nièce ?

— Non.

— Et qu’elle n’a même pas téléphoné, ajouta Mary avec dégoût. C’est une mère indigne. Quand je pense que son fils pourrait être hospitalisé et avoir 40° de fièvre !

— Comment se porte Badri ?

— Sa température a baissé, mais restent les complications pulmonaires. Nous l’avons mis sous synthamycine. Ce traitement a donné de bons résultats sur les Américains.

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