Sous les vents de Neptune
- Автор: Варгас Фред
- Серия: Commissaire Jean-Baptiste Adamsberg #4
- Год: 2004
- Язык: французский
- Год: Éditions Viviane Hamy
- ISBN: 978-2878581904
- Жанр: Полицейские детективы
Электронная книга - «Sous les vents de Neptune». Краткое содержание книги:
— Avec votre frère, expliqua-t-elle, pour ne jamais l’abandonner, pour le soutenir sans relâche dans sa fuite. Dans le désert avec lui.
— Dans le bourbier de la Torque, proposa Adamsberg en dessinant lentement un autre rond.
— Si vous voulez.
— Que lisez-vous d’autre, dans mon livre à moi ?
— Que pour les mêmes raisons, vous devez m’entendre quand je dis que vous n’avez pas tué. Pour tuer, au moins faut-il être passionné par les autres, emporté dans leurs tempêtes et même obsédé par ce qu’ils représentent. Tuer nécessite une altération du lien, un excès de réaction, de confusion avec autrui. Une confusion telle que l’autre n’existe plus en soi, mais comme une propriété dont on peut user comme victime. Je vous crois loin du compte. Un homme comme vous, louvoyant sans véritable contact, ne tue pas les autres. Parce qu’il n’en est pas assez proche, encore moins pour les sacrifier à ses passions. Je ne dis pas que vous n’aimez personne, mais Noëlla, non. En aucun cas vous ne l’auriez tuée.
— Continuez, répéta Adamsberg, la main serrée sur sa joue.
— Vous saccagez votre fond de teint, nom de dieu. Je vous ai dit de ne pas y toucher.
— Pardon, dit Adamsberg en ôtant sa main. Reprenez.
— C’est tout. Celui qui caresse de loin n’est pas assez près pour tuer.
— Retancourt, commença Adamsberg.
— Henriette, corrigea le lieutenant. Faites attention, bon sang.
— Henriette, j’espère être un jour à la hauteur de l’aide que vous m’avez donnée. Mais d’abord, continuez à croire en cette nuit qui m’échappe. Continuez à croire que je n’ai pas tué, transformez votre énergie en cela. Faites masse, faites pylône, faites croyance. Alors je ferai masse, j’y croirai.
— Votre propre pensée, insista Retancourt. Je vous l’ai dit. Votre certitude solitaire. Pour le coup, servez-vous-en cette fois.
— J’ai compris, lieutenant, dit Adamsberg en lui attrapant le bras. Mais votre énergie fera levier. Maintenez-la pour moi, quelque temps.
— Je n’ai pas de raison de changer d’idée.
Adamsberg lâcha son bras à regret, comme s’il quittait son arbre, et s’en alla.
XL
Le commissaire vérifia dans une vitre que son maquillage tenait le coup et se posta dès dix-huit heures sur le trajet de retour d’Adrien Danglard. Il repéra de loin son grand corps lâche mais le capitaine ne réagit pas en croisant Jean-Pierre Émile Roger Feuillet. Adamsberg l’attrapa vivement par le bras.
— Pas un mot, Danglard, on avance.
— Bon dieu, qu’est-ce qui vous prend ? dit Danglard en tentant de dégager son bras. Qui êtes-vous ?
— Moi, en homme d’affaires. Moi, Adamsberg.
— Merde, dit Danglard dans un souffle, détaillant rapidement ce visage pour faire surgir les traits d’Adamsberg sous cette peau blême, ces yeux rougis, ce crâne à moitié chauve.
— Ça y est, Danglard ?
— Je dois vous parler, dit le capitaine en jetant un coup d’œil alentour.
— Moi aussi. On tourne ici, on monte chez vous. Personne ne joue au con.
— Sûrement pas chez moi, dit Danglard d’une voix basse et ferme. Faites comme si vous m’aviez demandé un renseignement et quittez-moi. On se rejoint dans cinq minutes à l’école de mon fils, seconde rue à droite. Demandez le gardien de ma part, on se retrouve dans la salle de jeux.
Le bras mou de Danglard échappa au commissaire qui le vit s’en aller et tourner à l’angle.
À l’école, il trouva son adjoint l’attendant sur une chaise d’enfant en plastique bleu, entouré de ballons en pagaille, de livres, de cubes et de dînettes. Assis à trente centimètres du sol, Danglard lui parut ridicule. Mais il n’eut pas d’autre choix que de prendre place à ses côtés, sur une chaise de même hauteur, mais rouge.
— Surpris de me voir hors des griffes de la GRC ? demanda Adamsberg.
— J’avoue que oui.
— Déçu ? Inquiet ?
Danglard le regarda sans répondre. Ce type chauve et blanc comme du plâtre, d’où sortait la voix d’Adamsberg, le fascinait. Le petit dernier du capitaine dévisageait tour à tour son père et ce drôle de gars en costume beige.
— Je vais vous raconter une nouvelle histoire, Danglard. Mais vous feriez mieux d’éloigner votre fils avec un livre. C’est assez sanglant.
Danglard écarta l’enfant en lui murmurant quelques mots, le regard toujours posé sur Adamsberg.
— Il s’agit d’un petit film d’épouvante, capitaine. Ou d’un traquenard, comme vous voudrez. Mais peut-être connaissez-vous déjà l’histoire ?
— J’ai lu les journaux, dit prudemment Danglard, guettant le regard fixe du commissaire. J’ai su les charges qui pesaient sur vous, et votre fuite.
— Ignorant donc ? Comme le premier citoyen venu ?
— Si l’on veut.
— Je vais vous fournir ces détails, capitaine, dit Adamsberg en rapprochant sa petite chaise.
Durant tout le temps de son récit, qu’il exposa sans omettre le moindre élément, depuis sa première entrevue avec le surintendant jusqu’à son séjour chez Basile, Adamsberg scrutait les expressions du capitaine. Mais le visage de Danglard ne reflétait que l’inquiétude, l’attention scrupuleuse et, parfois, l’étonnement.
— Je vous avais dit que c’était une femme d’exception, dit Danglard quand Adamsberg conclut l’histoire.
— Je ne suis pas venu pour bavarder de Retancourt. Parlons plutôt de Laliberté. Fort, non ? Tout ce qu’il a su accumuler sur moi en si peu de temps. Jusqu’au fait que je ne me souvenais pas des deux heures et demie passées sur le sentier. Cette amnésie m’a été fatale. Une grosse pièce de l’accusation.
— Forcément.
— Mais qui le savait ? Pas un membre de la GRC n’était au courant. Ni un membre de la Brigade.
— Il l’aurait présumé ? Deviné ?
Adamsberg sourit.
— Non, c’était consigné au dossier comme une certitude. Quand je dis « pas un membre de la Brigade », j’exagère. Vous, Danglard, étiez au courant.
Danglard hocha lentement la tête.
— Si bien que vous me soupçonnez, dit-il calmement.
— Précisément.
— Logique, constata Danglard.
— Pour une fois que j’en fais preuve, vous devriez être satisfait.
— Non. Pour une fois, vous auriez mieux fait de vous abstenir.
— Je suis en enfer et tous les moyens sont bons. Y compris cette foutue logique que vous avez tant cherché à m’apprendre.
— C’est de bonne guerre. Mais que dit votre intuition ? Et vos errances ? Vos rêves ? Que disent-ils de moi ?
— C’est vous qui me demandez de les convoquer ?
— Pour une fois, oui.
La maîtrise de son adjoint et la constance de son regard ébranlaient Adamsberg. Il connaissait par cœur les yeux lessivés de Danglard, qui n’étaient pas aptes à masquer la moindre émotion. On pouvait tout y voir, peur, réprobation, plaisir, défiance, aussi aisément que des poissons nageant dans une bassine d’eau. Et il n’y décelait rien qui indiquât la moindre rétraction. Curiosité et réflexion étaient les deux seuls poissons qui tournaient pour l’heure dans les yeux de Danglard. Avec, parfois, un discret soulagement de le revoir.
— Mes rêves me disent que vous n’êtes pas dans le coup. Mais ce sont des rêves. Mes errances me racontent que vous n’auriez pas fait cela, ou pas comme cela.
— Et que dit votre intuition ?
— Elle me désigne la main du juge.
— Obstinée, n’est-ce pas ?