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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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Les yeux bleus et froids de son oncle l’examinaient attentivement.

« II y a un poste de contrôle du LACON entre Agoura et Cala-basas, non ? Comment t’as fait pour passer au travers, mon pote ?

— Tu connais ce détail ? Alors, tu dois savoir aussi pour le mur, hein ? Et pas seulement d’après des rumeurs. »

Ron haussa les épaules. « On essaie de se tenir au courant. On a des gens là-bas, qui se déplacent en permanence… Mais comment t’as fait pour passer le contrôle de Calabasas, Steve ?

— Lisa avait le logiciel du mot de passe. Elle a mis son implant sur le lecteur du flic de l’autoroute, et..

— Elle a fait quoi ? » Tous ses traits se durcirent. Une veine saillit brusquement sur son front.

« Elle a donné le mot de passe avec son implant. Mon Dieu, Ron, y a pas de quoi en faire une tragédie !

— Elle habite à Ventura, ta petite amie, c’est bien ça ?

— C’est ça.

— Toutes les autorisations d’accès à Los Angeles délivrées aux habitants du comté de Ventura et de la périphérie ont été annulées par le LACON il y a deux mois. Sauf pour les habitants des comtés limitrophes qui travaillent pour les Entités et peuvent avoir des raisons professionnelles de se rendre régulièrement à L.A. – et pour les membres de leur famille.

— Sauf pour… les gens qui travaillent pour les…

— Grand Dieu ! » fit Ron. Steve sentit peser sur lui l’insupportable tranchant du regard Carmichael. « Tu sais le genre de copine que tu t’es dégotée, mon pote ? Tu as dragué une quisling. Et une fondue d’informatique, pas vrai ? Une vraie borgmann, je parie. Sortie de toute une famille de quislings et de borgmanns. Oh, mon petit, qu’est-ce que tu as fait là ? Qu’est-ce que tu as fait ? »

Ce fut au lendemain du jour où Richie avait si méchamment tabassé Aïcha et, pis encore, l’avait violée et souillée, que Khalid décida une fois pour toutes de tuer une Entité.

Pas Richie. Une Entité.

Cet épisode violent marqua un tournant décisif dans les rapports de Khalid avec son père, dans la vie de Khalid tout entière et dans celle d’un certain nombre d’autres citoyens de Salisbury, comté du Wiltshire, Angleterre. Bien sûr, ce n’était pas la première fois. Richie maltraitait Aïcha en permanence. Il maltraitait tout le monde. Il avait emménagé dans la maison d’Aïcha et en avait pris possession comme si elle lui appartenait. Il considérait Aïcha comme une domestique exclusivement attachée à son service, et malheur à elle si elle ne se montrait pas à la hauteur de ses attentes. Elle faisait la cuisine ; elle faisait le ménage ; et Khalid savait très bien que parfois, quand il en avait envie, Richie l’obligeait à venir dans sa chambre pour le distraire, lui seul ou son ami Syd, ou les deux ensemble. Et elle ne se plaignait jamais. Elle se pliait à ses caprices ; elle ne manifestait ni colère ni même ressentiment ; elle s’était entièrement abandonnée à la volonté d’Allah. Mais pas Khalid, qui n’avait pas trouvé de preuves convaincantes de l’existence d’Allah. Il avait cependant appris d’Aïcha l’art d’accepter l’inacceptable. Trop avisé pour essayer de changer ce qui est immuable, il vivait avec sa haine de Richie : une réalité qui faisait simplement partie de son quotidien, comme le fait que la pluie ne tombe pas vers le haut.

Cette fois-ci, tout de même, Richie était allé trop loin.

Le voilà d’abord qui rentre, manifestement ivre, le visage écarlate, furieux pour une raison ou une autre, marmonnant entre ses dents. Il grogne un juron à l’adresse d’Aïcha et salue Khalid d’une gifle cuisante. Sans raison apparente non plus. Il exige qu’on lui serve son repas au plus vite. Et quand il est servi, il n’aime pas ce qui se trouve dans son assiette. Aïcha lui explique patiemment pourquoi il n’y a pas de bouf ce jour-là. Richie lui hurle qu’il devrait y avoir du bouf pour la maisonnée de Richie Burke, merde alors !

Jusque-là, c’est son comportement normal dans un de ses mauvais jours. Et même lorsque d’un revers de main il repousse le bol de mouton au curry et l’envoie se fracasser sur le plancher dans un geyser de sauce brune et huileuse, c’est encore dans la normalité sur l’échelle de Richie.

C’est alors qu’Aïcha dit doucement, d’une voix soumise, baissant les yeux sur ce qui était une seconde plus tôt le plus beau des saris qui lui restaient, à présent maculé en vingt endroits : « Tu as taché mes affaires. »

Et Richie d’exploser, de se répandre en une éruption de folie furieuse, sans aucune mesure avec l’offense, si offense il y a eu.

Il bondit sur elle en hurlant, la secoue, la gifle. La frappe à coups de poing. Au visage. En pleine poitrine. Il empoigne le sari par la taille, le déchire, l’arrache, le met en lambeaux qu’il froisse et lui jette à la figure. Aïcha recule devant lui, tremblante, les yeux brillants de peur, une main étanchant le sang qui goutte de sa lèvre inférieure fendue, l’autre déployée pour couvrir ses cuisses.

Et Khalid, horrifié, furieux, ne sachant que faire, n’arrive pas à détacher ses yeux de la scène.

« Taché tes affaires, que tu dis ? hurle Richie. Tu vas voir la putain de tache que je vais te faire ! »

II la saisit par le poignet, arrache ce qui lui reste de vêtements et la met nue au beau milieu de la salle à manger. Khalid se couvre le visage. Sa propre grand-mère – quarante ans, pudique et respectable – est nue devant lui : impossible de continuer à la regarder. Et pourtant, comment peut-il tolérer ce qui se passe ? Richie la traîne maintenant dehors, vers sa chambre, sans même prendre soin de fermer la porte. Il la jette sur le lit, s’écrase sur elle. Grogne comme un porc, un porc, un porc, un porc.

Je ne dois pas permettre cela.

La poitrine de Khalid se gonfle de haine, d’une haine froide, presque dénuée de passion. Cet homme n’est pas un homme, mais un djinn. Certains djinns sont inoffensifs, d’autres méchants ; Richie fait sûrement partie des méchants, c’est un démon.

Son père. Un djinn malfaisant.

Ce qui fait quoi de son fils ? Quoi ? Quoi ? Quoi ?

Sans réfléchir, Khalid entre derrière eux dans la chambre, au mépris de toutes les interdictions, au mépris de tous les risques. Il voit Richie vautré entre les jambes d’Aïcha, la chemise relevée, le pantalon sur les chevilles, les fesses nues s’agitant en cadence. Aïcha, les yeux levés au ciel, le visage figé dans un masque d’horreur et de honte, aperçoit par-dessus l’épaule de Richie Khalid pétrifié sur le seuil ; elle agite la main à plusieurs reprises pour lui dire de partir, de sortir de la pièce, de ne pas regarder, de ne surtout pas intervenir.

Il s’enfuit de la maison et se tapit en tremblant au milieu des décombres de l’arrière-coeur, au milieu des vieilles marmites, des cruches cassées et de sa collection de bouteilles de whisky vides.

Lorsqu’il rentre, une heure plus tard, Richie est dans sa chambre et maltraite sa guitare en chantant faux d’une voix basse et avinée. Aïcha s’est rhabillée et, avec des mouvements lents et une attitude soumise, nettoie la salle à manger éclaboussée. Elle sanglote doucement. Elle ne dit rien et ne regarde même pas Khalid lorsqu’il entre. Un sparadrap couvre la blessure de sa lèvre, ses joues sont enflées et tuméfiées. Il y a comme un mur autour d’elle. Elle est hermétiquement isolée à l’intérieur d’elle-même, fermée au monde extérieur tout entier, Khalid compris.

« Je le tuerai, lui dit-il tranquillement.

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