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Le grand silence [The Alien Years - fr]

Электронная книга - «Le grand silence [The Alien Years - fr]». Краткое содержание книги:

Cette fois, ce n’est plus du cinéma ! Surgis de nulle part, les extraterrestres ont débarqué sur la Terre pour s’installer dans les principales métropoles du globe : Los Angeles, New York, Londres, Prague, Paris…
Indiciblement beaux ou incroyablement hideux – les avis sont partagés sur les géants d’outre-espace –, refusant toute communication depuis les enclaves impénétrables où ils se sont enfermés, ils dirigent la planète selon des voies mystérieuses par l’intermédiaire de collaborateurs humains télépathiquement asservis. Communications, gouvernements et systèmes bancaires disparaissent, plongeant le monde dans le chaos. Coupures d’électricité à grande échelle, pandémies, déportations et exécutions massives sanctionnent les tentatives de rébellion. Les Entités, comme on les appelle, sont venues, Elles ont vu, Elles ont vaincu. Mais pas sur toute la ligne… En Californie du Sud, le vieux colonel Carmichael prêche la Résistance au milieu de son clan rassemblé dans les collines de Santa Barbara. Ex-hippie ou ex-militaire, escroc repenti ou musulman mystique, professeurs d’université ou informaticiens de haute volée, au fil des générations, la pittoresque tribu Carmichael va unir ses compétences pour bouter l’envahisseur hors de la Terre…
A la fois étrange et familière, une chronique de cinquante ans d’occupation extraterrestre qui atteint à l’ampleur d’Autant en emporte le vent.
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Elle lui avoua vingt-quatre ans, donc trois de plus que lui. Il mentit et lui dit, tandis qu’ils se promenaient sur l’autoroute au bord de l’océan, qu’il avait vingt-quatre ans lui aussi ; il apprit plus tard qu’elle en avait en réalité vingt-six, mais à ce moment-là, la différence d’âge n’avait plus d’importance. Elle était agréable à regarder, pas aussi belle que Jill, mais certainement séduisante. Un peu étoffée peut-être ? Et alors ? Lui-même n’était pas un poids plume. Elle avait des cheveux plats, doux et bruns, un visage rond et riant, des lèvres charnues et le nez retroussé. Son regard était chaleureux et amical, ses yeux brillants, vifs… et bruns. Après toutes ces années passées au milieu des Carmichael aux yeux bleus, il était capable de l’aimer rien que pour la couleur de ses yeux.

Elle vivait, lui raconta-t-elle, avec son père et ses deux frères dans la partie sud de la ville. D’une manière ou d’une autre, ils travaillaient tous pour la compagnie des téléphones, comme programmeurs. Elle ne semblait pas vouloir entrer dans les détails, et Steve n’insista pas. Il lui dit que son propre père avait été programmeur avant la Conquête et lui laissa entendre qu’il était lui aussi très doué en la matière. Il lui montra son implant de poignet. Elle en avait un aussi. Il lui expliqua que sa famille vivait maintenant de l’agriculture sur les terres de son grand-père, un officier en retraite. Naturellement, il passa sous silence les activités des Carmichael dans la Résistance.

Il hésitait à lui faire des avances physiques, et c’est finalement elle qui dut prendre l’initiative, tout comme Jill avant elle. Au bout de trois rencontres, il n’avait pas réussi à dépasser le stade du baiser d’adieu. Mais la quatrième fois, par une chaude journée de Saint-Jean, Lisa suggéra une promenade dans un parc qu’elle aimait bien, le Parc d’État de Point Mugu, un peu plus au sud sur la côte. La route leur fit longer plusieurs installations des Entités, vastes édifices luisants en forme de silos au sommet des collines qui bordaient la voie littorale, puis ils tournèrent pour entrer dans le parc – Steve conduisait, Lisa le pilotait – et aboutirent à un bosquet de chênes retiré dont Steve soupçonna qu’elle s’y était déjà rendue plus d’une fois. Le sol était douillettement tapissé de feuilles datant de l’automne précédent qui reposaient sur une épaisse couche de terreau ; l’air embaumait du parfum musqué et douceâtre de la décomposition naturelle.

Ils s’embrassèrent. La langue de Lisa s’insinua entre ses lèvres. Elle se serra très fort contre lui et se mit à onduler lentement des hanches. Elle le guida progressivement vers le but, sans heurts, jusqu’à ce qu’il n’ait plus besoin d’instructions.

Ses seins étaient plus lourds que ceux de Jill, plus doux, et obéissaient à la pesanteur à un degré que ceux de Jill ne semblaient pas encore avoir atteint. Son ventre était plus arrondi, ses cuisses plus pleines, ses bras et ses jambes plus courts – par rapport à elle, Jill avait presque un corps de garçonne –, et lorsqu’elle s’ouvrit à lui, elle tint ses jambes différemment, les genoux pratiquement repliés contre la poitrine. Au début, Steve trouva tout cela fascinant, mais il cessa bientôt d’y faire attention et oublia de se livrer à des comparaisons. Lisa ne tarda pas à représenter pour lui la norme de la féminité, la seule mesure authentique de l’amour. Ce qu’il avait connu avec Jill s’estompa dans son souvenir : c’étaient des ébats ponctuels d’adolescents, des épisodes dépassés, de l’histoire ancienne.

Ils faisaient l’amour chaque fois qu’ils étaient ensemble. Elle semblait aussi insatiable que lui.

Ils parlaient aussi, après : d’informatique, de programmes, de contacts qu’ils avaient sporadiquement réussi à établir avec des bidouilleurs dans les coins les plus reculés de la planète. Abouchaient leurs implants et échangeaient diverses petites astuces de programmation. Elle lui apprit des trucs dont il n’aurait jamais cru un implant capable et il lui en apprit aussi quelques-uns. Tacitement, progressivement, ils se persuadèrent qu’ils ne tarderaient pas à rencontrer leurs familles réciproques et à commencer à envisager une vie de couple. Mais tandis que leur relation entrait dans son sixième, son septième, son huitième mois, ils ne prirent en fait jamais le temps de se présenter aux familles. Pour l’essentiel, ils se retrouvaient devant la Mission, se rendaient en voiture à Mugu, dans leur bosquet de chênes, et s’allongeaient sur leur lit de feuilles mortes.

Un jour, au début du printemps, elle lui dit, tout à trac : « Tu sais que les Entités sont en train de construire une muraille autour de Los Angeles ?

— Sur les autoroutes, tu veux dire ? » II connaissait l’existence du mur en béton qui coupait en deux la 101 un peu après Thou-sand Oaks.

« Pas seulement sur les routes. Partout. Une muraille gigantesque qui fait tout le tour de la ville.

— Tu plaisantes ou quoi ?

— Non. Tu veux aller y voir ? »

Depuis le jour, dix ans plus tôt, où son père et sa mère avaient rejoint le vieux Colonel dans son ranch au sommet de la montagne, il n’était pas allé plus loin que ce même parc en direction de Los Angeles. On n’avait jamais l’occasion d’y aller. En premier lieu, il fallait désormais demander une autorisation d’entrée au LAGON, l’administration qui gérait la ville pour le compte des Entités. En plus, L.A. était, paraît-il, devenu une immense zone de taudis grouillants, repoussante et dangereuse ; et le minimum de contacts qu’il fallait maintenir avec les quelques Résistants encore sur place se faisait par voie télématique, pratique relativement sûre tant qu’on prenait la précaution de coder correctement les messages.

Mais une muraille tout autour de Los Angeles – si c’était bien ce que les Entités étaient en train de construire –, ça, c’était nouveau, il fallait en informer les autres habitants du ranch. Les restrictions qui s’appliquaient alors aux entrées et aux sorties étaient purement bureaucratiques et n’impliquaient que des pièces d’identité et des points de contrôles électroniques. Un vrai mur concret représenterait une phase nouvelle et inattendue dans le renforcement de la mainmise des Entités sur l’existence des humains. Steve se demanda pourquoi rien de tel n’avait été signalé par Nat Jackman ni par aucun des autres agents de la Résistance implantés à Los Angeles.

« Montre-moi ce mur », dit Steve.

Lisa conduisait. Cette expédition n’était pas une mince affaire. Il fallait emprunter exclusivement des routes de montagne, en raison de la coupure de longue date de la 101 et d’un nouveau problème affectant Pacific Coast Highway juste avant Malibu, un éboulement consécutif à une récente période de pluie qui n’avait jamais été déblayé. Lisa fut forcée de se diriger vers l’intérieur au niveau de Mulholland Highway, puis de zigzaguer interminablement sur toute une série de petites routes défoncées, dans des collines peu peuplées qui retournaient rapidement à l’état sauvage, jusqu’à ce qu’ils émergent sur la 101 au niveau d’Agoura, après le tronçon neutralisé. Steve se demanda pourquoi les Entités prenaient la peine de dresser une muraille autour de Los Angles – comme si la ville n’était pas assez difficile d’accès comme cela !

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