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Электронная книга - «Felicia au soleil couchant». Краткое содержание книги:

Аннотация

Belle et riche héritière d’une famille de banquiers morts dans des circonstances mystérieuses, Hortense de Lauzargues a su résister au désespoir qui l’attendait dans la demeure de son oncle et déjouer les manœuvres de ce châtelain féodal. Le destin a fini par la délivrer d’un mari épousé sous la contrainte alors que son cœur et ses sens appelaient Jean de la Nuit, le sauvage meneur de loups rencontré dans les environs de Lauzargues. Fuyant une province hostile, elle a retrouvé son rang dans le Paris tumultueux et révolutionnaire de 1830, lutté pour protéger son enfant et même, aux côtés de sa vieille amie Felicia, comtesse de Morosini, défié le pouvoir.
Au moment où s’ouvre le troisième volet de ses aventures, le destin d’Hortense semble menacé de toute part. Est-ce la fin d’un rêve ? Le dernier acte avant la conquête du bonheur ?
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Du coup, Hortense éclata en sanglots.

— Ne parlez pas comme cela, mon amie ! Je ne veux pas que vous sacrifiiez ainsi votre vie. Je vous aime tellement !

— Moi aussi, Hortense, je vous aime beaucoup, dit doucement Felicia en passant un bras autour des épaules de son amie. Assez en tout cas pour vouloir votre bonheur. Ma vie à moi n’a pas beaucoup d’importance, mais la vôtre en a beaucoup. Il faut bien nous rappeler enfin que vous avez un fils… un amour, même si cette souvenance vient un peu tard. Nous nous quitterons avant que je ne frappe. Ce sera, je crois, la meilleure solution. Vous rentrerez en France…

— Mais comment donc ? s’écria Hortense, emportée par une soudaine colère. Et pourquoi pas en compagnie de Patrick Butler ? Ce n’est pas parce qu’il a disparu de chez Maria Lipona qu’il n’existe plus, celui-là. Croyez-vous qu’il a renoncé ? Je suis certaine qu’il se cache quelque part, qu’il nous surveille. Que je parte seule et il me tombera dessus comme la foudre… et jamais je ne pourrai rentrer chez moi.

— Il est certain qu’il faudrait savoir ce qu’il est devenu, soupira Felicia. Duchamp et Pasquini l’ont cherché dans tous les hôtels. Il n’est pas davantage à l’ambassade de France. Il faudrait pourtant s’en débarrasser. Vous ne vivrez jamais tranquille tant qu’il sera accroché à vos basques. D’ailleurs, à présent, il est un danger permanent pour nous tous ici.

— Heureuse de vous l’entendre dire ! Croyez-moi, Felicia, il ne faut faire aucun projet, surtout de l’ordre de celui qui vous occupe, tant que l’on ne saura pas où est passé Butler. Sinon peut-être revenir à notre plan primitif : convaincre le prince de nous suivre…

— Pour ce plan-là aussi, Butler représente un danger. Vous avez eu raison de me le rappeler.

Timour, ce soir-là, reçut l’ordre d’examiner soigneusement les alentours du palais Palm et de naviguer dans les cafés de Vienne à la recherche de renseignements éventuels touchant l’armateur breton.

— Je n’ai pas attendu tes ordres pour me mettre à sa recherche, madame la princesse, déclara le Turc, mais je n’ai pas encore pu mettre la main dessus. Pourtant, avec sa tignasse rouge, il ne devrait pas être si difficile à trouver…

— Cherche mieux ! Et pense qu’il cache peut-être ses cheveux sous une perruque.

Personne ne dormit beaucoup cette nuit-là. La haine réveillée de Felicia lui donnait des palpitations. Quant à Hortense, l’avenir lui apparaissait sous un jour tellement sombre qu’elle ne pouvait évoquer sans angoisse les jours suivants. Un seul espoir dans tout cela : que Duchamp désapprouve le projet homicide de Felicia et s’y oppose d’une manière ou d’une autre.

Or, non seulement il ne poussa pas les hauts cris, mais encore il déclara que c’était là une idée grandiose.

— J’aurais dû y penser ! En vérité, princesse, vous devriez être un homme, et parmi les hommes, un roi. Vous en avez l’âme, la vaillance…

— Ne me dites pas que vous allez l’encourager à cette folie ? gémit Hortense. Ne comprenez-vous pas qu’elle risque d’y laisser sa vie ?

Une immense surprise, où entrait une bonne part de déception, se peignit sur le visage du colonel. Il regarda Hortense avec une immense tristesse :

— Me connaissez-vous si mal ? dit-il amèrement. J’ai dit que c’était là une merveilleuse idée mais, en ce qui concerne la réalisation, il faudrait que je sois un fier misérable si je laissais une femme frapper quand je suis là.

— Que voulez-vous dire ?

— Que si quelqu’un doit tuer Metternich, ce sera moi et personne d’autre ! Et, pardieu, je le ferai avec une joie immense. Une joie dont vous n’avez pas le droit de me priver ! ajouta-t-il en se tournant vers Felicia. Celle-ci haussa les épaules :

— J’aurais dû me douter que vous réagiriez ainsi. Et j’aurais dû garder mon idée pour moi seule.

— Je ne vous l’aurais pas permis, dit Hortense doucement. Si vous n’aviez pas averti le colonel, je l’aurais fait, moi. Il était mon seul espoir.

Silencieusement, Duchamp prit la main d’Hortense et la baisa, mais Felicia demeurait sombre ; visiblement, elle refusait de se laisser arracher son projet meurtrier.

— J’ai un époux à venger, murmura-t-elle.

— Moi, fit Duchamp avec arrogance, j’ai un empereur à venger et tout le peuple de France avec lui !

Il n’y avait rien à ajouter à cela. Felicia capitula, mais à la seule condition qu’elle prendrait sa part de l’attentat, ne fût-ce qu’en aidant Duchamp à fuir, une fois le geste accompli. Et sans plus tarder, on se mit à élaborer le plan qui devait mener le geôlier de l’Aiglon à sa perte.

— En ceci comme en toute autre chose, il faut du soin et de la préparation, dit le colonel. Et, s’il se peut, essayer d’abattre cet homme sans y laisser notre peau…

Dans les jours qui suivirent, Vienne compta un mendiant de plus. Ce mendiant fréquenta d’abord l’église des Minorites puis, au bout de quelques jours, s’en vint prendre position aux abords de Ballhausplatz, la Chancellerie de l’empire. Et, bien sûr, ce mendiant n’était autre que Duchamp, occupé à observer les allées et venues de Metternich.

Lorsque le soir tombait, il quittait sa salle d’armes pour se rendre chez Palmyre où il avait ses habitudes, mais un moment après, le mendiant sortait par la porte des fournisseurs et gagnait son poste. Un poste qu’il avait fallu payer car la confrérie des mendiants était puissante à Vienne, mais Duchamp avait réussi à s’y faire quelques amitiés intéressantes et, contre un peu d’argent, il avait été admis.

Le Ballhausplatz étant proche du palais Palm, Felicia avait bien proposé de le faire surveiller par Timour mais Duchamp avait refusé : même déguisé, le Turc et sa stature impressionnante eussent été trop voyants. Et surtout, Duchamp ne voulait pas que ses amies pussent attirer sur elles l’attention de la police. Le travail était d’ailleurs assez facile. Il suffisait de connaître les heures de sortie du chancelier en fin de journée et de savoir s’il partait seul ou accompagné pour le domaine de Rennwegg où il aimait à résider le plus souvent dès que le printemps venait.

Habile tireur, le colonel avait choisi de se servir d’un pistolet :

— Je le tuerai au moment que je jugerai le plus favorable, répondit-il un matin à Felicia qui l’interrogeait sur la date choisie. D’un jour à l’autre, les choses peuvent se présenter différemment.

— Dois-je vous rappeler que vous m’avez promis de me laisser prendre ma part de l’aventure ? Je veux pouvoir assurer votre fuite…

— Vous l’assurerez, puisque c’est chez vous que je viendrai tout droit me réfugier. Si l’on m’en laisse le temps, tout au moins. Et, si possible, sans vous compromettre.

— C’est bien ce que je disais. Vous me tenez à l’écart. Mais je vous protégerai malgré vous.

Et Timour reçut l’ordre d’effectuer chaque soir une promenade de santé sous les tilleuls de la Minoritenplatz, en s’approchant naturellement le plus possible de la Chancellerie sans attirer l’attention.

A présent, le printemps éclatait partout dans Vienne, chargeant de feuilles fraîches les branches dénudées. Autour de la ville, les collines se couvraient de fleurs de pruniers, de pommiers et de poiriers et les guinguettes de Grinzing nettoyaient à fond les tables et les bancs de leurs jardins. Depuis la grande fête de Pâques, la valse avait repris possession de la ville et, un peu partout, on entendait s’accorder les violons. Heureux d’échapper à la contrainte de l’hiver et à celle du carême, les Viennois s’adonnaient avec enthousiasme à leur passion pour la promenade et, sur les têtes des femmes, les chapeaux à fleurs commençaient à remplacer les chapeaux à plumes. Personne ne prêta donc attention à un promeneur de plus sur la Minoritenplatz et Timour passa inaperçu sauf de quelques femmes qui, attirées par sa prestance, lui décochaient des sourires derrière le dos de leurs maris.

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