Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico
- Автор: Zévaco Michel
- Язык: французский
- Жанр: Историческая проза
Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:
Et les yeux de Pardaillan répondaient:
– Pourquoi faire?
Un haussement d’épaules, des yeux levés au ciel, des mains remontant jusqu’à la tête et retombant mollement, signifiaient:
– Est-ce qu’on peut savoir, tiens! Vous serez peut-être bien aise de communiquer avec le dehors.
Une moue accentuée, un hochement de tête, un regard circulaire sur ses gardes, répondait:
– Heu! Tu perdras ton temps. Je serai bien gardé, va!
Et le Chico d’insister:
– Qu’est-ce que cela peut vous faire? On peut toujours essayer.
Et Pardaillan de répondre:
– Soit. J’accepte ton dévouement.
Et d’un sourire, il remerciait.
Maintenant, la porte était ouverte. Avant qu’elle se fermât lourdement sur lui – peut-être pour toujours – il tourna une dernière fois la tête et adressa un dernier adieu au nain dont la physionomie intelligente et mobile semblait lui crier:
– Ne désespérez pas. Soyez prêt à tout. Je ne vous abandonnerai pas, moi, et, qui sait? peut-être vous serai-je utile.
Pardaillan disparut sous la voûte sombre; les soldats ressortirent et s’éloignèrent allègrement, et le Chico demeura seul, dans la rue déserte, ne pouvant se décider à s’éloigner de cette porte qui venait de se fermer sur le seul homme qui lui eût témoigné un peu d’amitié et lui eût parlé comme on parle à un homme, sur cet homme dont la parole chaude et colorée avait éveillé en lui tout un monde de sensations inconnues qui sommeillait sans qu’il s’en doutât.
Le soleil s’éteignait lentement à l’horizon; bientôt son orbe rouge disparaîtrait complètement, la nuit succéderait au jour; il n’y avait plus rien à espérer. Le Chico poussa un gros soupir et s’éloigna lentement, tristement, à regret.
Il ne remarqua pas le silence pesant qui semblait écraser la ville. Il ne remarqua pas que, hormis les patrouilles qui sillonnaient les rues, il ne rencontrait aucun passant dans ces rues habituellement si animées à cette heure, où la fraîcheur du soir qui tombait invitait les habitants à descendre respirer un peu de cette fraîcheur vivifiante.
Il ne remarqua pas les boutiques soigneusement fermées, les portes verrouillées, les volets hermétiquement clos Il ne remarqua rien. Il allait doucement, tout pensif, et parfois il sortait de son sein un parchemin qu’il considérait attentivement et le remettait vivement dans sa poitrine, comme s’il eût craint qu’on ne le lui volât:
Disons tout de suite que ce parchemin, auquel le nain paraissait attacher un grand prix, n’était autre que ce blanc-seing que Centurion avait obtenu de Barba-Roja et qu’il avait vendu à Fausta.
On se souvient peut-être que Fausta était descendue dans le caveau truqué de la maison des Cyprès pour y brûler la capsule destinée à empoisonner l’air. En fouillant dans son sein pour y prendre l’étui contenant le poison qu’elle destinait à Pardaillan, elle avait laissé tomber ce blanc-seing, sans y prendre garde.
Quelques instants plus tard, Pardaillan avait trouvé ce papier, et ne pouvant le lire dans l’obscurité, il l’avait passé à sa ceinture. Or, en rampant sur les dalles pour épier El Chico, le chevalier, sans s’en apercevoir, avait à son tour laissé tomber ce papier.
De retour à l’auberge de La Tour , il n’avait plus pensé à ce chiffon de papier, dont il ignorait la valeur. Le nain l’avait, à son tour, trouvé, et comme il savait lire, comme, dans son réduit, il avait de la lumière, il s’était rendu compte de la valeur de sa trouvaille et l’avait soigneusement mise de côté. Son intention était de remettre ce parchemin au seigneur français, à qui il appartenait sans doute, et qui, en tout cas, saurait, mieux que lui, faire usage de ce document. Les événements qui s’étaient précipités l’avaient empêché de réaliser son intention.
C’était donc ce blanc-seing que nous l’avons vu étudier dans la rue. Que voulait-il en faire? À vrai dire, il n’en savait rien. Il cherchait. Vaguement, il entrevoyait qu’il pourrait peut-être s’en servir en faveur de Pardaillan. Mais comment? C’est ce qu’il s’efforçait de trouver.
Une chose l’inquiétait: c’est qu’il n’était pas très sûr que sa trouvaille eût réellement la valeur qu’il lui attribuait. Nous avons dit qu’il savait lire et même écrire. Il faut entendre par là qu’il pouvait annoncer péniblement et griffonner, encore plus péniblement, les mots les plus usuels; c’est tout.
Pour l’époque, c’était beaucoup, et il pouvait passer pour un savant aux yeux de la masse des illettrés. Aujourd’hui un enfant de six à sept ans en sait davantage. On voit que tout est relatif.
Ce qu’il y a de certain, c’est que le Chico se rendait parfaitement compte du peu de valeur de son instruction et n’avait qu’une confiance très limitée en sa prétendue science. Que voulez-vous, il n’était pas prétentieux! Nous le savions déjà timide, le voilà donc avec un défaut de plus. Ce n’est pas notre faute s’il était ainsi et non autrement.
Donc, se méfiant de ses capacités, il n’était pas très sûr de la valeur du document trouvé. Ah! s’il avait été aussi savant que la petite Juana, laquelle, sur les tablettes qu’elle avait dans son cabinet de surveillance, savait résoudre les comptes les plus compliqués, en moins de temps qu’il n’en faut pour vider un verre de bon vin!
Oui, s’il avait été aussi savant qu’elle, il eût été vite fixé. De là à se dire que la «petite maîtresse» pouvait seule le tirer d’embarras, il n’y avait qu’un pas qui fut vite franchi. Il résolut donc d’aller soumettre le précieux parchemin à la compétence de son amie qui saurait bien lui dire, elle, ce qu’il en était au juste. Ayant décidé, il prit aussitôt le chemin de l’auberge de La Tour.
Notez que Juana l’avait chassé et que son splendide costume était en loques. Deux raisons qui l’eussent fait reculer en toute autre circonstance. En effet, quel accueil lui serait fait s’il osait se présenter devant elle sans avoir été mandé? Quel accueil, surtout, s’il se présentait ainsi? Il n’y pensa pas un seul instant. Il s’agissait peut-être du salut de son grand ami, ceci primait toute autre considération, et il se mit résolument en route.
Il trouva l’auberge à peu près vide de clients, et cela n’était pas fait pour le surprendre après les événements sanglants de l’après-midi. Les quelques personnes attablées étaient des militaires qui, pour la plupart, ne faisaient qu’entrer se rafraîchir et s’en allaient aussitôt.
La petite Juana trônait dans ce petit réduit attenant à la cuisine, et qui était comme le bureau de l’hôtellerie. Elle avait, naturellement, gardé la superbe toilette qu’elle avait endossée pour aller à la corrida, et ainsi parée, elle était séduisante au possible, jolie à damner un saint, fraîche comme une rose à peine éclose, et dans son riche et élégant costume qui lui seyait à ravir on eût dit une marquise déguisée.
En la voyant si jolie dans ses atours des fêtes carillonnées, le Chico sentit son cœur battre la chamade, ses yeux brillèrent de plaisir et une bouffée de sang lui monta au visage.
Mais il n’était pas venu pour la bagatelle et le petit homme eut le courage de refouler la tentation qui l’agrippait. Résolu à ne s’occuper que de choses graves, à ne songer qu’à son ami, il arriva ceci, qu’il n’aurait jamais prévu: c’est qu’il se présenta avec une assurance qu’elle ne lui avait jamais vue.
Nous n’oserions pas jurer que la mignonne Juana n’avait pas escompté un peu cette visite de son timide amoureux. Il est même à présumer que c’est dans cette attente qu’elle avait décidé de garder la magnifique toilette qui la faisait si adorable, et qui était digne, en tous points, de rivaliser avec le superbe costume du Chico.
Elle avait dû penser que, la course terminée, il ne résisterait pas au désir de venir se faire admirer, et elle avait dû arranger d’avance la réception qu’elle lui ferait.
On conçoit combien l’attitude si nouvelle et si imprévue du petit homme la piqua au vif. La fine mouche avait cependant remarqué sa rougeur et l’éclat soudain de son regard quand il l’avait aperçue. Mais qu’était-ce que cela comparé à ses habituelles adulations?