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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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– Bas les armes, drôles!… Prenez-le vivant!

En maugréant, les hommes obéirent. Mais comme il fallait enfin en finir, comme la patience a des limites et que la leur était à bout, sans attendre des ordres qui tardaient trop, ils exécutèrent la dernière manœuvre: c’est-à-dire que les plus rapprochés sautèrent, tous ensemble, d’un commun accord, sur le chevalier qui se vit accablé par le nombre.

Il essaya une suprême résistance, espérant peut-être trouver la brute excitée qui, oubliant les instructions reçues, lui passerait sa dague au travers du corps. Mais soit respect de la consigne, soit conscience de leur force, pas un ne fit usage de ses armes. Par exemple, les coups de poing ne lui furent pas ménagés, pas plus qu’il ne ménageait les siens.

Un long moment, il tint tête à la meute, en tout pareil au sanglier acculé et coiffé par les chiens. Ses vêtements étaient en lambeaux, du sang coulait sur ses mains et son visage était effrayant à voir. Mais ce n’étaient que des écorchures insignifiantes. À différentes reprises, on le vit soulever des grappes entières de soldats pendus à ses bras, à ses jambes, à sa ceinture. Puis, à bout de souffle et de force, écrasé par le nombre sans cesse grandissant des assaillants, il finit par plier sur ses jambes et tomba enfin à terre.

C’était fini. Il était pris.

Mais les bras et les jambes meurtris par les cordes, il apparaissait encore si terrible, si étincelant que, malgré qu’il lui fût impossible d’esquisser un geste tant on avait multiplié les liens autour de son corps, une dizaine d’hommes le maintenaient, de leurs poignes rudes, par surcroît, cependant que les autres formaient le cercle autour de lui.

Il était debout cependant. Et son œil froid et acéré se posait avec une fixité insoutenable sur Fausta, qui assistait impassible à cette lutte gigantesque d’un homme aux prises avec des centaines de combattants.

Quand elle vit qu’il était bien pris, bien et dûment ficelé des pieds jusqu’aux épaules, réduit enfin à l’impuissance, elle s’approcha lentement de lui, écarta d’un geste hautain ceux qui le masquaient à sa vue, et s’arrêtant devant lui, si près qu’elle le touchait presque, elle le considéra un long moment en silence.

Elle triomphait enfin! Enfin elle le tenait à sa merci! Cette prise longuement et savamment préparée, cette prise ardemment souhaitée, était enfin effectuée. De ce long et tragique duel, qui datait de sa première rencontre avec lui, elle sortait victorieuse. Il semblait qu’elle dût exulter et elle s’apercevait avec une stupeur mêlée d’effroi qu’elle éprouvait une immense tristesse, un étrange dégoût et comme le regret du fait accompli.

En la voyant s’approcher, Pardaillan avait cru qu’elle venait jouir de son triomphe. Malgré les liens qui lui meurtrissaient la chair et comprimaient sa poitrine au point de gêner la respiration, malgré la pesée violente de ceux qui le maintenaient avec la crainte de le voir leur glisser entre les doigts, il s’était redressé en songeant:

«Mme la papesse veut savourer toutes les joies de sa victoire… Jolie victoire!… Un abominable guet-apens, une félonie, une armée lâchement mise sur pied pour s’emparer d’un homme!… Vraiment joli… et comme il y a de quoi être glorieux! Je ne lui donnerai certes pas la satisfaction de lui montrer un visage abattu ou inquiet. Et si la langue lui démange, comme elle a oublié de me faire bâillonner, je lui servirai quelques vérités qui la piqueront au vif, ou je ne m’appelle plus Pardaillan.»

En secouant frénétiquement la grappe humaine pendue à ses épaules, il s’était redressé, avait levé la tête, l’avait fixée avec une insistance agressive, une pointe de raillerie au fond de la prunelle, la narguant de toute son attitude en attendant qu’elle lui donnât l’occasion de lui décocher quelqu’une de ces mordantes répliques dont il avait le secret.

Fausta se taisait toujours.

Dans son attitude rien de provoquant, rien du triomphe insolent qu’il s’attendait à trouver en elle. Autant il était hérissé et provocant, autant elle paraissait simple et douce. On eût dit qu’il était, lui, le vainqueur arrogant; elle, la vaincue désemparée et humiliée.

Dans ses yeux, qu’il s’attendait à voir brillants d’une joie insultante, Pardaillan déconcerté ne lut qu’indécision et tristesse. Et l’impression qu’il ressentit fut si forte que son attitude se modifia, sans même qu’il s’en rendit compte, et qu’il murmura:

«Pourquoi, diable, m’a-t-elle poursuivi avec tant d’acharnement, si elle devait éprouver une peine aussi vive de son succès! Car il n’y a pas à dire, elle est vraiment peinée de me voir en si fâcheuse posture. La peste étouffe les femmes au caractère compliqué que je ne saurais comprendre! Il sera dit que celle-ci, jusqu’au bout, trouvera moyen de me déconcerter. Et maintenant qu’elle s’est donné un mal inouï pour s’emparer de moi, va-t-elle défaire ces cordes de ses blanches mains et me rendre la liberté? Hou! Elle en est, ma foi, bien capable! Mais non, je me suis trop hâté de lui croire un cœur accessible à la générosité. Voici la tigresse qui reparaît. Mordieu! j’aime mieux cela, du moins je reconnais ma Fausta.

Il fallait en effet que Fausta fût extraordinairement troublée pour s’oublier au point de laisser lire en partie ses impressions sur son visage qui n’exprimait habituellement que les sentiments qu’il lui plaisait de montrer.

C’est que ce qui lui arrivait là dépassait toutes ses prévisions.

Sincèrement elle avait cru que la haine, chez elle, avait tué l’amour. Et voici que, au moment où elle tenait enfin l’homme qu’elle croyait haïr, elle s’apercevait avec un effarement prodigieux que ce qu’elle avait pris pour de la haine c’était encore de l’amour. Et dans son esprit éperdu elle râlait:

«Je l’aime toujours! Ce que j’ai cru de la haine n’était que le dépit de me voir dédaignée… car il ne m’aime pas… il ne m’aimera jamais!… Et maintenant que je l’ai livré moi-même, maintenant que j’ai préparé pour lui le plus effroyable des supplices, je m’aperçois que s’il disait un mot, s’il m’adressait un sourire, moins encore: un regard qui ne soit pas indifférent, je poignarderais de mes mains ce grand inquisiteur qui me guette et je mourrais avec lui, si je ne pouvais le délivrer. Que faire? Que faire?»

Et longtemps elle resta ainsi désemparée, reculant pour la première fois de sa vie, devant la décision à prendre.

Peu à peu son esprit s’apaisa, ses traits se durcirent – et c’est ce qui fit dire à Pardaillan: «La tigresse reparaît» – puis sa résolution étant irrévocablement prise, ses traits retrouvèrent enfin ce calme souverain qui la faisait si prestigieuse.

Elle recula de deux pas, comme pour marquer qu’elle l’abandonnait à son sort, et d’une voix extrêmement douce, comme lointaine et voilée, elle dit seulement:

– Adieu, Pardaillan!

Et ce fut encore un étonnement chez lui qui s’attendait à d’autres paroles.

Mais il n’était pas hommes à se laisser démonter pour si peu.

– Non pas adieu, railla-t-il, mais au revoir.

Elle secoua la tête négativement et, avec la même intonation de douceur inexprimable, elle répéta:

– Adieu!

– Je vous entends, madame, mais, diantre! on ne me tue pas si aisément. Vous devez en savoir quelque chose. Vous avez voulu me faire tuer je ne sais combien de fois, je ne les compte plus, ce serait long et fastidieux, et cependant je suis encore bien vivant et bien solide, quoique je sois en position plutôt précaire, j’en conviens.

Avec obstination, elle fit doucement non, de la tête, et répéta encore:

– Adieu! Tu ne me verras plus.

Une idée affreuse traversa le cerveau de Pardaillan.

«Oh! songea-t-il en frissonnant, elle a dit: «Tu ne me verras plus.» Ne pouvant parvenir à me tuer, l’abominable créature aurait-elle conçu l’infernal projet de me faire aveugler? Par l’enfer qui l’a vomie, ce serait trop hideux!»

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