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Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico

Электронная книга - «Les Pardaillan – Livre VI – Les Amours Du Chico». Краткое содержание книги:

La suite de Pardaillan et Fausta. Au cours de son ambassade ? la Cour d'Espagne, Pardaillan est amen? ? prot?ger une jeune boh?mienne, La Giralda, fianc?e d'El Torero, Don C?sar, qui n'est autre que le petit-fils secret et pers?cut? de Philippe II. Or, Fausta a jet? son d?volu sur El Torero pour mener ? bien ses intrigues, et elle b?n?ficie de l'appui du Grand Inquisiteur Don Espinoza dans ses criminelles manoeuvres. Le chevalier est aid? dans cette lutte par le d?vouement absolu d'un pauvre d?sh?rit?, le malicieux Chico et sa bien-aim?e Juana…
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De sa voix toujours dolente et comme lointaine, elle continuait:

– Ou plutôt, je m’exprime mal, tu me verras peut-être, Pardaillan, mais tu ne me reconnaîtras pas.

«Ouais! pensa le chevalier. Que signifie cette nouvelle énigme? Je la verrai: donc j’ai des chances de ne pas mourir et de ne pas être aveuglé, comme je l’ai craint un instant. Bon! Je suis moins mal loti que je ne pensais. Mais je ne la reconnaîtrai pas. Que veut dire ce: «Tu ne me reconnaîtras pas»? Quelle menace se cache sous ces paroles insignifiantes en apparence? Bah! je le verrai bien.»

Et tout haut, avec son plus gracieux sourire:

– Il faudra donc que vous soyez bien méconnaissable! Peut-être serez-vous devenue une femme comme toutes les femmes… avec un peu de cœur et de bonté. S’il en est ainsi, je confesse qu’en effet vous serez si bien changée qu’il se pourrait que je ne vous reconnaisse pas.

Fausta le considéra une seconde, droit dans les yeux. Il soutint le regard avec cette ingénuité narquoise qui lui était particulière. Comprit-elle qu’elle n’aurait pas le dernier mot avec lui? Était-elle lasse du violent combat qui s’était livré dans son esprit? Toujours est-il qu’elle se contenta de faire un signe de tête et revint se placer auprès de d’Espinosa, qui avait assisté, muet et impassible, à cette scène.

– Conduisez le prisonnier au couvent San Pablo, ordonna le grand inquisiteur.

– Au revoir, princesse! cria Pardaillan, qu’on entraînait.

XIII LES AMOURS DU CHICO

Le couvent de San Pablo (disparu depuis longtemps), où d’Espinosa avait donné l’ordre de conduire Pardaillan, était situé si près de la place San Francisco qu’autant vaudrait dire qu’il donnait sur cette place même.

En temps ordinaire, Pardaillan et son escorte eussent été pour ainsi dire tout rendus. Il ne faut pas oublier qu’on se battait toujours sur la place, et un homme froid et méthodique, comme d’Espinosa, ne pouvait commettre l’imprudence de faire traverser cette place à son prisonnier en pareil moment.

Pardaillan était encadré de deux compagnies d’arquebusiers. Non pas que le chevalier, ligoté comme il était, inspirât des craintes au grand inquisiteur. Mais précisément ces précautions, qui eussent pu paraître ridicules en temps normal, devenaient nécessaires, si l’on songe que le prisonnier et son escorte pouvaient avoir à passer au milieu des combattants. Dans la mêlée, le prisonnier pouvait recevoir quelque coup mortel, et nous savons que d’Espinosa tenait essentiellement à le garder vivant. Il pouvait encore – ce qui eût été plus fâcheux encore – être délivré par les rebelles qui pouvaient le prendre pour l’un des leurs. La nécessité d’une imposante escorte se trouvait donc amplement justifiée.

Par surcroît de précautions, le chef de l’escorte fit faire à sa troupe une infinité de détours par des petites rues qui avoisinaient la place, évitant avec soin toutes celles où il percevait les bruits de la bagarre. En outre, comme le chevalier, entravé par des liens très serrés, ne pouvait avancer qu’à tout petits pas, il se trouva qu’il fallut une grande heure pour arriver à ce couvent San Pablo qu’on eût pu atteindre en quelques minutes.

En ce qui concerne l’émeute, nous dirons qu’elle tourna rapidement en lamentable échauffourée et qu’elle fut réprimée avec cette impitoyable cruauté que Philippe II savait montrer quand il était sûr d’avoir le dessus.

Et ce fut là une des plus grandes erreurs de Fausta, chef occulte de cette vaste entreprise qui échoua piteusement et fut noyée dans le sang.

Les troupes dont elle disposait étaient nombreuses, bien armées, et bien organisées. À ces troupes disciplinées s’ajoutait la masse imposante du populaire qui sans savoir, suivait docilement l’impulsion qui lui était donnée.

Si Fausta avait poussé les choses, avec cette vigueur et cette rapidité d’action qu’elle montrait en de certaines circonstances graves, elle eût pu mettre les troupes royales en fâcheuse posture, obliger le roi et son ministre à compter avec elle et – qui sait? – avec un peu de décision, sans leur laisser le temps de se reconnaître et de s’organiser, acculer le roi à une abdication. C’eût été le triomphe complet, la réalisation assurée de ses rêves d’ambition.

Ce plan, qui consistait à pousser activement les événements jusqu’au succès final, avait été primitivement le sien. Il pouvait réussir. Malheureusement pour elle, Fausta devant les hésitations du Torero, de celui qui, pour elle, était le prince Carlos, Fausta avait commis la faute impardonnable de modifier son plan.

Elle se croyait sûre de voir le prince venir à elle résolu à lui donner son nom et à partager avec elle le trône pourvu qu’elle le hissât sur ce trône. Elle se croyait sûre de cela. Elle n’en eût pas juré cependant. C’est alors qu’elle eut cette idée malheureuse, qui devait consommer la ruine de ses ambitions, de modifier ses idées premières.

Que lui servirait-il de pousser son succès à fond et de consommer la ruine de Philippe II si le prince dédaignait ses propositions? Elle pensait bien que le prince ne pousserait pas la folie jusque-là. C’était possible, après tout. Qu’arriverait-il alors?

Ceci simplement: que n’ayant pas un prince royal espagnol à présenter aux mécontents, ses partisans auraient tôt fait de se séparer d’elle et de se retourner vers leur ancien roi, dans l’espoir de se faire pardonner leur trahison.

Il arriverait que le roi déchu se retrouverait comme par enchantement à la tête de partisans d’autant plus dévoués qu’ils avaient plus à se faire pardonner, à la tête aussi de troupes nombreuses et aguerries, et que l’effort gigantesque qu’elle aurait fait deviendrait inutile et vain.

Non. Mieux valait n’agir qu’à bon escient et, puisqu’elle avait un doute sur les intentions du prince, la prudence commandait d’agir comme si elle ne devait pas compter sur lui.

Fallait-il renoncer?

Non pas. Mais au lieu d’aller de l’avant et de s’engager à fond, il fallait montrer à ce prince de quoi elle était capable et de quelles forces elle disposait. Nul doute que lorsqu’il aurait vu et compris, il ne revînt humble et soumis. Alors il serait temps d’entreprendre en toute assurance l’action définitive.

Ce plan ainsi modifié fut exécuté à la lettre. Le Torero fut enlevé par ses partisans sans qu’il fût possible aux troupes royales de l’approcher. Et l’émeute se déchaîna dans toute son horreur.

Le but que Fausta se proposait se trouva atteint. Alors les chefs du mouvement, qui étaient dans la confidence, firent circuler l’ordre de la retraite et s’éclipsèrent bientôt, suivis de leurs hommes.

Alors, il ne resta plus en présence des troupes royales que le bon populaire, celui qui ne savait rien des dessous de cette affaire et qui – pour employer une expression de son cru – «y allait bon jeu bon argent».

Alors aussi ce fut la boucherie pure et simple, car les malheureux n’avaient, pour la plupart, que quelques méchants couteaux à opposer aux armes à feu des soldats et, pour cuirasses, que leur large poitrine.

Néanmoins, ils tinrent bon et se laissèrent massacrer bravement. C’étaient des fanatiques du Torero. Ils ne savaient pas, eux, quel était ce prince Carlos qu’on acclamait. Ils ne savaient qu’une chose: on voulait leur enlever leur Torero et, par le Christ crucifié, cela ne se ferait pas.

Tout a une fin cependant. Bientôt ceux-là aussi apprirent que le Torero était sain et sauf, hors d’atteinte de la griffe royale qui avait voulu s’abattre sur lui. Comment? Par qui? peu importe. Ils le surent, et dès lors il devenait inutile de s’exposer plus longtemps.

Et ce fut la débandade générale et il ne resta plus sur la place et dans les rues que les soldats triomphants… et aussi, hélas! les cadavres qui jonchaient le sol et les blessés plus nombreux encore qu’on enlevait à la hâte.

Cependant, Pardaillan et son escorte arrivaient enfin au couvent San Pablo. Et voici qu’au moment de franchir le seuil de sa prison, il aperçut là, au premier rang, qui? le nain Chico en personne.

Mais dans quel état, grand Dieu!

Ah! il était joli le somptueux costume flambant neuf quelques heures plus tôt, ce fameux costume qui l’avantageait si bien et qui lui avait valu auprès des nobles dames de la cour ce mirifique succès qui avait paru si fort contrarier la gentille petite Juana!

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